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Ludwig Black Magic

Ludwig Black Magic

En 2009, Ludwig a fêté son centenaire. Pour marquer dignement le coup, et faire un peu de business à l'occasion, la célèbre marque américaine a créé une nouvelle série, parfaitement bien ciblée, la Black Magic.

Pour une vieille marque, il est toujours très délicat de bien se positionner sur le marché actuel. Même si le nom de Ludwig, comme celui de Gretsch ou Sonor, fait partie de la légende de la batterie, il ne suffit pluss aujourd'hui pour s'imposer sur le marché. Les grandes marques occidentales ont longtemps détenu un monopole de fait, mais la fin du vingtième siècle les a vu sévèrement malmenées voire rachetées par les fabricants asiatiques.

Ces marques mythiques ont bien compris qu'elles n'avaient plus comme seules cartes à jouer que leur nom, leur histoire, et leur réputation. Si on oublie ici la production chinoise pour se concentrer sur celle des maisons mères en leurs ateliers, on constatera que si Sonor en a profité pour aller encore plus loin dans l'excellence, Gretsch et Ludwig ont parfois peiné avec des modèles vieillots, pas toujours à la hauteur de leur réputation.

Après de pitoyables tentatives ratées, Ludwig s'est avéré incapable de se moderniser. Très intelligemment, ils ont pris la seule option qu'il leur restait : cultiver le mythe. Au lieu donc de concevoir de nouveaux produits, ils ont perpétué les anciens. Ce qui leur a permis de vendre à des prix dingues, injustifiés dans l'absolu, des kits John Bonham ou Ringo Starr. Et les célébrissimes caisses claires Supraphonic, Super Sensitive, ou Black Beauty, vendues cher aux USA, et très cher en France.

Bien sûr, les kits Signature réapparaissent régulièrement, et les caisses claires se déclinent en variations plus ou moins couteuses, avec des coquilles tubulaires, des badges à l'ancienne, ou des gravures florales. Ce qui permet de vendre plusieurs fois le même produit aux amateurs qui en ont les moyens. Pour le centenaire, il fallait trouver autre chose.

Et l'incroyable s'est produit. Ludwig a créé une vraie nouvelle série, réussie, qui combine le meilleur des deux mondes. On a le nom, le son, et le prix. Cette alchimie se nomme Black Magic.

Pour Ludwig, le challenge était de sortir un nouveau produit en s'appuyant sur de l'ancien. Et la marque d'annoncer très fièrement que le fût de la Black Magic est celui de la Black Beauty. Effectivement, il s'agit dans les deux cas d'un fût en laiton d'1 mm d'épaisseur à bord tombé, anodisé noir. Mais Ludwig omet de préciser que si celui de la Black Beauty est embouti sans soudure, celui de la Black Magic est bel et bien soudé. Dans les différences notables, plutôt à l'avantage de la nouvelle, les coquilles de la Black Magic ne sont pas les classiques coquilles doubles striées de son aînée qui épousent la forme du raidisseur en relief, mais des coquilles tubulaires à deux points d'ancrage, qui laissent davantage résonner le fût. Autre atout, la jeunette est dotée de cercles moulés, pour plus de puissance et une meilleure tenue de l'accord. Enfin, la Black Magic est équipée de badges originaux, qui font état du centenaire de la marque, et avoue qu'elle est fabriquée à Taïwan. Ce qui permet de la sortir à un prix raisonnable, d'un tiers inférieur à celui de la Black Beauty, pratiquement équivalent à celui d'une Supraphonic.

Il s'en trouvera bien évidemment pour affirmer que cette caisse sort des usines Worldmax, qui fabrique déjà pour Pork Pie. Certains diront même qu'il vaut mieux acheter directement une Worldmax, bien moins chère. C'est évidemment complètement faux. La fabrication des Worldmax ne ressemble pas vraiment à celle de la Black Magic. Mais il faut évidemment avoir eu les deux en mains pour le savoir. Parler de champagne quand on carbure à la limonade, c'est un genre. De plus, beaucoup d'acheteurs de Worldmax ont à déplorer des petits défauts de fabrication, notamment des chanfreins pas toujours réguliers et des fûts parfois voilés. Si la Black Magic sort bien d'une usine chinoise, son cahier des charges est de toute évidence supérieur à celui d'une marque économique comme Worldmax.

Visuellement, la Black Magic est superbe, avec son petit look vintage. Même si les connaisseurs remarqueront que son vernis noir est moins profond que celui d'une Black Beauty. Elle se décline en 14" x 5", 14" x 6" ½, et 13" x 7". L'accord est assez facile, de préférence pas trop tendu pour bien profiter de son corps (paradoxal, je sais), mais on peut aussi la régler haute pour un son plus sec, à la Manu Katché. La réponse est précise, les harmoniques se gèrent sans problème, la puissance est dans la bonne moyenne. Ce qui en fait une très bonne caisse claire tous terrains à un prix raisonnable, très jolie qui plus est.

Hudson en ligne

Hudson Video, principal éditeur de vidéos pédagogiques depuis le début des années 80, vient de mettre en place un système de diffusion en ligne, baptisé Hudson Digital On Demand.

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Il suffit d'installer sur son Mac ou PC un petit lecteur dédié, qui permet de naviguer dans le catalogue (plus de 50 titres), de visionner des extraits gratuits, d'acheter les vidéos de son choix à un prix raisonnable, et bénéficier dans ce cas de contenu supplémentaire par rapport au DVD. La qualité son et audio est excellente, l'ergonomie est conviviale, et le catalogue est une mine inépuisable. On y trouve des DVDs purement pédagogiques, signés Steve Gadd, Dave Weckl, Jojo Mayer, Steve Smith, etc, ainsi que d'autres de pur voyeurisme, notamment les fameux Modern Drummer Festival.

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Et bien sûr, n'oublions pas qu'un fichier sur un disque dur, transférable sur simple clé USB, est meilleur pour l'environnement qu'un DVD dans son boîtier. Par ailleurs, tous les sites de vente en ligne désireux de le faire pourront insérer l'application Hudson dans leur magasin virtuel. Quand on sait à quel point les vidéos pédagogiques ont contribué à une meilleure connaissance de l'instrument, on ne peut qu'applaudir cette initiative qui invite les plus grands batteurs dans votre salon.


Démo Hudson Digital

Walfredo Reyes Jr

Il est ce qu'on appelle un héros discret. Sans la ramener, sans frimer, celui qui s'appelle comme son père mais que ses amis appellent Wally est un des grands batteurs actuels, au palmarès impressionnant. Nous l'avions rencontré lorsqu'il tournait avec Johnny Hallyday. Si vous le le connaissez pas encore, c'est le moment de découvrir cet excellent musicien, qui est par ailleurs un homme charmant, simple et gentil.

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Tu es d'une famille de batteurs, c'est sans doute ce qui t'a amené à l'instrument ?

Franchement, je n'y ai jamais été poussé. Mais il y avait de la musique plein la maison. L'envie m'est venue quand je suis allé à l'école, avec tous les groupes de l'époque, les Beatles, Guess Who, Cream, tout ça. Mon père m'a alors enseigné selon la vieille école, il m'a fait travailler les rudiments sur un tampon avec une méthode. Ce qui ne m'excitait pas trop, j'avais plutôt envie de jouer Come Together. Mais j'ai fini par apprécier ma famille ! J'ai fait mes débuts professionnels à Las Vegas, vers 16 ans, en tant que percussionniste de Debbie Reynolds et Paul Anka, ainsi que dans une école de danse. Après, j'ai joué dans de nombreux groupes en tant que percussionniste, j'apprenais en observant le batteur et je me suis mis un jour aussi à la batterie. Je suis d'origine cubaine, mais nous vivions à Porto Rico. Quand la famille a déménagé pour Las Vegas, j'ai beaucoup appris avec Alex Acuna qui était un ami de mon père. Une fois à la fac, je me suis inscrit à tous les cours ayant trait à la musique, de près ou de loin. A tel point que mes autres études en ont souffert et je devais rattraper mon retard avec les devoirs de vacances (rires).

Quelles furent tes premières grosses affaires, après celles de Las Vegas ?

Arrivé à Los Angeles, j'ai travaillé avec Clare Fischer, puis en 84 j'ai commencé à tourner avec Tania Maria. En 85, ce fut El Rayo X, le de jouer du rock, mais aussi de la musique caribéenne, le soca, le reggae, le ska, la rancha, la salsa. Jouer avec lui m'a amené ensuite à travailler pour Jackson Browne, Linda Rondstadt, Joe Walsh. En 86, El Rayo X a ouvert pour Santana, c'est là que Carlos m'a repéré. J'ai donc joué avec lui de 89 à 94. Entre les deux, j'ai tourné avec Jimmy Barnes et avec Larry Carlton. Et pendant tout ce temps, je faisais en parallèle beaucoup de studio. Depuis 97. Je joue aussi avec Steve Winwood. Je ne me considère pas comme "arrivé" pour autant. Ce qui est passionnant, c'est d'avoir fait beaucoup de choses pour découvrir qu'il y en a encore tellement à faire.



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Tu n'as pas de mauvais souvenirs de certains artistes ?

Non, parfois il y a eu des problèmes de communication ou d'argent, mais ce n'était pas forcément de leur faute. On ne peut pas décemment bosser pour une grande vedette et lui demander de s'adapter à soi. Elle s'attendait à certaines choses, tu as essayé de ton mieux, en vain… C'est à toi de partir. Tout ce que tu peux dire c'est que tu as fait de ton mieux. Par exemple, en 1980 j'ai remplacé Jim Gordon auprès de Paul Anka. Jim est parti parce qu'il était sur le point de craquer. Et c'est moi qui ai failli craquer (rires). Parfois, on flippe en se disant qu'on n'a pas assuré mais le problème ne venait pas de toi. Après les vacances, Paul Anka ne m'a pas rappelé .Ca m'a mis un coup, j'ai eu des doutes sur mes compétences. Plus tard, j'ai appris qu'à ma suite il avait épuisé dix batteurs en un an. Parfois, certains artistes ne se rendent pas compte de la qualité du groupe qu'ils ont et veulent en changer, sans réaliser qu'ils cherchent quelque chose qui n'existe pas. Il ne faut pas se laisser miner. Si tu as fait de ton mieux et que ça ne va pas, il faut partir, sans hésiter. Ne pas rester dans un groupe où tu es malheureux, sinon ton jeu va en souffrir.

Tu penses avoir fait de belles parties de batterie avec tous les artistes que tu as accompagnés ?

Oui absolument. Mais une bonne partie de batterie, ça veut dire faire ce qu'il faut dans le contexte, qui peut être très différent. Santana voulait un jeu de batterie très fourni, avec des percussions et des solos dans tous les coins. J'étais habitué à ça, à la maison, chaque samedi, les amis venaient, on se faisait une bonne bouffe cubaine et on boeuffait à cinq ou six tout l'après-midi. Je n'ai eu aucun problème pour trouver ma place entre Chepito Aeras aux timbales et Armando Perazza aux congas. Mais crois-moi, quand ces deux là attaquent, il y a de quoi paniquer nombre de batteurs. Avec Johnny, c'est tout l'inverse, il faut jouer simple mais puissant.

Comment t'es-tu retrouvé avec Johnny Hallyday ?

J'ai été contacté par l'entourage de Johnny en février. Beaucoup de batteurs étaient sur le coup, et il y a eu des sortes d'auditions. Lors de la mienne, mon casque est parti, mais j'ai continué comme si de rien n'était. J'ai dîné avec Johnny à Los Angeles, et il m'a donné l'impression d'un mec cool et sympa. Je savais qu'il était connu en France, mais à ce point-là, je n'avais pas idée. Il faut se rendre compte qu'en Californie, il se promène tranquillement seul dans la rue. Ici, son nom est partout et il est en permanence entouré de vingt personnes. Les places pour l'Olympia sont toutes parties en quatre heures, et il a été calculé qu'il pourrait y faire le plein tous les soirs pendant plus de sept ans ! Même pour nous Américain, c'est quelque chose de jamais vu, d'inconcevable même.

Qu'est ce qui peut te motiver pour venir ainsi passer plusieurs mois en France ?

Les conditions sont bonnes, ce qui est important pour moi. Mais je ne travaille pas que pour l'argent, je serais malheureux. En arrivant ici, j'ai découvert vraiment qui était Johnny Hallyday. J'ai travaillé avec beaucoup de grands noms aux USA, mais jamais avec un tel phénomène. Habituellement, la salle lui est acquise d'emblée, ce ne sont que ses fans. Un jour, il y a eu une soirée spéciale, où il n'y avait que des gens qui avaient gagné un jeu quelconque, pas spécialement des amateurs de Johnny. Au début du show, ils étaient immobiles et silencieux, ce qui nous a surpris et inquiétés. En vingt minutes, il les a mis dans sa poche. Et en plus, c'est quelqu'un de bien. Je ne veux plus travailler que pour des gens avec qui je me sens bien. C'est comme Winwood, c'est un homme humble et gentil. Il est auteur, compositeur, pianiste, organiste, guitariste, bassiste, percussionniste et ingénieur du son. On apprend forcément de quelqu'un comme ça. Idem avec Joe Sample, que j'ai accompagné entre 88 et 89, c'était comme être à l'école. Quand tu voyages avec Joe Sample et qu'il te parle de musique pendant le trajet, tu devrais le payer pour ça. Pareil pour Steve.

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Beaucoup de batteurs de la côte Ouest redoutent de s'absenter longtemps de peur d'être oubliés pendant ce temps.

Bien sûr, il y a toujours un risque, mais les producteurs aiment bien travailler avec des gens qu'ils connaissent. Le métier a beaucoup changé ces dernières années. Moi, par exemple, je fais des affaires de rock aussi bien que de funk ou de salsa, et aussi bien en tant que batteur qu'en tant que percussionniste. Souvent, on me fait faire une piste de batterie, puis les percussions par-dessus. Je fais du studio, je donne des clinics, j'enseigne, je pars en tournée…

Tu es quelqu'un de très versatile en effet, maîtrisant pratiquement tous les styles existants.

On peut manger un jour de la cuisine française, le lendemain italienne, puis chinoise, non ? J'aime tout écouter. Il ne faut pas seulement apprendre un style mais le comprendre pour bien l'assimiler. Pour reprendre une image culinaire, je peux toujours acheter un livre de cuisine française et savoir faire un bÅ“uf bourguignon, mais si je viens dans un restaurant en Bourgogne et que le chef me fait visiter les cuisines, ce sera autre chose.

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Travailles-tu beaucoup l'instrument et te mets-tu dans certaines conditions pour jouer ?

C'est un sujet délicat. Là par exemple, je n'ai pas de batterie dans ma chambre d'hôtel, pourtant en fin d'après-midi j'arrive à la balance et je dois être pro. On joue un ou deux morceaux pour régler le son et c'est tout. Et le soir il faut assurer le concert. Il y a bien les tampons et tout ça, mais c'est très différent que de travailler sur la batterie. Je m'entraine beaucoup mentalement, en voiture par exemple. N'oublions pas qu'en dehors de la technique pure, il faut aussi travailler son oreille. Johnny peut décider de rajouter un morceau le jour du concert. Dans ce cas, on te le fait écouter une fois avant et c'est tout. Il faut aussitôt comprendre la structure et pouvoir te faire ton relevé. S'il y a quatre mesures d'intro et que tu en fais huit, c'est que tes oreilles ne sont pas bonnes. Bien sûr, il faut être en forme, surtout que le show de Johnny est très physique, mais l'essentiel de ma préparation consiste à bien connaître les morceaux. Après, il n'y a plus qu'à jouer.

Dans le cas de Johnny, il est connu des musiciens pour justement prendre des libertés avec la forme des chansons.

Mon boulot est de le soutenir quoi qu'il arrive, je dois être prêt à le suivre s'il change de route. Je ne suis pas là pour briller à la batterie mais pour mettre en valeur le chanteur. Dans beaucoup de groupes de rock, même les plus grands, l'excitation prend le dessus. Le chanteur ou le soliste a l'impression de traîner, mais tu dois justement le maintenir sur le bon chemin, "par ici jeunes gens" (en français NDLR). C'est un gros boulot, c'est le nôtre en tant que batteur. Avec toute l'énergie qui se dégage sur scène, on se retrouve facilement à des tempos d'adrénaline, ce qui peut sembler bien sur le coup mais horrible quand on réécoute le concert. En répétition, on définit les bons tempos, mais déjà à la balance, on a tendance à vouloir les accélérer. C'est pourquoi j'ai un métronome programmable sur scène, avec tous les tempos référencés. Johnny peut avoir tendance à s'emballer, mais je suis là pour le caler. Et n'oublions pas tous les delays ou echos des guitares, réglés à un tempo précis.

En plus, dans des grands spectacles comme à Sceaux ou à la Tour Eiffel, s'ajoute une grosse pression.

Dans ces deux shows, le pire fut le lâcher de confettis sur scène, la batterie en était couverte, je n'avais plus de son !

Je suppose que vous n'avez pas répété avec Johnny mais avec sa doublure voix, Erick Bamy ?

Johnny n'aime pas vraiment répéter, n'est pas? (rires). Il est venu deux ou trois fois, sinon c'était Erick en effet. Nous n'avons fait qu'un seul filage avec Johnny, une fois, c'est tout. J'ai remarqué une chose, Johnny est certes un authentique rocker mais musicalement il se comporte comme un jazzman, il aime le risque. Il s'ennuie vite et n'aime pas que les choses soient trop figées. Le répertoire est par ailleurs assez différent en passant des grands spectacles à l'Olympia. C'est quelqu'un qui est devenu star dès l'adolescence, il a gardé un comportement d'enfant permanent. Il peut subitement avoir envie de conduire une voiture, monter à cheval, faire ceci ou cela, jouer telle chanson tout d'un coup. C'est comme des jouets pour lui. Il ne répète pas un morceau quatre ou cinq fois pour le mettre en place, mais décide de le faire et voir ce que ça donne, directement. Et j'aime ça, moi aussi, je ne m'ennuie pas. Je dois changer tout le temps, y compris de batterie. J'ai modifié ma configuration depuis le début de la tournée. J'ai supprimé les petits toms que j'avais au début. J'avais deux congas, un djembé et des bongos, puis finalement je les ai enlevés. Remarque, j'aurais pu les laisser pour le look, ça aurait fait plaisir à LP ! (rires)

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Tu m'as confié avoir profité d'un jour de repos avec Johnny pour retrouver Steve Winwood à Londres.

Il se préparait à sortir le DVD d'un concert, et il m'a demandé de venir participer au mixage, pour que je donne mon avis sur le son de batterie. Un tel respect pour son batteur c'est remarquable. Il publie ça sur son propre label, car il n'a plus de maison de disques, Virgin l'a viré, tu te rends compte ? Steve Winwood obligé de s'autoproduire !

Et toi, tu n'as pas ton propre groupe ?

Si, à Los Angeles, Wally's World. Le personnel en est changeant. Par exemple, le bassiste peut être Alphonso Johnson, John Pena, ou Armand Sabal-Lecco. C'est un mélange de tout ce que j'aime, de tout ce que je suis. Je compte bien faire un album un jour, j'ai déjà deux morceaux de prêts. C'est de la world music qui groove en quelque sorte, mais je n'aime pas définir les choses. Parfois tu joue un rythme, un percussionniste portoricain dit que c'est une bomba, mais un africain reconnaîtra un rythme du Ghana, et un irlandais ce qu'il joue au bodrhan… Le rythme est le rythme, chacun l'adapte à son instrument. Un truc sonne rock à la batterie mais devient nigérian joué au tambour de palabres, et cubain aux congas.

Toi qui joues de toutes les percussions, quel est ton instrument favori ?

J'adore la batterie, c'est ce que je préfère. Mais j'aime aussi toutes les percussions, et le mélange des deux. Comme par exemple des tablas avec des djembés et une grosse caisse. C'est pourquoi j'ai appris à jouer simultanément de la batterie et des percussions. Parfois nécessité fait loi. Je me souviens qu'une fois, avec Santana, Chepito n'était pas là. Il m'a fallu rajouter une paire de timbales à la gauche de ma batterie. La difficulté est essentiellement cérébrale, car la batterie et les percussions répondent à deux conceptions différentes. Personne n'est jamais né avec le talent, seulement des possibilités. Derrière chaque performance, n'oublions pas toutes les heures de travail. Il faut savoir s'engager. Soit la batterie est un loisir provisoire, soit c'est un mariage jusqu'à la mort. J'ai choisi !

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Propos recueillis par Férid Bannour

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Cette décennie a vu beaucoup d'évolutions dans le monde de la batterie, quelques unes fort intéressantes et beaucoup d'autres qui relèvent de la pure fumisterie. Globalement, si on devait résumer la période en une formule, ce serait l'avènement du marketing. Jamais les fabricants n'étaient parvenus à ce point à nous fourguer tout et n'importe quoi sous couvert d'innovation, aidés en cela par des médias traditionnels serviles et agonisants. La clientèle actuelle est fortement influencée par le règne animal, essentiellement le mouton et le pigeon.

Plusieurs tendances ont vu le jour, pour devenir aujourd'hui des standards. Comme par exemple les systèmes de fûts suspendus. Dans la foulée des peu conviviaux RIMS originels, tous les fabricants, y compris les plus modestes, ont élaboré leur propre système de suspension. Si ça apporte un réel surcroit de résonance, une majorité de batteurs ne songent justement qu'à étouffer cette résonance, à coup de doubles peaux et sourdines diverses.

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Les mêmes qui achètent des grosses caisses de 26" pour les remplir d'oreillers et couvertures qui ferait rêver plus d'un sans abri. Car, pour se conformer aux canons de la beauté actuelle, les batteries sont comme les jeunes filles : en forme de bouteille de Perrier. Les grosses caisses ont grossies et se sont rallongées, tandis que les toms ont diminuées et raccourcis.

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Certaines marques se sont révélées particulièrement habiles à séduire la jeune clientèle. Les gamins ne jurent plus que par les caisses claires Warlord ou Kung Fu, les pédales Axis, ou les fûts Hyperdrive. Franchement, exploiter la mythologie guerrière pour faire croire qu'on jouera mieux du métal, n'est-ce pas un peu prendre les jeunes pour des cons ?

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Une mention spéciale est attribuée au bubinga. Ce bois africain était utilisé depuis longtemps par quelques fabricants, comme Sonor, pour des placages de finition. Juste pour faire joli en quelque sorte. Mais depuis quelques années, c'est le bois à la mode. Le troupeau ne jure plus que par le bubinga, c'est la ronce de noyer des automobiles. Evidemment, pas un seul de ceux qui vantent les qualités exceptionnelles de cette essence ne serait capable de l'identifier en test aveugle parmi d'autres, mais peu importe, on veut du bubinga.

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Ces dernières années ont aussi vu le marché se partager en deux parties très inégales. Comme dans tous les domaines, il se divise maintenant en une énorme quantité de produits moyens voire médiocres, et un petit carré de produits de qualité supérieure. Après avoir longtemps régné sans partage, les grandes marques occidentales se sont vues progressivement rattrapées par les marques asiatiques. Certaines, comme Cadeson ou Canopus, proposent de fantastiques batteries qui n'ont rien à envier aux meilleurs modèles des plus grandes marques, pour un prix à peine inférieur. Et les grands noms de l'industrie, comme Pearl ou Mapex, tiennent le marché avec des produits d'un rapport qualité prix sans égal. Yamaha joue les maîtres du monde en tablant sur son empire protéiforme, mais la qualité baisse, les méthodes lassent, et les endorsés changent de crémerie. Tama joue à fond sur l'image et les concepts fumeux, gagne certes des clients mais uniquement sur le marché adolescent. Forcément. Malgré la remarquable qualité de sa production allemande, Sonor a perdu son image, diluée dans ses modèles économiques sans âme.

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Les marques historiques ont mis du temps à réagir. Après avoir tenté de vivre sur leur réputation, il leur a fallu s'adapter. Gretsch et Sonor ont été rachetées par des gros industriels chinois. Le deal est simple : les chinois profitent du nom pour vendre leurs produits, en échange les occidentaux survivent en maintenant une petite production haut de gamme. Pour le consommateur lambda, les choses sont plus compliquées. Il ne sait généralement pas qu'il n'achète le plus souvent qu'une étiquette. C'est le but. Ludwig fait fabriquer des modèles inintéressants en Asie, et vend ses modèles américains deux ou trois fois leur valeur en les qualifiant simplement de Bonham ou Ringo. Et ça marche !

Sur le plan des cymbales, la disparition d'Armand Zildjian et Toomas Paiste a permis à leurs héritiers de trahir leur esprit, pour évidemment vendre beaucoup plus de cymbales, mais beaucoup moins bonnes. Toute la production est informatisée, et ces deux noms ne sont plus forcément gages de qualité. Les dernières séries de ces marques frôlent le ridicule, mais leur puissance commerciale fait passer la pilule. Des outsiders comme Sabian ou Meinl tirent leur épingle du jeu avec des produits bien ciblés, et les classiques comme Istanbul et ses dérivées ramassent toute la clientèle de l'authentique.

Globalement, les batteries actuelles sont plus fiables et plus pratiques que celles d'autrefois. Ce qui n'empêche pas d'apprécier les charmes de l'ancien, comme ceux qui roulent en Megane la semaine, et se promènent en 4 CV le week-end. Tous les vieux ringards qui n'ont pas suivi l'évolution du matos sauvent leur mise en affirmant que rien ne sonne comme l'ancien, que c'était mieux avant, que le bois était meilleur, mieux travaillé, etc, etc. Et trouvent des gogos pour les écouter. Ce qui leur permet de faire vivre tout un petit business du vintage qui ne s'est jamais aussi bien porté que maintenant. N'importe quelle vieille batterie d'il y a plus de dix ans devient subitement une perle rare et chère. La casserole dont personne ne voulait en 1980 pour 200 € est aujourd'hui un fantastique modèle vintage à 800 €. Evidemment, si le bois est fendu, les mécaniques rouillées, et l'attache tom impraticable, c'est le double. Mais le vintage se vend essentiellement sur Internet, comme quoi les passéistes savent s'adapter, d'une certaine façon.

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Le bon client d'aujourd'hui est un jeune batteur qui achète un kit 6 fûts, avec au moins autant de petites cymbales, et plein d'accessoires plus ou moins utiles. Il va de soi qu'il est plus facile et amusant d'avoir un son sur quatre cymbales que de travailler son jeu pour avoir quatre sons sur une cymbale. S'il existe une petite tendance minimaliste, du genre kit quatre fûts, elle est bien contrôlée par le marché. De leur propre aveu, les importateurs préfèrent évidemment vendre un tom inutile plutôt qu'un ensemble moins cher. Il n'y a qu'à voir le nombre de toms neufs vendus au détail sur les sites de petites annonces. L'exception existe, dans le cas d'un kit quatre fûts vendu au prix d'un cinq fûts.

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On le voit, si la richesse de l'offre permet à chacun de se constituer le kit de ses rêves, ou simplement celui qui correspond à ses besoins, il est difficile de résister aux sirènes du marketing. Les fabricants s'y entendent pour créer des besoins, et savent à merveille communiquer là-dessus. Un Mike Portnoy (photo ci dessus) est une bien meilleure image pour eux qu'un Steve Gadd 'photo ci dessous). Celui qui ne sort sa batterie que trois fois par an pour une prestation tout juste défrayée possède facilement dix cymbales, quatre caisses claires, et des étuis dignes d'une tournée internationale. Les amateurs se flattent en jouant les pros, mais à qui ça profite vraiment ? On s'amusera de constater que la plupart des vrais grands batteurs, qui peuvent avoir gratuitement tout ce qu'ils veulent, jouent souvent sur des kits peu fournis.

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Ainsi donc, sur le plan du matos, le vrai rebelle d'aujourd'hui serait un gamin qui oserait n'avoir que deux toms et deux cymbales, une simple pédale, et une seule caisse claire, et emmènerait son kit milieu de gamme à la Fête de la Musique dans les cartons d'origine conservés. Mais nous savons bien que les temps ont changé, et qu'aujourd'hui un rock'n'rolleur est un roucouleur.

F.B.

André Ceccarelli & Dave Weckl

''Ils ont en commun d'avoir poussé leur art au plus haut, d'êtres reconnus comme des maîtres de l'instrument, d'avoir presque abandonné les séances pour se consacrer au jazz, et surtout à leur propre formation. Chacun des deux admire l'autre profondément. Il fallait qu'un jour ils se rencontrent. Nous étions là. ''

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Dave, André connaît et apprécie ta carrière. Connais-tu bien la sienne ?

Dave: Pas particulièrement, mais j'ai eu le plaisir de le voir jouer souvent, et c'est un de mes batteurs préférés.

André: Dave, j'aime tellement ce que tu fais, depuis la première fois que je t'ai vu.

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Vous avez tous les deux été longtemps des accompagnateurs, puis avez monté votre propre groupe, ce qui reste toujours un défi pour un batteur.

André : C'est un choix de vie, à tous les niveaux. A un moment donné, il a fallu que je change, que je vive la musicale que j'avais souhaitée.

Dave : Je fais encore pas mal de séances pour d'autres, mais essentiellement chez moi, à Los Angeles. Mais c'est vrai que quand tu commences à t'occuper de toi-même, il n'y a plus beaucoup de temps pour autre chose. C'est un boulot à temps plein que d'essayer d'organiser sa carrière, même si tu délègues à des agents, il faut rester vigilant pour que les choses se passent comme tu veux. Si je suis devenu leader, c'est justement parce que j'avais mon opinion sur ce qu'il fallait faire et comment. Pour moi, c'était devenu inévitable.

Que pensez-vous de cette opposition, typiquement française dirait-on, entre les batteurs "techniques" et les batteurs "artistes"?

Dave : Beaucoup de gens ne comprennent pas le but de la technique. C'est juste un moyen de s'exprimer. Si on n'a pas les moyens de le faire, on ne s'exprime pas complètement.

André : La technique, elle vient aussi en jouant de la musique, pas seulement en tapant sur un tampon à la maison. La technique vient de la pratique.

Quand vous jouez un solo, est-il totalement improvisé ou repose-t-il sur une base préparée ?

André : En ce qui me concerne, c'est totalement free… avec des trous de mémoire terribles. Mais quand on fait un solo de batterie, il y a évidemment des trucs qui reviennent, on se raccroche à des phrases que l'on connaît. Dans ton garage, c'est autre chose, mais dans une telle soirée, il y a un stress énorme qui te fait un peu perdre les pédales. Ce qui est important, c'est le premier coup que tu vas donner.

Dave : C'est toujours un page blanche, je ne sais pas ce qu'il va y avoir avant moi ni après.

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Dave, tu as un jour complètement repensé ton instrument et la façon d'en jouer.

Dave : Dédé dirait la même chose : c'est une quête permanente pour essayer de sentir plus à l'aise, plus libre derrière la batterie. J'ai toujours été de ces batteurs qui repoussent les limites de l'instrument. C'est une obsession pour moi que de toujours trouver des choses nouvelles à la batterie. Là encore, il ne s'agit pas de simplement jouer mais de dire ce que j'ai à dire à la batterie. Il faut une vie entière pour en arriver là.

André : Oui, oui, tout à fait.

Dave : En progressant, en grimpant des échelons, je me sens mieux, et c'est une pure question de liberté, pas d'avoir les pieds plus rapides ou autre. Mon but, c'est de pouvoir aller immédiatement où j'ai envie d'aller. Pour moi, c'est avec la batterie, mais c'est la même chose pour un peintre ou un sculpteur : il s'agit de pouvoir communiquer instantanément avec un public.

Tu as révolutionné ton kit en rajoutant une caisse claire, déplaçant tes toms, et une seconde grosse caisse de 18", au son ouvert, en sus de ta 22", au son plus mat.

Dave : Je songeais déjà à ça il y a quinze ans, quand j'étais avec Chick Corea, car nous jouions à la fois du rock et du jazz. Je l'ai finalement fait. Pour moi, l'idée est d'avoir plusieurs couleurs et textures de sons, surtout dans les graves. Le son d'une grosse caisse change celui de toute la musique que l'on joue. Parfois, je n'ai pas eu le temps de m'accorder aussi précisément que je le souhaitais, aussi le contraste n'est-il pas assez évident. Idem pour les caisses claires. Par ailleurs, en solo, ça permet d'accentuer davantage l'aspect mélodique. Quatre toms, ce n'est pas énorme, mais en y combinant deux grosses caisses et deux caisses claires accordées différemment, on obtient beaucoup de mélodies.

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André : J'ai vu ça, il a vraiment deux batteries : l'une avec le son rock et l'autre avec le son jazz. Ca, c'est vachement bien, surtout que géographiquement, c'est placé curieusement. Quand on est devant la batterie, on est désarçonné au départ, mais c'est une idée géniale. C'est le genre d'idées que moi je n'ai pas.

Dave, tu utilises la double pédale d'une façon très personnelle, surtout depuis que tu as deux grosses caisses.

Dave : Même avec une seule grosse caisse, une double pédale c'est intéressant, ne serait-ce que pour jouer des choses impossibles avec un seul pied, mais toujours dans un contexte musical. Et ça m'a aussi permis de soulager un peu mon mauvais genou en faisant avec deux pieds ce que je pourrais faire avec un seul. Quand j'étais jeune, j'ai eu un accident en jouant au foot. Il a même fallu m'opérer il y a quelques années, je n'ai plus de cartilage dans le genou. J'essais toujours d'intégrer les pieds dans les figures de mains. Pour moi, c'est vraiment un membre supplémentaire. J'en suis arrivé au point que je me sens nu si je n'ai pas de double pédale, je suis tellement habitué à faire mes figures en l'intégrant. Mon but est d'arriver à avoir autant de liberté avec les pieds qu'avec les mains.

André : J'ai une double pédale mais je ne m'y suis jamais vraiment mis. Sur la même grosse caisse, c'est juste un effet, mais jouer de deux grosses caisses différentes, comme toi, c'est vraiment joli, on entend une chanson. Ca donne des idées, mais il faut pouvoir trimbaler tout ça. C'est en ça que je dis que je suis vraiment un mec de la génération précédente, mais qui essaie de s'agripper. Les kits comme celui de Dave sont très travaillés, très mûrement réfléchis, conceptualisés, alors que moi j'ai une batterie très simple. Quand j'étais jeune, tout le monde pouvait jouer sur la batterie de tout le monde. Ce que j'apprécie dans cette génération qui m'a suivie, c'est que chaque batteur essaie de construire un set personnalisé. Tout le monde joue du même instrument, mais avec une culture et un univers différent.

Dave : Je pense que Dédé devrait faire des clinics à longueur d'années, car il est fantastique. Son style de jeu, ce qu'il fait, est tellement profond, tellement ancré dans les racines, les jeunes doivent absolument voir ça. Et le public, français ou autre, ne s'y trompe pas, Dédé joue vrai. Pour revenir à ce qui est du matos, j'ai un second groupe, de be-bop acoustique. C'est un autre défi de faire de la musique avec une batterie on ne peut plus basique.

N'est-ce pas le travail avec Freddie Gruber qui a inspiré ta disposition actuelle ?

Dave : J'ai en effet ressenti le besoin de changer des choses afin d'appliquer ce dont parle Freddie. Mais il n'y a aucun secret ni mystère là-dedans, il s'agit simplement de permettre aux baguettes de rebondir sur la batterie. C'est un principe naturel : pour toute action, il y a une réaction, qui est le rebond. Trop souvent on pousse les batteurs à freiner cette réaction pour faire le boulot eux-mêmes. C'est très simple finalement. C'est d'ailleurs quelque chose que Dédé connaît parfaitement et utilise.

André : C'est un truc d'autodidacte, en fait…

Dave : Avec lui, ça coule. C'est ça le secret, laisser la musique couler en soi.

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Comment tu as appris, toi, Dédé ?

André : Avec la méthode de Jim Chapin, qu'il fallait commander en Suisse à l'époque. C'était en 1963, il y avait un vrai LP dedans, avec la musique

Il y a toute une jeune génération de batteurs qui n'ont jamais ouvert une méthode mais ont tout appris en regardant des vidéos.

Dave : Il faut bien faire comprendre aux jeunes que ce n'est pas une compétition sportive mais un art, une forme d'expression. En ce sens, chacune est différent et s'exprime différemment, c'est ce qui fait la beauté de la batterie.

André : Nous sommes des artistes, et ce qui est magnifique c'est d'apprendre des autres, leur côté positif. J'adore regarder les gens qui ont consacré leur vie à leur art, à leur instrument. Moi qui suis d'une autre époque, j'ai vraiment connu le milieu très négatif des requins. Et même dans le jazz, il y en avait. Mais depuis, ça a explosé, c'est presque fini cette mentalité.

Tu as terminé ton cinquième album avec le morceau qui ouvrait le premier, Tower Of Inspiration. C'était pour marquer le chemin parcouru ?

Dave : C'est un morceau que je n'ai jamais cessé de jouer, car c'était le gros tube de ce premier disque.

Dans tes derniers albums, on sent une influence nette du jeu funky de la Nouvelle-Orléans.

Dave : Je ne sais pas ce qui fait que plusieurs personnes se passionnent en même temps pour la même chose. Pour moi, c'est un style qui m'a toujours intéressé. J'ai commencé à écouter plus de trucs du genre les Meters, Herlin Riley, Johnny Vidacovitch. Comme d'habitude, j'essaye de saisir l'essence d'un style pour en faire quelque chose qui m'est propre. Ce sont mes fills préférés, ni rock ni jazz, mais un peu des deux à la fois. Je décrirais ces rythmes un peu comme la démarche d'un marin ivre…

André : Je joue parfois des trucs comme ça moi aussi, j'adore. Comme tout ce que je fais, c'est quelque chose que j'ai entendu plus ou moins et j'en fais mon propre mélange.

Beaucoup de batteurs actuels sont aussi très influencés par les musiques électroniques et développent un style qui vient paradoxalement des machines.

Dave : Je ne sais pas trop qui dire sur le sujet. Aux Etats-Unis, tout ce qui est drum'n'bass n'a pas atteint la côte Ouest, c'est quasi exclusivement sur la côte Est que l'on s'intéresse à ça. Je ne suis pas vraiment au courant de ce qui se passe en ce domaine. Imiter des machines avec sa batterie, c'est certainement amusant mais franchement ce n'est pas ma tasse de thé. Tant pis si j'ai l'air d'un vieux con en disant ça, mais j'ai encore le sens de l'harmonie et de la mélodie. Ceci dit, c'est un défi comme un autre de jouer avec des programmations.

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Par ailleurs, tu es très pointilleux sur ton son, tu tournes avec ta console et tes micros.

Dave : C'est tout à fait autre chose. Mon kit se compose d'une batterie, de micros et d'une table de mixage. Par exemple, hier soir, c'est l'ingénieur du son qui contrôlais le son des trois autres batteurs. En ce qui me concerne, je lui ai juste donné un câble stéréo à rentrer dans sa console. Je sais d'expérience qu'en général ça fonctionne bien. Par ailleurs, je protège ainsi mes oreilles en ayant mon propre retour casque. Je m'entends parfaitement bien, et par la même occasion j'envoie un meilleur son au public. J'ai de tout dans mes retours-oreillettes, la batterie et le reste du groupe, avec mon propre mix, comme si j'étais en studio.

André : Ca fait des années que j'ai envie d'essayer ça.

Dave : En fait, l'une de mes vidéos est entièrement consacrée à la façon dont je fais mon son. L'accord, le choix des micros, le mixage, j'explique tout ce qui influe sur la reproduction du son de la batterie. Ca fait aussi partie de la responsabilité du batteur.

André : Sur tes disques, le son est parfait, surtout celui de la batterie.

Dave : Je mixe toujours moi-même mes disques. J'essaye d'utiliser mes quelques connaissances pour m'approcher du son de batterie que je veux. Indépendamment du grand talent qu'il puisse avoir, comment quelqu'un d'autre pourrait-il avoir une représentation globale de ta batterie avec treize micros ? André : Nous en France, nous sommes complètement dépassés sur ce point. On fait des disques qui sont plus ou moins bien, mais on a toujours besoin d'avoir l'ingénieur, le technicien qui fait le son. Même si on une idée précise de ce que l'on veut, petit à petit il nous amène vers ce que lui il veut. C'est insidieux, on n'y arrive jamais, à moins de faire son truc tout seul dans son coin. Je pourrais le faire car j'ai quelques notions en la matière, mais jusqu'à présent j'ai loupé le coche. Je ne suis jamais arrivé au son que je veux, sauf peut-être une fois ou deux. Autrement, on est toujours tributaire de quelqu'un. C'est pareil sur scène. Quand quelqu'un fait ton son, il a une notion à lui d'un certain son qu'il entend, qu'il idéalise, et même si tu lui dis :"je veux ça comme ça, pas la grosse caisse trop fort, pas la caisse claire qui fasse plaak, et le tom flaak, j'ai envie d'avoir un son uniforme", il t'amène malgré tout vers un son à lui, en fonction de ses références, ses influences, vers un truc qui ne te convient pas. En studio, tu es piégé à chaque fois. Petit à petit, tu t'habitues au son, et finalement tu dis OK. Et quand tu reçois le disque, tu pleures.

Dave : C'est toujours la même chose, c'est très difficile, on prend un an pour faire un album mais on n'en est jamais content.

André : Non, généralement tes albums sont fantastiques. Quand on écoute les disques de Dave Weckl ou d'autres américains, c'est professionnel. Nous, on a toujours l'air d'amateurs.

Dave : Appelle-moi pour ton prochain disque, je te le mixerais.

André : Tu serais mon producteur ? (rires). Remarque, pourquoi pas ?

Propos recueillis par Férid Bannour

Anatomie d'une caisse claire

Comme une brosse à dents, une caisse claire ne se prête pas, et comme les maîtresses, on peut en avoir plusieurs. Autant dire qu'elle est ce qu'il y a de plus intime pour un batteur, c'est pourtant la pièce du set la plus exposée. Quels sont les critères à considérer pour bien la choisir ? Ce qui suit devrait vous donner quelques réponses, ou du moins une meilleure connaissance du matériel existant.

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Observer un batteur en train de jouer, l'élément dont il se sert le plus est, sans aucun doute, sa caisse claire. Fermez les yeux et écoutez un enregistrement, vous le constaterez là aussi, c'est celle-ci qui est la plus jouée. Quand un batteur va faire une séance, il peut parfois se contenter de la batterie du studio, mais il amènera souvent sa pédale de grosse caisse, et toujours ses cymbales et sa caisse claire (ou ses caisses claires !). C'est l'élément capital de votre set, le cœur de votre son. Il est donc de la plus haute importance d'apporter le plus grand soin au choix de sa caisse claire. Il se peut que celle fournie avec votre batterie ne vous donne pas une totale satisfaction. Par ailleurs, nombre de batteurs aiment disposer de plusieurs caisses claires, ce qui permet d'adapter leur sonorité au lieu et à la musique. Par exemple, quelqu'un comme Vinnie Colaiuta n'en amène jamais moins de sept en studio. Bref vous avez besoin ou envie d'une caisse claire, la diversité des modèles existants vous permet de trouver à coup sûr le son que vous souhaitez, encore faut-il savoir comment fixer son choix. Mais ne cédez pas à la mode sans réfléchir, essayez de bien concevoir mentalement votre son idéal, celui qui sera le reflet de votre personnalité musicale. Surtout ne vous laissez pas influencer par des critères arbitrairement établis, voire des convenances de style. S'il existe certains usages en vigueur, ceux-là sont faits pour être bousculés. Tenons pour acquis que tous les instruments peuvent être joués dans tous les styles de musique, la seule chose à éviter étant la faute de goût. Il existe des harpistes de jazz, des clavecinistes de rock, et des sportifs qui fument.

Le son d'une caisse claire est le fruit d'un mariage réussi entre diamètre, profondeur, épaisseur et densité du fût, sans oublier la nature du matériau qui le constitue. Plus le diamètre est faible et le fût court, plus la note sera haute et précise. Plus le fût est large et profond, plus le son sera rond et ample. Il vous appartient de trouver le juste rapport. Les modèles les plus courants sont de 14" de diamètre par 6"1/2 ou 5" de profondeur, mais sachez que le diamètre peut varier de 10" à 15", et la profondeur de 3" à 8" voir même 10", alors ne soyez pas un mouton, ou vous finirez en méchoui. A titre d'exemple, si vous aimez le piqué d'une piccolo standard de 14" x 3"1/2, mais déplorez son manque de corps, pourquoi ne pas essayer une 13" x 5" voire une 12" x 7". L'épaisseur du fût a, elle aussi, une incidence direct sur le son. Plus celui-ci est fin, plus il vibre, donc plus on gagne en résonance. En revanche plus il est épais, plus le son est précis et incisif. La densité est également un facteur déterminant. Celle-ci est déterminée par le matériau choisi, voire le nombre de couches, quand il s'agit de bois non massif. Les matériaux utilisés sont très divers. La caisse claire de base pour débutants est en acier inoxydable. Les autres matériaux courants sont l'aluminium, le ferromanganèse, le cuivre, le bronze, et des bois anonymes, ou typés comme le peuplier, l'érable, le bouleau, l'acajou, le hêtre ou le noyer et même le chêne massif. Beaucoup moins courants sont les fûts en plexiglas (à la mode à la fin des années 70), en fibre de carbone, graphite, Acousticon (matériau composite breveté par Remo) et même en titane (Tama). Chacun de ces matériaux possède des caractéristiques sonores bien différentes.

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Il est toujours difficile de décrire une sonorité de façon précise, néanmoins on peut dégager quelques généralités : les caisses claires en acier ou en aluminium sont réputées puissantes, brillantes, et riches en harmoniques hautes; pour être simplistes, disons qu'elles sonnent "tac". Celles en bois ont une sonorité plus chaude, plus généreuse, plus "couillue", avec des harmoniques médium plus prononcées: elles feraient plutôt "toc". Entre ces deux extrêmes, les modèles en cuivre constituent un compromis: de belles harmoniques chaleureuses, puissance et précision. Selon les marques, les modèles et les réglages (et la frappe du batteur!), ceci peut être contredit.

L'épaisseur et la construction du fût ont une incidence directe sur le son. Plus il est fin, plus il vibre. Plus il est épais, plus le son est précis et incisif. Le volume du fût détermine également le son de la caisse. D haut en bas, exemples des différentes normes employées par les fabricants, la tessiture s'étalant de plus aigu au plus grave.

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L'accastillage, c'est-à-dire toutes les parties métalliques assemblées sur le fût, joue également un rôle important. Les cercles peuvent être emboutis (cas de figure le plus fréquent), ou moulés. Plus lourds, ces derniers garantissent une meilleure tenue de l'accord et un surcroît de puissance en rim-shot (technique de jeu consistant à frapper simultanément avec la baguette sur la peau et le cercle). Certains cercles emboutis sont néanmoins suffisamment épais pour offrir les avantages, enfin presque, des cercles moulés. Les coquilles, qui enferment les tirants, peuvent être simples ou doubles, isolées ou non du fût par une entretoise en nylon ou en matière plastique. Quoiqu'il en soit, elles doivent être fiables, mais aussi belles car elles contribuent grandement à l'esthétique de la caisse. Il faut veiller à ce qu'elles ne génèrent pas de vibrations parasites, ce qui peut être aisément corrigé en les bourrant de coton ou de mousse par exemple se ce n'est déjà fait. Pear, avec le Free Floating System, a adopté une solution radicale en isolant totalement le fût des parties métalliques. En règle générale, aucun bruit de quincaillerie ne doit survenir lorsqu'on frappe une batterie, soyez vigilants sur ce point. Le nombre de coquilles, et donc de tirants, est le plus de dix, mais il existe des caisses claires à six, huit ou douze tirants. Plus ce nombre est élevé, plus précis est l'accord, mais la caisse claire est aussi plus difficile à régler, il faut le savoir.

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Ce qui fait qu'une caisse sonne "claire", c'est le timbre qui rentre en contact avec la peau de résonance. Les brins qui le constituent, au nombre variable, sont le plus souvent en acier mais il en existe de toutes sortes (cuivre, carbone, et même en boyau comme sur les antiques tambours, mais ce type de timbre est plutôt en vigueur sur les caisses de concert pour la musique classique). Le timbre est fixé par une patte de nylon ou de cordelettes, d'une côté à un pontet de fixation, de l'autre au déclencheur. Le rôle du déclencheur est de plaquer aussi le timbre contre la peau de résonance, appelée aussi peau de timbre. Certains systèmes sont extrêmement sophistiqués, d'autres simples et néanmoins de qualité. Notamment les déclencheurs parallèles (le timbre se plaque uniformément sur la peau) ou ceux qui s'ouvrent vers l'extérieur.

Le déclencheur doit être facile d'accès, d'un maniement rapide et aisé, le plus silencieux possible (pensez à lubrifier de temps en temps les parties en friction). Il est pourvu d'une molette de réglage de tension du timbre. Ce dernier est constitué de plusieurs spires en métal. Leu nombre peut varier de 12 à 42, la norme standard étant de 24 rangs. Plus il y a de spires plus la caisse délivrera d'harmoniques mais plus le réglage sera délicat. Peu de batteurs font réellement attention au timbre, il s'agit pourtant d'un élément capital. Veillez à ce qu'il soit de qualité, en bon état et bien réglé.

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Vous disposez maintenant de toutes les connaissances théoriques en matière de caisse claires. Avant de passer à la pratique, c'est-à-dire au choix de votre caisse claire et à son accordage, voici quelques dernières recommandations: dans une caisse claire, le moindre détail a son importance. Méfiez vous des idées reçues, et du son des autres. Chaque batteur porte en lui la sonorité et le son naturel d'une batterie n'est pas non plus celui que l'on perçoit au travers d'une sono, encore moins sur le disque. Vous seriez certainement très surpris en vous essayant à la place de certains grands batteurs. Il faut entendre la batterie avec son environnement. Telles harmoniques qui vous hérissent le poil ne s'entendent plus sitôt que votre guitariste s'est branché. Beaucoup de débutants infligent au timbre ou à la peau de toutes sortes de sourdines et adhésifs. Essayez de préservez au maximum le caractère naturel de votre caisse claire. Demandez conseil aux revendeurs, renseignez-vous auprès d'autres batteurs, lisez des bancs d'essai objectifs (évitez ceux de la presse spécialisée), fréquentez des bons forums, c'est au terme de multiples tâtonnements que l'on finit un jour par trouver. Et ce jour-là, vous saurez que vous tenez enfin votre son, et c'est en toute confiance que vous donnerez libre cours à votre musicalité. Jusqu'au jour où vous aurez envie d'autre chose, et là tout recommence.

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Férid Bannour

Joey Kramer

Joey Kramer est un pur batteur de rock. Il n'a jamais exploité son image personnelle, il ne fait pas de vidéos, de méthodes ou de modèles Signature, il n'apparait sur les albums des uns et des autres, bref rien de ce qui fait le quotidien des grands batteurs actuels. Son truc à lui, c'est de jouer dans le groupe qu'il a fondé avec ses potes en 70. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts, des dollars dans les poches, de la poudre dans les veines et de l'encre dans la tabloïds, mais Aerosmith nous rappelle que le rock est un état d'esprit, un mode de vie, avant d'être un business. Avec la gentillesse et l'humilité des grands, il fait le point sur sa carrière, son rôle de batteur, et le sens de son existence.

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Il y a toujours eu beaucoup d’influences blues dans la musique d’Aerosmith.

A la base, nous sommes un groupe de blues. Pour ma part, mes racines se situent même plutôt du côté du rhythm’n’blues. J’ai grandi à l’écoute de James Brown, Tower Of Power ou Earth, Wind & Fire. L’essentiel de mon jeu vient de là, mais j’ai reçu aussi la claque de John Bonham. Mon style est sans doute un mélange de ces deux influences.

Tu n’as jamais été un batteur qui cherche à se mettre en avant ?

Non, je suis un joueur d’équipe. Je ne me suis jamais imaginé en soliste, ce que j’aime c’est être dans le groupe et faire tourner le truc.

Au fil des années, ton jeu a-t-il beaucoup évolué ?

Je pense plutôt que j’ai mûri. Je sais surtout bien asseoir la tournerie qui conviendra à une chanson, et être complémentaire des autres instruments. La batterie n’est pas un instrument mélodique, elle sert plutôt à faire tenir le tout ensemble, à lier la sauce. Mais beaucoup de batteurs jouent sans en être conscients. Ils se croient mélodistes et en mettent partout, or la batterie n’est pas faite pour ça.

Il faut un certain temps à un batteur pour comprendre cela ?

Je dirais qu’il faut un certain nombre d’années pour avoir tout le bagage technique qui fait de toi un batteur volubile et démonstratif, et ensuite le même nombre d’années pour comprendre que tous ces plans ne servent finalement à rien. Il faut faire le tour complet ; d’abord apprendre à jouer plein de plans et ensuite apprendre à ne pas les jouer. Il y a plein de trucs chiadés que je sais faire à la perfection mais ne joue jamais car ce serait inutile et déplacé. J’aimerais bien un jour peut-être jouer très fouillé dans un groupe avec beaucoup de cuivres, comme Tower Of Power. Mais mon groupe, Aerosmith, est fondamentalement un groupe de guitares qui se nourrit d’un jeu de batterie puissant et agressif. Et c’est ce que je lui fournis. Je me plais à croire par ailleurs que je suis le détenteur d’un certain groove qui donne un sens à tous ces morceaux. Je n’ai jamais tellement aimé tous ces batteurs vedettes très démonstratifs, ce n’est pas ça la batterie pour moi. Mais ça peut convenir à certains contextes. J’adore Dennis Chambers par exemple, que je suis même allé voir en clinic tout récemment. Certains des artistes avec lesquels il joue ont besoin d’un jeu comme le sien, très chargé. Pour ce que je fais, il n’y a pas besoin de ça.

Ceci dit, quand tu es à la maison et que tu t’entraînes, tu ne te laisses jamais aller à jouer très rapide et très compliqué ?

Par vraiment non. Je préfère mettre des disques et jouer par-dessus, notamment des choses de James Brown ou Tower Of Power. C’est ça qui me fait plaisir. Si je me force à jouer parce que je le dois, ça ne va pas loin. Par contre, si je me promène en voiture par exemple et que j’ai subitement envie de rentrer pour, là c’est productif. Il m’arrive d’essayer des trucs pendant des heures, ou alors d’arrêter au bout de quelques minutes parce que je ne le sens pas. Bien sûr, avant de faire un album et surtout avant de partir en tournée, je m’astreins à une certaine discipline deux mois auparavant. Je me lève tôt, je vais en salle de gym puis je reviens et je m’entraîne, et ce sept jours sur sept. Je vais de toute façon faire de la gym tous les jours car je serais incapable de faire mon boulot autrement. Mon jeu est assez exigeant physiquement, d’autant plus que je suis maintenant en compétition avec des gens qui ont la moitié de mon âge. Je me prépare intensément jusqu’au moment où monter sur scène devient du gâteau. Quand nous sommes en tournée, il y a six semaines de concert alternées avec deux semaines de repos. Pendant ces périodes de repos, je ne touche pas à la batterie, mais je ne loupe jamais ma gym.

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Tu t’imaginais être encore en train de jouer du rock à la cinquantaine ?

Très franchement, personne ne peut décider du durer, ça arrive ou pas. Si tu m’avais demandé il y a vingt-cinq ans où j’en serais aujourd’hui, je n’aurais certainement pas su quoi te répondre. Mais pour durer aussi longtemps, il faut savoir répondre à la demande. Ce que j’aime dans mon activité est de pouvoir déjà répondre à ma propre demande, qui est très physique. Et la condition physique est un facteur essentiel pour moi. D’une certaine façon, jouer dans Aerosmith me maintient en forme finalement.

Mis à part ça, jouer du rock comme tu le fais est finalement bien moins une question de technique que d’attitude ?

Tout à fait. Je suis ce qu’on appelle un batteur de rue, purement autodidacte, je n’ai jamais pris l’ombre d’une leçon, mon jeu n’est affaire que d’émotion, tout vient du cœur. Je serais bien incapable de t’expliquer comment je fais tel ou tel plan, je ne suis mêmes pas sûr de pouvoir te le montrer. Je rends grâce à Dieu pour le don qu’il m’a fait et j’espère donner de la joie aux autres.

Qu’elle soit simple ou double, beaucoup de gens jouent maintenant énormément de notes à la grosse caisse. Or dans un contexte bien rock, c’est plutôt déconseillé, non ?

Absolument, plus c’est simple, mieux c’est. La grosse caisse doit être comme un moule dans lequel le reste de la musique prend sa place. Pour ma part, j’utilise deux charlestons de sonorités très différentes, dont une à câble. Je n’ai jamais été convaincu par l’utilité de la double grosse caisse, c’est essentiellement un accessoire pour faire des solos. Or, si j’ai pris des solos tous les soirs pendant dix-huit ans, c’est quelque chose qui appartient maintenant au passé. Il y a tellement de chansons importantes dans l’histoire du groupe qu’à mon avis les fans préfèrent entendre des chansons plutôt qu’un solo de batterie. Je prends de toute façon plus mon pied à propulser le groupe du fond de la scène qu’à faire un solo de batterie.

De quelle façon participes-tu à l’élaboration des morceaux, et plus particulièrement tes parties de batterie ?

Le principal boulot d’un batteur consiste à donner au compositeur ce qui serait sa vision du morceau. Steve (Tyler) connaît mon instrument, car i la joué de la batterie et il sait ce qui peut être joué ou pas, ainsi que ce qui est efficace. Lui et moi nous entendons parfaitement pour trouver le truc qui va bien pousser le chant. Si certains batteurs jouent beaucoup de notes, c’est le plus souvent pour résoudre leurs problèmes d’ego. Ce qui est le plus important pour moi est d’inspirer confiance aux gens de mon groupe. Quand je monte sur scène, ce qui compte est de prendre mon pied, et c’est ce qui se passe généralement.

Après toutes ces années, tu arrives à garder intact ton plaisir de monter sur scène ?

Hum, oui je crois, même si ce n’est pas toujours facile, et parois même assez dur. De toutes façons, j’adore vraiment les chansons que nous jouons, je ne suis encore lassé d’aucune. Ça viendra peut-être, mais j’en suis encore loin.

Steve n’a jamais eu la velléité de jouer de la batterie sur un titre d’un disque ?

Non, ça fait longtemps qu’il ne joue plus vraiment. Il aime bien s’y mettre comme ça et taper un peu mails il n’a pas les qualités requises pour jouer de la batterie selon les critères actuels. Il a de bonnes idées mais de nos jours il est surtout essentiel d’avoir un tempo en béton. La plupart du temps en studio, nous bossons d’ailleurs au click.

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La prise de son de la batterie a énormément changé depuis tes débuts.

Il y a vingt-cinq ans, tu pouvais à peine m’entendre sur les disques. Je suis justement heureux que des albums comme « Toys In The Attic Â» ont été intégralement remixés numériquement. Vous pouvez maintenant entendre tout ce que je faisais là-dessus, inaudible sur les disques originaux..

C’est le producteur ou vous-mêmes qui décidez du son de vos albums ?

Sur « Pump Â» et « Get A Grip », nous avons utilisé des échantillons, pour gonfler le son de la batterie notamment. Sur les derniers disques, il n’y a rien de tel, toute la batterie est purement acoustique et naturelle. C'est extrêmement proche du son que nous avons en concert, alors que très souvent, la différence est importante entre le son d’un groupe sur scène et sur disque, encore que pour Aerosmith ce ne soit pas énorme. Nous avons de toute façon joué live en studio.

Vous jouez d’une façon qui n’est effectivement pas celle des groupes actuels, il semble que tout le monde n’entende pas la musique de la même façon ?

Le fait que nous jouions ensemble depuis si longtemps est pour beaucoup là dedans. C’est exactement comme un couple marié, encore que nous soyons cinq et pas deux, ce qui complique les choses. Songe que Tom (Hamilton) et moi formons une section rythmique depuis vingt-cinq ans ! Nous arrivons même à nous planter ensemble, chacun de nous sent l’autre

Tu as eu des problèmes de santé, et c'est Steve Ferrone qui a commencé à faire "Nine Lives", mais son jeu ne collait pas du tout.

J’ai perdu mon père puis j’ai eu des problèmes personnels, ce qui m’a plongé dans une grande dépression. Je n’étais plus capable de rien faire à commencer par jouer. Il fallait que je m’éloigne pour me refaire une santé. Par ailleurs, notre manager de l’époque Tim Collins, a dit aux quatre autres que la maison de disques mettait la pression pour que nous fassions très vite cet album. Alors qu’en réalité Sony nous a même permis de le refaire entièrement, nous disant de prendre notre temps pour sortir un bon disque. Je tiens vraiment à les remercier pour nous avoir aidés et soutenus après ces embrouilles avec notre manager. Tim Collins nous mentait mais ce type était notre manager depuis douze ans, alors on l’a cru. Sur cette base de mensonges, il conduit les autres en studio avec Steve Ferrone. C’est un excellent batteur, mais en aucun cas un batteur de rock’n’roll, il est loin d’avoir ma puissance et mon agressivité. Les prises de guitare en numérique n’étaient guère convaincantes. Bref, à l’écoute des premières prises, tout le monde a trouvé que ça n’allait pas, que ça ne sonnait pas du tout comme du Aerosmith. Cinq semaines plus tard, je suis revenu, encore convalescent. Il était manifeste que sans moi l’alchimie ne se faisait pas. Nous avons alors pris contact avec Kevin Shirley qui a tout de suite considéré qu’il fallait tout reprendre à zéro. Je n’étais pas à cent pour cent de mes capacités, mais j’étais conscient qu’il me fallait faire une introspection, et que je devais prouver quelques chose à moi-même autant qu’aux autres. Je n’étais pas objectivement en état de rentrer en studio, mais je n’avais finalement pas d’autre choix. Avec le soutien de mes partenaires, et conscient que j’étais plus fort que je ne le croyais, au bout de deux ou trois titres, c’est devenu une véritable partie de plaisir. J’ai compris que c’était ça ma vie, que c’était ce que j’aimais et je me suis de nouveau senti bien. Le reste de l’album s’est fait vraiment dans la bonne humeur, et c’est ce qu’on ressent à son écoute.

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Au fil des années, quand un groupe prend de l’importance, ne faut-il pas gérer des tas de choses qui n’ont rien à voir avec la musique ?

Quand on est ensemble pendant vingt-cinq ans, on apprend justement qu’il y a dans la musique beaucoup plus que la musique elle-même.

Il est rare qu’un groupe tienne aussi longtemps sans changement de personnel.

Joe Perry et Brad Whitford ont quitté le groupe en 79, car il y avait des divergences musicales autant qu’humaines. Mais c’est justement en partant qu’ils ont pris conscience de la force que nous représentions tout ensemble. Ils sont donc revenus, et nous sommes plus forts et plus unis que jamais depuis cette période. Bien sûr, Joe et Steve sont sur le devant de la scène, et Brad, Tom et moi pouvons sembler en retrait. Mais c’est le type même de groupe qui ne serait plus jamais le même si un seul d’entre nous partait. On s’en est encore aperçu quand j’ai dû m’absenter. Et c’est quelques chose dont nous sommes parfaitement conscients.

Mais si Aerosmith est un vieux groupe, vous avez toujours été dans le coup. Vous avez été notamment les premiers à fusionner avec des rappers en 86, et il est déjà sorti des versions remix du dernier single …

Ça nous a permis d’ouvrir des portes. Le rap émergeait, et Run DMC nous a demandé de reprendre une de nos chansons. Ce qui nous a donné l’occasion de faire un retour en force et, ma foi, ça a bien fonctionné. Quant aux remix, c’est l’usage maintenant, ça nous permet d’être toujours au sommet de la vague. Il faut se plier à ce genre de choses pour rester au premier plan.

Accordes-tu de l’importance à ton matériel ?

Oui, plutôt. J’ai la chance de jouer DW depuis des années, et je n’ai jamais été aussi heureux avec une batterie auparavant. John Good, le patron de la marque, est le meilleur en son domaine et c’est un mec sympa en plus. Il me fabrique exactement ce que je veux, même si je le rends dingue avec ce que je demande parfois. Et j’apprécie qu’elles soient fabriquées aux Etats-Unis. J’ai joué sur beaucoup de marques pendant vingt ans, DW est ma préférée à ce jour, et de loin. Quant à Zildjian, je suis chez eux depuis très longtemps, ils me traitent comme si j’étais de leur famille.

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En considérant l’ensemble de ta discographie, y a-t-il un ou deux titres dont tu sois particulièrement fier ?

Sans hésiter, je dirais Nobody’s Fault, un titre obscur de l’album « Rocks », et ensuite Round And Round de « Toys In The Attic ».

Tu tires un bilan plutôt positif de ta carrière à ce jour, tu es content d’avoir vécu ce que tu as vécu ?

Oui, je suis heureux, j’aime ce que je fais, et j’en tire beaucoup d’enseignement personnel. Je ne suis pas le mec qui aime être tout le temps dans le feu des projecteurs, j’aime tenir ma place dans le groupe. Il m’a fallu un paquet d’années pour apprécier ça à sa juste valeur, mais j’en suis au point où je suis pleinement satisfait. Je ne me torture plus mentalement comme avant, je ne passe pas toute la journée à déplorer l’éloignement par exemple. J’essaie de vivre chaque journée pour elle-même, le temps passe bien assez vite comme ça.

Propos recueillis par Férid Bannour

Mapex Black Panther Solid Steel

La gamme de caisses claires Black Panther est le fleuron de Mapex, la marque officielle du plus grand fabricant de batterie chinois, qui produit toutes sortes de modèles pour les marques les plus diverses, et pas des moindres, comme Sonor. KHS Musix, de son vrai nom, emploie plus de quatre mille personnes à la fabrication d'instruments de musique, réparties entre les deux Chines, pour un chiffre d'affaires annuel de trois cent millions de dollars. Ca pose l'entreprise.
Mapex avait commencé par faire appel à Billy Cobham pour concevoir leurs premiers modèles de batterie. Celui-ci a ensuite cédé aux sirènes japonaises, dont les chants de hyènes s'interprètent en yens. Mais Mapex a peu à peu séduit de nombreux autres grands batteurs, tout en développant considérablement ses produits, à la qualité sans cesse croissante, jusqu'à atteindre le summum à la fin des années 90 avec la fabuleuse Deep Forest. Parmi les endorsés, citons Gregg Bissonette, Walfredo Reyes, Chris Adler, Aquiles Priester, et tout dernièrement Will Calhoun.

En dépit de leur nom, les Black Panther se déclinent en nombreuses couleurs, ainsi que divers matériaux. La Black Panther Solid Steel est sans nul doute la plus sauvage ambassadrice de cette série, puisqu'elle est noire, rapide, souple, et agressive. C'est un modèle en tous point exceptionnel, à placer d'ores et déjà au panthéon des caisses claires industrielles.

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Bien que fabriquée en acier, elle n'a rien à envier aux modèles en bronze de Tama ou Sonor sur le plan du poids, puisqu'elle frôle les 8 kgs. Si on se la fait tomber sur le pied, on risque de transformer ses orteils en saucisses cocktail. Le fût de 14" x 5 ½" est réalisée en acier, sans soudure. Il fait 3 mm d'épaisseur sur sa partie principale, et 5 mm vers les chanfreins. Que ce soit les vingt petites coquilles simples de faible masse montées sur silent blocks, les cercles moulés, le déclencheur, ou le timbre, tout sur cette caisse claire est noir. Ce qui n'est pas courant pour de l'acier. Pour en rajouter encore dans le look extrême, la surface externe du fût est travaillée en petits croisillons. Et, comble de raffinement, la peau de frappe est ornée d'un dessin gothico-medieval. Rien à dire, à l'œil c'est un modèle très impressionnant.

Mais sous la baguette, ça devient carrément terrifiant. Amateurs de petites frappes délicates, vade retro jazzanas. Dès le premier coup, on est surpris par l'attaque. Ensuite, on assume pleinement sa puissance, et c'est en se bouchant les oreilles qu'on envoie la sauce. Le son est bien sûr très claquant, avec une incroyable projection. De quoi faire entendre un rim-shot à plusieurs centaines de mètres en plein aire. Mais s'il ne s'agissait que d'envoyer des boulets de canon, cette caisse montrerait rapidement ses limites. Or elle conserve toujours sa tonalité médium haute fondamentale, se montre extrêmement sensible aux doigtés les plus complexes, reste toujours nette et précise sans jamais s'emballer. Alors que certaines marques pensent séduire les batteurs de métal avec des modèles dont les principaux arguments sont le look et le marketing, Mapex propose une arme absolue pour batteurs extrêmes. Si vous pensiez sonner méchant avec une Tama Warlord ou une Yamaha Oak Custom, la panthère noire fera de vous du pâté de ragondin en quelques secondes. Bien sûr, tout dépend si on se sent plus proche de Kyo ou de Cannibal Corpse.

Avec cette Black Panther Solid Steel, Mapex confirme sa place parmi les grandes marques de batterie. C'est une des caisses claires les plus puissantes du marché, avec un look original et sobre tout à la fois. Efficacité maximale.

Férid Bannour

Zakir Hussain

Extraordinaire virtuose, Zakir Hussain est certainement l'un des musiciens les plus ouverts de notre époque, et sans nul doute le meilleur symbole de ce qu'on appelle maintenant "Musiques du Monde". Il n'est pas un style qu'il n'ait pas un jour approché pour l'illuminer de son jeu magique. Loin de simplement s'adapter à une musique, il la vit profondément et la transfigure. Un véritable musicien universel.

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On dit que dès la naissance votre père vous susurrait des formules rythmiques à l'oreille ?

Oui, dès le deuxième jour, quand je suis revenu de l'hopital à la maison. Ma mère m'a raconté qu'il me prenait dans ses bras et était censé me chanter des prières, ce qui est la coutume, mais au lieu de ça il me chantait des rythmes, car pour lui le rythme était une religion, ce qu'il y a de plus proche de Dieu en tout cas. Il me chantait des mantras spéciaux (mantra = prière en indien NDR), mais je crois aussi qu'il voulait que je devienne percussionniste et préparait mon esprit à ça le plus tôt possible. C'est en tout cas ce que je suis devenu. Il a dû faire cela pendant environ deux ans, après je commençais à courir partout.

Il était lui-même un musicien exceptionnel, ça a dû beaucoup vous aider ?

Comme il était un grand musicien, et principalement un percussionniste, il y avait en permanence des musiciens à la maison, notamment des élèves percussionnistes qui travaillaient, ainsi que d'autres musiciens qui venaient jouer, écouter ou parler. J'ai donc grandi en les écoutant et en les observant, et il y avait partout des tambours sur lesquels je pouvais frapper. Cette maison pleine de musiciens et d'instruments a certainement été mon atout majeur.

Mais vous n'avez pas appris que la musique traditionnelle ?

En Inde, chaque percussionniste doit connaître tous les aspects de la musique. Nous n'apprenons pas que la percussion, car nous devons aussi tenir compte de la mélodie. D plus, la musique n'est pas figée mais improvisée, il faut absolument savoir comment ça se goupille. Un percussionniste doit absolument tout apprendre, pour être capable de jouer dans tous les registres. Il existe plusieurs régions en Inde? Qui ont chacune des mélodies et des rythmes différents, nous devons les apprendre tous. Mon instrument, le tabla, est l'instrument principal de l'Inde du Nord, mais il est employé partout, et pour jouer avec des musiciens d'autres régions, je dois connaître leur musique.

Les musiciens de jazz ou de rock ont depuis longtemps enrichi leur vocabulaire en écoutant de la musique indienne. Mais qu'ont-ils, eux, apporté aux musiciens indiens ?

Je dirais un certain sens des proportions. Je m'explique. En Inde, la musique avait toujours été l'apanage des temples, puis elle est arrivée dans les palais, à la cour des rois, elle n'est pas venue dans le grand public. Ce n'est qu'à de très rares occasions que les rois laissaient leurs musiciens jouer pour le peuple, lors de grandes fêtes. A la fin de l'époque des palais, ils ne savaient pas quoi devenir. Ils étaient habitués à jouer à la cour du roi, mais ne savaient pas du tout comment jouer pour un public. C'est seulement en 1947 (année de l'indépendance de l'Inde NDR) que les musiciens sont arrivés sur des scènes. Vous savez, notre musique est très longue, et elle était encore plus longue auparavant que maintenant. Deux à trois heures pour un morceau était chose courante. Les musiciens prenaient leur temps, développaient les choses, ce qui ne pouvait pas se faire en concert. Ce que nous avons retenu de l'approche occidentale de la musique est l'adaptation à la scène, comment faire en sorte que la musique respecte sa tradition tout en étant compréhensible pour le public. Nous avons donc appris à jouer notre musique d'un point de vue scénique, et non pour nous en servir uniquement pour prier. Maintenant, nous sommes arrivés à une combinaison intéressante: sur scène, notre musique commence par être une prière, puis se développe pour devenir du divertissement.

Et en plus de la scène, il vous a fallu aussi vous adapter au format du disque.

Dans les années 30, quand les rois ont fait venir pour la première fois des maisons de disques en Inde, les musiciens ont refusé d'être enregistrés. Ceci pour une raison simple : ils craignaient, en le faisant, de perdre leur voix une fois qu'elle aurait été capturée par la bande. Longtemps, les ingénieurs du son ont dû cacher leurs micros pour les enregistrements. Plus tard, la génération suivante, celle qui a précédé celle de mon père, a compris comment alléger les ragas classiques (en Inde, raga = pièce de musique NDR). Ils ont commencé à faire des concerts qui incluaient des éléments populaires, et ont su s'adapter à des formats courts. Mais c'est seulement la génération Ravis Shankar qui a su rendre la musique propre au disque. C'est lui qui a permis à la musique indienne actuelle d'être jouée en concert. C'est lui qui nous a appris l'art de la scène, c'est à lui qu'on doit la façon dont la musique classique indienne moderne est jouée maintenant.

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Ravi Shankar s'est fait connaître en Occident en ne jouant que de la musique traditionnelle. Vous, en revanche, vous avez fait montre d'une ouverture totale.

Un musicien indien contemporain a deux vies, qui sont parallèles. Dans l'une, il joue de la musique traditionnelle pour faire vivre ses racines, dans l'autre, il joue avec d'autres musiciens, des jazzmen ou Peter Gabriel, Youss N'Dour, Doudou N'Diaye Rose, Nusrat Fateh Ali Khan Salif Keita, tous ces musiciens jouent avec des Occidentaux et apprennent à mêler leur musique avec les leurs. Mais les Occidentaux font de même dans l'autre sens, et apprennent à jouer des musiques du Tiers-monde. Simplement parce que maintenant nous nous connaissons. En tant que musicien, je suis curieux. Et le seul moyen de savoir est de faire. Je voulais connaître le Brésil, les chamans, les tambours africains, etc. J'ai étudié et j'ai eu la chance de rencontrer des maîtres come Olatunji, Airto Moreira, Sikiru Adepojo, Doudou N'Diaye Rose, avec lesquels j'ai pu apprendre. Et j'ai pu le faire parce que j'étais jeune, mais également vieux de ma tradition que j'avais étudiée près de quinze ans. Mon père avait lui aussi couru le monde avant moi, mais il était trop âgé pour pouvoir apprendre à s'adapter. L es musiciens de ma génération sont d'une époque plus chanceuse. Aujourd'hui, le monde est devenu très petit. Et parce qu'il est petit, les gens portent des jeans en Inde et des Américains sont des Hare Krishna. Chacun apprend de tout le monde et trouve sa voie, il est donc naturel que les musiciens (et ceux qui ont à voir avec la culture) se rencontrent aussi et communiquent entre eux.

Pour nous Occidentaux, la musique indienne apparaît comme extrêmement complexe. Est-ce qu'en retour vous trouvez notre musique facile ?

La musique que j'ai trouvé la plus difficile à apprendre est sans nul doute le jazz. C'est très compliqué. J'ai passé des heures à regarder jouer un batteur de jazz et à essayer de trouver où était le rythme sur la cymbale. Ce n'est vraiment pas simple, il flotte d'une certaine façon et un jazzman saura facilement om il est, mais pour moi, musicien indien qui vient pourtant d'une tradition de rythmes incroyablement complexes et de schémas rythmiques terriblement sophistiqués, il était difficile de comprendre où est le rythme dans le jazz. C'est la même chose pour un Occidental qui aborde la musique indienne, c'est compliqué. Mais cependant je ne crois pas que ce soit plus compliqué que l'harmonie ou le contrepoint. Nous avons des mélodies très pures, nous jouons une seule note à la fois, nous nous concentrons sur cette note et tentons s de mettre tous nos sentiments en elle. Nous n'avons pas à penser à cinquante musiciens qui jouent en complète harmonie. Il est en revanche difficile de faire parvenir cinquante musiciens à une seule et même émotion. Pour nous, musiciens indiens qui jouons une seule note, un seul coup à la fois, il est plus facile de rendre l'émotion limpide. Et nous prenons notre temps pour le faire, deux heures s'il le faut. Et bien sûr, pour moi la musique indienne est plus facile parce que j'ai grandi avec. J'ai rencontré beaucoup de musiciens occidentaux qui n'avaient aucune difficulté avec la musique indienne. George Harrison n'a aucun problème. John Mc Laughlin a étudié la musique indienne et la joue comme un Indien. Trilok Gurtu n'a aucun problème pour jouer du jazz comme un batteur de jazz, alors que j'ai du mal à comprendre le ride à la cymbale. Ca dépend des gens. Il est difficile, mais pas impossible, de devenir un maître de la musique indienne classique. Mais il est aussi difficile de devenir un maître de la musique occidentale, ou de n'importe quelle musique. La musique indienne est comme les autres musiques, elle nécessite le même travail et la même concentration, c'est juste une discipline différente, d'une autre approche, d'une autre tradition. Mais en Inde même, la musique du Nord est différente de celle du Sud, ce sont deux traditions différentes. Je suis du Nord et quand je dois jouer avec des musiciens du Sud, je m'entraîne avant. Rares sont les musiciens du Nord capables de jouer avec eux du Sud, et inversement. Ceux qui, comme moi, y arrivent sont ceux qui ont pris le temps d'étudier. Et si on prend le temps d'étudier, quelle que soit la musique, on y arrive.

Votre technique de tabla est loin de se conformer à la tradition, vous recourez à des frappes tout à fait inhabituelles.

Je ne fais ça que quand je joue avec des musiciens d'autres cultures. Je considère le tabla non pas comme un instrument indien mais un instrument de percussion. Dans ces contextes, je ne suis plus un Indien, je suis un percussionniste. Quand je joue avec John McLaughlin par exemple, j'utilise tout ce que je sais en tant que percussionniste, que ce soit indien, africain, porto-ricain, brésilien ou autre, pour que la musique soit bonne. Quand je joue avec des musiciens indiens, j'emploie en revanche mon style traditionnel. J'ai passé beaucoup d'années à jouer traditionnel, et je continue à le faire. Je fais environ cent cinquante concerts par an, dont une bonne centaine à jouer de la musique indienne traditionnelle, et le reste dans d'autres genres les plus variés. Comme je l'ai dit, nous autres musiciens indiens avons deux vies.

Quand un batteur joue, il s'inspire de la basse ou du piano. Vous n'avez ni l'un ni l'autre, sur quelle base construisez vous vos rythmes ?

Ma base est la basse que je frappe à la main gauche. Mais en fait, quand je joue avec un autre musicien, nous nous supportons mutuellement. Quand il improvise, je simule la basse, la caisse claire ou la charleston ; quand j'improvise, il me simule le piano. On peut le voir ainsi. Mais, dans la tradition telle que nous l'apprenons, chaque rythme ou cycle devient celui de notre corps. Par exemple, quand un batteur joue un rock bien carré, son corps bouge dans ce tempo. Année après année, son corps aura appris ce rythme, et quand il fera un solo son corps continuera à garder ce rythme et il n'aura plus à s'en soucier. C'est ainsi que nous apprenons en Inde. Quand nous jouons en 16 temps, 19 temps, 32 temps ou 48 temps, nous l'avons appris et joué pendant de nombreuses années, tel un mantra. Jouez 1, 2, 3, 4, que ça, juste le rythme sans un solo, pendant deux ans jusqu'à ce que votre corps devienne ce rythme, et vous comprendrez ce que je veux dire. Quand je joue une mesure en 16 temps, le coude peut bouger d'une certaine façon sur le 5, ou la tête se tourner sur le 9, ou le genou se lever sur le 13, le corps devient mouvement, le corps danse. C'est pour ça que nous arrivons à jouer des rythmes très complexes, notre corps bouge dans ces rythmes, il devient ces rythmes. C'est, en un sens, un yoga très spécial qui nous apprend à nous concentrer, et à garder cette concentration en faisant toutes sortes d'autres choses. Les rythmes indiens vous enseignent ça, et c'est la chose la plus importante à leur sujet.

Pour quelqu'un qui voudrait les appréhender, quelle serait la première étape ?

Ecouter, écouter énormément. La seconde étape est d'écouter et de marcher. Quand j'étais enfant, mon père m'accompagnait à l'école à pied. Il y avait un kilomètre et demi. En m'accompagnant, il chantait des rythmes. Au départ, ça n'avait aucun sens pour moi, mais au bout d'un moment, je me suis aperçu que quand il chantait un rythme, je marchais dans ce rythme sans m'en rendre compte. J'ai compris que je rentrais dans ce tempo moi aussi. C'est pour ça que les joggers courent avec un walkman. C'est la deuxième étape, se mettre de la musique dans l'oreille et marcher, bouger, travailler, lire ça apprend à se concentrer sur la musique sans la jouer. Quand on a compris ça, il devient très facile d'apprendre la musique. Ca fonctionne un peu de la même façon que les cassettes pour apprendre une langue étrangère. On les écoute inlassablement et on finit par assimiler des choses.

La musique indienne semble prendre particulièrement en compte la spiritualité, ce qui est moins évident dans la musique occidentale.

La spiritualité se vit au quotidien. Si mon travail est détendu, positif, rend des gens heureux, c'est de la spiritualité. Si ca rend les gens laids, violents, coléreux, tristes, ce n'est pas de la spiritualité, c'est autre chose. C'est le côté sombre de l'homme; En Inde, nous faisons le choix de refuser ce côté sombre pour privilégier le positif, dans la musique, l'art, la culture, dans toute chose. Le karma (le destin NDR) n'est rien d'autre que de considérer le côté positif, un peu comme dire "c'est la vie" (en français, NDR). Mais ce peut être très dangereux aussi. Ce n'est pas forcément toujours une bonne habitude que de dire "c'est la vie", il faut apprendre à décider quand ce n'est la bonne formule. Par moments, il faut savoir refuser le fatalisme, il doit y avoir autre chose. Si votre tempo interne est bon, vous savez quad il faut dire non et quand "c'est la vie". Dans le monde actuel, il est difficile de vivre avec des modes de pensées d'autrefois. Jésus disait de tendre l'autre joue, mais ça ne fonctionne plus de nos jours. Il faut s'adapter. Ce qui fait que la philosophie orientale marche bien est qu'elle laisse une marge d'adaptation. Dans la pensée orientale, nous sommes des gens de la terre, et le restons, alors que les Occidentaux se sont efforcés de quitter la terre et tentent de devenir les maîtres de la terre. Il est bien plus facile de vivre avec la philosophie orientale, plus facile de croître dedans, avec énormément de place pour évoluer.

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On peut dire que vous avez vraiment joué dans les contextes les plus qui soient.

John McLaughlin, Van Morrisson, Earth Wind & Fire, George Harrison, Bill Laswell, Grateful Dead, Olatunji, Taïko Dojo, Coulibaly, Doudou N'Diaye Rose, j'ai travaillé avec tout le monde, et c'est une grande chance. J'ai une tradition en moi mais aussi une liberté. Je joue de la percussion, t le rythme est un langage universel. A mon avantage, je n'ai pas à me soucier trop de la mélodie, ce qui est plus facile, et je peux jouer dans tous les styles. Mon père a fait un disque avec Buddy Rich dans les années 60 ("Rich A La Takha", World Pacific/ 1968, qui comprend notamment un duo avec Buddy au dholak, le petit tambour sur cadre indien, NDR) mais il était incapable de jouer du jazz. Il jouait indien, et c'est Buddy qui s'est adapté. Pour moi, c'est possible. Je suis assez jeune, je suis formé, lettré, et je suis conscient qu'en passant d'une musique à une autre, je n'oublierai pas la première. Elle sera toujours en moi, tout ce que j'ai à faire est de rester en contact avec elle.

Quand vous jouez du rock ou du jazz, vous vous préparez avant ou vous rentrez dedans directement ?

Je le fais depuis tellement longtemps maintenant que je saute dedans à pieds joints. Je viens de jouer avec John McLaughlin. La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était il y a deux ans sur cette tournée "Remember Shakti". Nous sommes rentrés sur scène et avons aussitôt joué. John est le genre de musicien qui peut s'adapter à tout.

On peut dire la même chose de vous !

C'est pour ça que nous travaillons bien ensemble. Shankar (pas Ravis mais celui de Shakti, le violoniste) est également un musicien comme ça. Trilok Gurtu aussi. Il y a certains musiciens qui sont capables de passer d'un style à l'autre sans aucun problème. C'est pour ça qu'ils s'entendent si bien entre eux. Et c'est pour ça que Shakti était un si bon groupe. Shankar et Vikku étaient Indiens du Sud, John un jazzman, et moi Indien du Nord. Nous avons réussi à jouer ensemble parce que nos esprits et nos corps bougeaient ensemble, parce que nous étions animés des mêmes énergies et émotions. C'est pour ca que nous avons appelé ce double album "Remember Shakti", car en écoutant les bandes, ça nous a vraiment rappelé Shakti. Il y a la même énergie, la même, la même communication, la même vibration, ce sont quatre personnes fondues en une seule. Et si cet album est tellement réussi, c'est aussi parce qu'il est enregistré live. On n'obtient pas la même énergie en studio. Bien sûr, on peut créer un bon album en studio, parfois même un chef-d'œuvre, mais l'énergie d'un concert est quelque chose de tout à fait différent. Et la musique indienne est meilleure jouée live. En réunissant des grands musiciens, comme le flûtiste Hariprasad Chaurasia, ça ne peut être que bon sur scène. John a dû se battre, car Verve ne voulait pas sortir qu'un album simple, qui est plus facile à vendre. Il a tenu bon, et a refusé de couper le concert, qui est finalement sorti dans sa version intégrale.

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Si quelqu'un voulait vous découvrir, quel album lui recommanderiez-vous à part celui-ci?

Je pense que "Making Music" est un super disque. Il est d'ailleurs à l'origine de "Remember Shakti". Quand il est sorti, l'Art Council d'Angleterre m'a demandé de monter une tournée avec les mêmes artistes. Je l'ai proposé à John et Hariprasad, qui ont accepté, mais Jan Garbarek n'était pas libre. John a suggéré de prendre Vukku. Nous sommes partis en tournée et voilà le résultat. Je conseille également mes albums traditionnels en solo, qui sont la meilleure façon de comprendre ce que je joue au tabla. J'ai aussi enregistré un excellent album avec mon père, sur Monment Records. C'est un concert que nous avons donné à Calcutta, composé d'un seul morceau de percussions d'une heure. En 1976, j'ai fait "Diga", le premier album de percussions "world" orchestrées réalisé avec Mickey Hart, le batteur du Grateful Dead. J'ai écrit la musique et il l'a produite. Nous travaillons ensemble depuis cette époque et avons produit "One The Edge", "Planet Drum" et "Supra Lingua" (tous sur le label RykolHarmonia Mundi).

Cette reconnaissance internationale ne doit pas faire oublier que vous êtes une star en Inde, où un jury féminin vous a élu "l'homme le plus sexy du pays" !

Que dire, je suis plutôt flatté qu'on me trouve sexy. Je ne suis qu'un petit bonhomme, pas un grand baraqué. En fait, c'est un questionnaire qui a été envoyé à trois mille femmes, et, au lieu de prendre un acteur ou autre, elles m'ont choisi moi. Je me suis regardé dans ma glace et j'ai essayé de comprendre. Je pense que c'est dû à la musique, à ce qu'elle procure aux gens. C'est le rythme, le langage du corps, positif, adéquat, détendus, souriants, certains y ressentent même de la sensualité, ça vient de là.

Propos recueillis par Férid Bannour

Butch Vig

Le discret et modeste Butch Vig est un personnage très important de la scène rock actuelle. Il a été le producteur de groupes mythiques des années 90, créant un style et un son qui fait aujourd'hui référence, puis a monté son groupe pop, Garbage, qui connaît un vif succès à travers le monde. Cette interview date de 1999.

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Avant Garbage, tu étais plutôt reconnu comme producteur que comme batteur.

Ma mère était prof de musique, j'ai donc grandi en apprenant le piano et la batterie, et dès le lycée j'ai commencé par jouer dans des groupes, bien avant d'en enregistrer et d'en produire. C'est à la fac du Wisconsin que j'ai rencontré Duke et Steve (Erikson et Marker, les deux autres hommes de Garbage, NDR). Je suis allé ensuite dans une école de cinéma. J'y ai appris la musique électronique et j'ai commencé à m'intéresser à l'enregistrement, tout en continuant à jouer dans des groupes de rock. En 1983, à la fin de nos études de cinéma, Steve et moi avons fondé le studio Smart et avons commencé à enregistrer des groupes punk. C'est à ce moment que je suis devenu ingénieur du son et producteur à plein temps.

Que ressens-tu maintenant que tu as repris les baguettes ?

Ca me fait tout drôle, d'autant plus que je n'ai jamais été dans un groupe qui marche comme celui-ci, et tourne à travers toute la planète, c'est incroyable. En un certain sens, ce succès est encore plus gratifiant quand tu as déjà fait tout le circuit et que tu reprends à zéro, que tu recommences à composer, jouer et tourner.

Tes premiers groupes n'ont jamais vraiment marché ?

Non. A la fac, j'avais un groupe garage avec Duke, qui s'appelait Spooner. Nous avons fait trois albums sur un label indépendant. Puis nous avons sorti deux albums sur Atlantic, sous le non de Fire Town.

Paradoxalement, on doit se les arracher maintenant ?

Oui (rires), mais je doute que tu puisses les dégoter. C'est à ce moment que j'ai commencé à m'intéresser à la prise de son. A la fin du second album de Fire Town, j'ai commencé mon activité de producteur. Je pense que si j'ai eu beaucoup de boulot c'est parce que, fondamentalement, j'aime la pop. Et, étant batteur, j'ai toujours été très attentif à la façon dont sonne une batterie en studio. Mes conseils ont toujours été très utiles aux batteurs qui sont venus enregistrer, tant sur le plan des techniques d'enregistrement que de l'accord ou du jeu lui-même. La plupart des groupes punk que j'ai enregistrés n'avaient aucune notion de leur son. Ils étaient habitués à répéter dans des caves sans sono, avec un son de merde. Quand ils rentraient en studio, il fallait leur apprendre à être attentifs, à s'écouter les uns les autres, ne pas jouer la charleston trop fort ici, ne pas faire de fill là, etc. J'ai beaucoup travaillé, parce que je savais comment réaliser vite de bons albums de punk qui sonnent bien. A côté de ça, j'étais toujours moi-même dans des groupes de rock plus mélodiques.

C'est effectivement très différent de jouer en studio que devant des copains.

Enormément, et je suis parfois perfectionniste. Ce n'est pas tant que chaque note doive être parfaitement jouée mais que l'interprétation soit bonne. Je suis obsédé par l'esprit du morceau; pousser ici, tirer là, faire en sorte que la rythmique batterie-basse soit bien cohérente. J'ai aussi eu la chance de travailler avec de grands batteurs : Jimmy Chamberlin, Dave Grohl, Sterling Campbell, Steve Shelley, qui jouent tous différemment.

Mais peut-être les as-tu aussi aidés à sonner mieux ?

Je pense que j'ai bien su leur faire comprendre ce qu'il y avait de mieux pour le morceau. Je suis d'un naturel pondéré, je leur parle tranquillement, surtout quand la prise est mauvaise et qu'il faut les aider à faire mieux.


Recording Nirvana: Smells Like Teen Spirit (w/ Butch Vig)

Lorsque tu as découvert Nirvana et leur as fait enregistrer "Nevermind", tu te doutais qu'ils deviendraient si célèbres ?

En fait, j'avais bien aimé About A Girl, la meilleure chanson de leur premier album, une chanson très pop, très mélodique, à la John Lennon, qui parle d'une fille. C'est pour ça que j'ai voulu travailler avec eux et faire ressortir l'aspect mélodique des morceaux de Kurt (Cobain). Ils sont venus au studio et nous avons maquetté six titres. Ils avaient encore leur premier batteur (Chad Chunning) et je sentais une certaine tension entre eux. Il n'était pas question que je fasse l'album, il y avait déjà un producteur prévu par la maison de disques, mais le groupe se sentait plus à l'aise avec moi. Kurt m'a appelé pour me dire qu'il avait trouvé le meilleur batteur du monde. Dave (Grohl) a fait les pistes de batterie très facilement j'ai poussé Kurt et Chris (Novoselic) à bien se mettre en phase avec lui car c'est un fantastique batteur. Ils étaient contents des premières prises, mais je les ai encouragés à en faire d'autres, leur expliquant qu'ils pouvaient faire mieux. Nous n'étions pas du tout conscients de ce qu'allait devenir ce disque. Il a changé ma vie et celle de tous ceux qui l'ont fait.

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Quand tu as monté Garbage, tu n'as pas eu besoin de retravailler un peu l'instrument ?

Oh que si ! J'étais pour le moins rouillé. Avec Duke et Steve, nous avons commencé par faire des remixes. Pour U2, Depeche Mode, House Of Pain, Nine Inch Nails, etc. Dans ce genre de travail, il faut utiliser beaucoup de boucles, de samples et d'effets. De là nous est venue l'idée de créer Garbage. Au départ, il s'agissait de faire un album studio, point. Je n'avais nulle intention de tourner ensuite. Nous jammions par exemple une heure, et là-dedans je prenais deux mesures de batterie jouée live. Sur le premier album du groupe, c'est un assemblage d'éléments. Des batteries ont été enregistrées dans le studio, d'autres dans une cave ou une salle de bains, et même dans ma chambre à coucher. Certaines étaient programmées, d'autres extraites de diverses sources, puis travaillées. Il y a des tonnes et des tonnes de boucles de batterie et de percussions différentes sur l'album. Il était très difficile d'envisager de tourner avec ça, mais à la sortie de l'album, la maison de disques a exercé une énorme pression pour que nous donnions quelques concerts de promotion. J'étais terrifié, d'autant que je n'avais pas vraiment travaillé la batterie depuis longtemps, et que j'ai toujours été un batteur très basique. Mon truc c'est de jouer un 4/4 simple à la Charlie Watts. Je ne savais pas comment faire.

C'est pourquoi tu as constitué ton kit très particulier ?

J'ai une batterie DW et un sampler ddrum3 doté de dix entrées. Nous avons chargé les sons de caisse claire, de toms et de grosse caisse de l'album, pour chaque morceau. Tous les sons de la batterie acoustique sont donc des échantillons triggés. Avec les pads, je déclenche des boucles, des séquences et des effets sonores. Les premières semaines furent terribles, je ne savais pas gérer ce type de jeu et je me trompais souvent. Par exemple, quand je fais un fill, avant de frapper la crash il faut taper sur un pad pour déclencher une boucle, mais je me trompais de pad et une mauvaise séquence partait. Il y a donc eu toute une phase d'apprentissage sur le tas pour bien organiser mon environnement. Certaines boucles ne tournent que sur le refrain ou le couplet, d'autres sur tout le morceau, c'est différent pour chaque chanson. A la fin de cette première tournée, en 96, nous avions une meilleure vision de la manière de procéder et avons compris que nous n'aurions jamais le son de l'album sur scène. Et pour que Shirley puisse vraiment interpréter les chansons en concert, il nous a fallu modifier ou simplifier certains échantillons. Il fallait aérer le son, lui laisser plus d'espace pour jouer sur la dynamique. Ce fut véritablement toute une période d'essais en vol.

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Maintenant, vous semblez gérer tout ça avec naturel.

Pour "Version 2.0", nous avions beaucoup plus joué ensemble, live en studio. Il y a des parties de batterie réellement jouées. Depuis que nous avons intensément tourné ensemble, notre jeu s'est amélioré, nous avons une meilleure entente, un meilleur tempo, ce qui a facilité la mise en place des pistes de base.

Ce qui explique votre installation très originale : sur scène le groupe semble muet, et Shirley a capella.

J'ai toujours mon kit DW, et mon technicien Todd a construit deux panneaux de Plexiglas, montés sur des pieds de cymbales, pour éviter que mes cymbales repissent dans le micro de Shirley. Pour pousser plus loin le système, tous les fûts sont remplis de copeaux de polystyrène, ils n'ont pratiquement aucun son naturel. La batterie est donc quasi silencieuse sur scène. Idem pour les amplis des guitaristes et du bassiste, il y a les têtes mais pas les haut-parleurs, ils sont enfermés en coulisses et repris avec des micros par la sono. Il n'y a donc absolument aucun son sur le plateau, à l'exception du chant de Shirley. En retour de scène, chacun a des oreillettes, avec son propre mix stéréo selon ses besoins, le son est aussi bon que dans le studio. Quant au son de façade, comme tout est isolé et qu'il n'y a aucune repisse, il est très propre. Notre sonorisateur, peut tout contrôler parfaitement.

Vous rejouez donc exactement les disques ?

Non, nous avons quand même modifié un peu les chansons. Nous disposons tous de séquences préenregistrées. Steve déclenche des petites parties rythmiques, pas tant des batteries mais des percussions, sur quatre ou huit mesures, au milieu d'un morceau. Et nous nous servons tous d'effets sonores empruntés à Blade Runner ou à de vieux films de science-fiction. Nous aimons bien nous faire des surprises avec ça sur scène, et parfois Tom ne sait même pas d'où ça vient et il devient fou. Nous faisons ça pour maintenir notre intérêt, sinon ce serait très ennuyeux de rejouer soir après soir.

Pour en revenir à ta batterie, j'ai tapé un peu dessus, elle semble très dure à jouer.

J'ai rempli les fûts pour qu'elle ne résonne presque pas. C'est peu agréable à jouer, surtout qu'en studio je n'utilise aucune sourdine, je préfère laisser la résonance naturelle, ce qui facilite l'exécution. Là, le son est mort et il y a donc très peu de réponse, j'ai les mains pleines d'ampoules.

Tu dois être éreinté à la fin de la tournée ?

Oui, d'autant plus que je frappe fort physiquement, je suis lessivé à la fin du concert. Mais nous avons tous fait le choix de privilégier le son. Après un mois de tournée avec cette batterie, je suis habité. Nous avons fait un petit retour au studio pour enregistrer une face B, une vieille reprise des Seeds. C'était dedans à la première prise, avec une bonne grosse tournerie basique, mais après j'ai continué à jouer pour moi, à la Keith Moon, car je trouvais la batterie tellement vivante.

Le plus souvent, un batteur se bride dans l'intérêt du groupe, mais toi tu as poussé le truc à l'extrême.

J'ai toujours à l'esprit le point de vie du batteur, mais je considère aussi l'aspect purement technique et je privilégie la qualité du son. Je fais donc des sacrifices dans mon jeu pour que la musique sonne le mieux possible.

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Garbage utilise l'électronique à outrance, mais ce qui fait votre succès, c'est avant tout qu'il s'agit de bonnes chansons pop, non ?

Sur certains morceaux du dernier album il y a plus de cent pistes : boucles de batterie, boucles de percussions, effets sonores, synthétiseur, guitares, séquenceurs, voix, etc. Et finalement, une chanson n'est qu'un gigantesque puzzle, dont chaque pièce doit bien s'emboîter. Car c'est là l'essentiel, faire une chanson qui se tienne en tant que telle. Le plus important est ce que chante Shirley au-devant de la scène, les paroles sont importantes aussi, et il faut que tout ce qu'il y a autour fonctionne bien. Nous avons tendance à rajouter des couches pour qu'en écoutant inlassablement l'album on découvre sans cesse de nouvelles choses.

Il y a aussi, je suppose, quelques surprises particulièrement bien cachées pour les vrais fans ?

En effet (rires), on a mis des petites choses spéciales ici ou là, c'est amusant à faire.

Généralement, dans un tel groupe on dit soit que la fille emmène tout et les mecs suivent, soit qu'elle ne serait rien sans eux. Qu'en est-il dans Garbage ?

Ni l'un ni l'autre. Nous somme un groupe à part, véritablement démocratique. Les quatre composent, les quatre produisent, et nous prenons les décisions matérielles ensemble. Dans la plupart des groupes, il y a un seul des musiciens qui écrit l'essentiel du répertoire, chacun a un rôle défini, et le plus souvent le batteur se contente de jouer de la batterie. Nous, nous échangeons les instruments. Sur le disque, Steve et Duke ont fait quelques programmations, et j'ai joué des guitares et du synthétiseur, tout comme Shirley. Nous alternons les rôles et ne dressons pas de barrières entre les activités de musicien, producteur, compositeur,t out est lié. L'attention se porte sur Shirley, c'est bien et c'est normal. Elle est charismatique, c'est un plus pour nous.

On dit que vous l'avez rencontrée la première fois le jour de la mort de Kurt Cobain ?

C'est exact. Mais je n'y avais jamais prêté attention jusqu'à ce qu'un journaliste me le fasse remarquer. Et après cette première rencontre, il s'est passé deux ou trois mois avant qu'elle ne se décide à nous rejoindre. Il s'agit donc d'une pure coïncidence à laquelle je ne prête pas plus d'attention que ça.

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Tu te sens complètement satisfait quand un album sort ?

Oh non, je ne peux pas l'écouter pendant six mois. Le problème est qu'on veut toujours faire un disque parfait et "ce n'est pas possible" (en français). Composer et enregistrer est une sorte de thérapie, c'est quelque chose qui sort de toi. Il y a certains aspects sombres de l'existence que nous partageons tous les quatre et auxquels tout le monde peut se référer. C'est ce que nous essayons de faire passer dans les chansons, ce qui peut rendre la création assez intense. Psychologiquement c'est comme avoir un bébé, il faut que ça sorte, quel qu'il soit. Sur scène, les morceaux ont un sentiment différent, notre relation aux textes n'est plus la même.

Comment se fait-il que Clyde Stubblefield ait joué sur deux titres du premier album, dont Queer votre premier tube ?

Tout simplement parce qu'il est de Madison, comme nous. C'est un des plus fantastiques batteurs au monde. Je ne comprends pas ce qu'il joue sur la charleston ni ses notes fantômes sur la caisse claires. J'ai bien essayé de l'observer mais je suis incapable de jouer ça, je ne suis pas un batteur funky. C'est un homme charmant, il arrive en studio et s'assoit directement à la batterie. Il ne prête pas attention à ce qu'il y a comme micros, ni si la batterie est bien accordée, il joue et aussitôt ça sonne d'enfer. Il est habitué aux premières prises. Nous avons utilisé deux boucles de lui. Je ne lui ai rien dit, il a joué d'instinct et c'était fantastique. Il n'y avait rien à dire, il a touché son cachet de séance et voilà.

Quels sont les autres batteurs que tu rêverais d'échantillonner?

J'adorerais avoir Dave Grohl jouant sur un titre de Garbage. Je pense qu'il serait fantastique. J'aime aussi beaucoup les batteurs très techniques comme Bill Bruford. Mais la plupart de ceux que j'aime sont des batteurs de groove, comme Mick Fleetwood. C'est aussi simple que ça sonne bien. Et Charlie Watts est formidable. J'étais fan de Paul Thompson, le premier batteur de Roxy Music, il était si puissant. Mais je crois que c'est surtout parce que j'adore ce groupe que j'aime Paul Thompson.

Ceci dit, si tu as connu le succès avec Garbage, ce n'est pas pour ton jeu de batterie. Ce n'est pas frustrant ?

Franchement, j'avoue être surpris que l'on s'intéresse à moi. Je ne travaille jamais mes plans, mon jeu est très simple, et sur scène je fais encore des pains. Et ça ne me dérange pas outre mesure, le propos n'est pas de jouer à la perfection mais d'établir un contact avec les gens. Chaque soir le public est très enthousiaste, et à chaque fois j'ai une énorme décharge d'adrénaline en rentrant en scène. C'est comme une drogue, mais que tu ne trouves pas en studio.

Est-ce que ce groupe représente l'aboutissement de tes conceptions musicales ?

En construisant le studio nous savions que c'était pour jouer un jour notre musique. Mais pour payer les factures, il a fallu enregistrer des groupes punk. Et il nous a fallu attendre longtemps pour pouvoir prendre du temps pour nous. Ca n'a été possible que quand j'ai commencé à avoir du succès avec Nirvana, les Smashing Pumpkins ou Sonic Youth. Avant, pendant dix ans, j'enchaînais les albums les uns après les autres. Au début de Garbage, il n'y avait rien de prémédité, il s'agissait seulement de faire nos trucs à l'occasion, de façon très ponctuelle. Nous n'avons jamais prévu de faire un album puis de tourner pendant deux ans, en refaire un autre et ainsi de suite. Il était juste question d'en faire une et de voir ce qui arriverait. Et maintenant me voilà dans Garbage à plein temps.

Maintenant que tu as connu la gloire, comme producteur et comme musicien, quel rêve te reste-il à réaliser ?

Mon rêve est de réaliser des musiques de films. J'ai fait une école de cinéma et j'aime beaucoup ça. D'ailleurs je pense souvent à la musique en termes de cinéma, d'atmosphère. J'adorerais écrire la partition de tout un film. Il faut que je trouve le bon film et le bon metteur en scène, que nos sensibilités s'accordent. Nous avons parlé avec Oliver Stone, Ron Howard, et rencontré David Lynch, qui est fantastique. C'est très différent de composer pour un film. Qu'il s'agisse de boucles, d'effets d'ambiance ou de violons, je n'ai aucune idée encore de ce que ça pourrait être, mais c'est mon prochain objectif.

Propos recueillis par Férid Bannour


Garbage live - Push It

Cerrone

Avant que Manu Katché ne fasse de la télévision, Cerrone était le batteur français le plus connu du grand public, depuis plus de trente ans. Admiré par les uns, détesté par les autres, il est considéré comme l'inventeur du disco, cette musique où on joue la mélodie à la grosse caisse. Ce n'est pas un hasard si aujourd'hui nombre de DJs le reconnaissent comme un père spirituel. Quoi qu'on en pense, il est quelqu'un qui a compté dans l'histoire de la batterie. Il était donc normal de lui donner sa place.

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Vous assumez votre étiquette de créateur du disco?

Je ne pense pas avoir inventé quoi que ce soit, mais j'ai eu très jeune la notion du marketing et la pêche d'y croire. Ma formation musicale c'est celle des groupes, je sortais notamment de Kongas, qui m'a beaucoup appris. Et j'ai toujours pensé les choses en groupe en non comme un chanteur. Mon premier disque, « Love In C Minor », c'est 16 minutes avec un gimmick de basse tout du long, et peu de mélodie. Ce que j'ai amené, c'est ma manière de jouer, mon son, et un certain groove, avec le pied très en avant. Quand je suis samplé, c'est toujours des grooves et des basses. Refusé par toutes les maisons de disques, il a fallu que je me produise seul, en disant que je faisais de la musique « disco ». J'ai enlevé « thèque », je trouvais ça ringardos. En fait ce que j'ai inventé, c'est le terme. Plus tard est arrivé La Fièvre du Samedi soir, puis Gloria Gaynor, et Patrick Hernandez. Pour moi ce n'est pas du disco mais de la pop à la sauce disco. En revanche, Daft Punk est un bon exemple de disco actuelle.

A propos de marketing, parlons de la machine à cellophaner?

Quand je me suis fait jeter de toutes les maisons de disque, et pas toujours gentiment, je suis allé à Londres faire fabriquer 5000 vinyles pour faire croire que c'était un disque étranger. J'en ai mis un carton chez un disquaire des Champs Elysées, en dépôt vente, et j'envoyais des potes les acheter. A l'époque, seuls les disques en import étaient cellophanés. J'avais donc la machine à cellophaner dans mon garage pour remballer les disques achetés et je les réinjectais dans le circuit. Ca a créé un buzz. Par ailleurs, il y a eu par erreur un paquet de mes disques dans un retour de Barry White. Quand les américains ont déballé les cartons, ils ont vu la nana à poil sur la pochette, ils ont écouté et ont commencé à le passer en club. Du coup, j'ai signé chez Atlantic.

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Tu es le batteur le plus connu du grand public mais aussi le plus méprisé des batteurs?

Ah non, au contraire, j'ai toujours la reconnaissance des autres batteurs et des fabricants et importateurs. Je ne me suis jamais vendu comme un Cobham ou un Katché, mais j'ai montré aux jeunes qu'un batteur pouvait être au premier plan et leur donner envie de jouer de la batterie. Je n'ai jamais eu à me défendre de la moindre critique sur ce plan. Avant moi les batteurs étaient toujours derrière. Si on demande aux gens dans la rue qu'est-ce que le disco, ils vont répondre: c'est la batterie devant. C'est génial. Avant, ils ne savaient même pas ce que c'était, la batterie, à part celle de la voiture. Je revendique d'avoir fait plus de bien que de mal à la batterie, et je précise: en restant à ma place. Le fait que les Américains m'aient décerné un Grammy en tant que batteur me suffit pour répondre à deux ou trois connards. J'ai eu des critiques, mais pas en tant que batteur.

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Lesquelles alors?

Etre un mec qui a fait dans les années 70 du marketing de mauvais goût et de la provoc' de mauvais goût. Mais aujourd'hui ils sont tous en train d'en manger. Je ne rigole pas car je n'ai aucune amertume ni d'esprit de revanche. Outre que j'avais « mauvais gout », j'ai entendu dire aussi que je jouais comme un bûcheron, alors qu'aujourd'hui, tout le monde bûcheronne. C'est vrai que j'ai toujours été très « pied en avant ». Sur mon premier album, j'ai d'abord enregistré le pied seul ! Puis j'ai fait la charleston, et après la caisse claire. Parce que je voulais ce son très mécanique qu'on a aujourd'hui, mais à l'époque il n'y avait pas de boites à rythmes. Jouer un pied tout seul pendant 16 minutes sans click, il faut le tenir ! Je jouais la batterie seul en une journée puis la basse, etc., pas question de recourir à l'informatique pour tout quantizer, il fallait tout jouer en temps réel.

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Vous aimez toujours autant la batterie?

Oui, dans le cœur, mais pas dans la technique. A l'époque, je faisais 6 à 8 heures de batterie par jour. Si on veut être bon, il faut y aller. Aujourd'hui, c'est comme une vieille maitresse, elle me fait moins bander qu'avant mais ça n'empêche pas de lui mettre un petit coup de temps en temps, parce que j'ai de bon souvenirs. Il y a des mecs comme moi qui popularisent l'instrument, et d'autres qui font dans la technicité bien clean. C'est comme Catherine Lara, elle n'a jamais prétendu être une virtuose du violon, mais c'est son instrument.

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Vous croyez à une opposition du public musicien, celui des concerts, et celui des clubs axé sur la danse?

Les clubs, les DJs, sont plus proches du public. Quand on est musicos, on est incompris et on se marginalise. Et il faut le faire. Si on n'est pas marginal quand on fait de la musique, on reste un batteur anonyme. Quand un mec aime vraiment son instrument, il ne se pose pas la question de savoir si ça va marcher. La vie apporte des opportunités. Pour être bon, il faut y aller, et ne pas calculer des heures. Je n'ai jamais voulu être un artiste ou une vedette, mais simplement jouer de mon instrument de mon mieux. La vie fait le reste.

Propos recueillis pas Férid Bannour


CERRONE - Love in C Minor

John "JR" Robinson

Après avoir redéfini le funk avec le groupe Rufus, John « JR Â» Robinson est devenu le batteur le plus en vue de l’univers impitoyable des studios américains. Vous l’avez tous déjà entendu sans le savoir, qu’il s’agisse des super productions Quincy Jones, ou des BO des plus grands films Made in Hollywood. Eh oui, JR, redoutable d’efficacité, a marqué de sa patte la plupart des plus grands tubes de ces vingt dernières années. Cette légende vivante est un joyeux drille débordant de vitalité et de chaleur humaine. Depuis cet entretien, réalisé en 1997, il est passé de Pearl à Yamaha, pour qui il a signé une caisse claire et multiplié les démos.

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Si je ne me trompe, tu n’as jamais joué en France. Ici tout le monde t’a entendu mais personne ne t’a jamais vu. Tu es pour nous une sorte de mythe.

En fait, je n’existe pas (rires). Je ne sais pas pourquoi je ne suis jamais venu chez vous mais c’est comme ça, un concours de circonstances. A ma décharge, il faut dire que depuis un bon moment je suis « assez occupé Â» à Los Angeles en tant que batteur de studio de premier plan. Encore que je ne me rangerais pas dans la catégorie des batteurs de studio, je suis plutôt un batteur tous terrains ; mais il se trouve que c’est en studio qu’on gagne sa vie et ça me convient.

Même aux USA, tu fais assez peu de concerts ?

Je travaille essentiellement sur des albums et des musiques de films, ce qui me permet d’être à la maison pratiquement tous les soirs. Bien sûr, il m’arrive de faire des concerts, mais je suis attaché à la vie de famille et je préfère rester dans la région de L.A.

A de rares exceptions près, ton activité principale reste donc le studio.

Mon truc est principalement de faire des disques, et depuis quelque temps, je travaille beaucoup pour le cinéma. Dans cette branche, il y a deux types de boulot : soit je suis l’un des huit percussionnistes d’un orchestre symphonique, jouant de la caisse claire ou des timbales ; soit je joue de la batterie proprement dite. Mais il y a un aspect de la musique de film que beaucoup de gens ignorent. Prenons l’exemple de "Phenomenon". Je joue sur la chanson de Clapton Change The World, laquelle devrait d’ailleurs avoir l’oscar cette année. Mais je suis aussi sur I Have The Touch de Peter Gabriel, qui provient d’un de ses anciens disques de 84. Avec Robbie Robertson, nous avons presque tout viré de l’original. On est en 96, il fallait réadapter le morceau. J’ai fait quelques parties de batterie assez sympa, Nathan East a refait des basses, et c’est devenu une très belle chanson contemporaine.

Tu penses que le son de base est actuellement différent de celui de l’époque ?

Absolument. Les techniques d’enregistrement ont considérablement évolué. Dans les années 60, on n’utilisait pas beaucoup de micros. A l’arrivée de Led Zeppelin, la batterie a commencé à sonner monstrueusement, ce qui est sa vraie nature. Puis dans les années 80 tout le monde forçait sur les sourdines, « Toug Toug Pak ». Ce que je n’ai jamais fait, moi j’aime « Piiinnng Pooouuum », les sons ouverts. De nos jours, les batteries sont de nouveau fabriquées comme dans les années 60, et aussi bonnes que les vieilles Ludwig, Slingerland ou Gretsch. J’ai joué Yamaha pendant quatorze ans, ce sont de fantastiques batteries selon moi, mais les nouvelles Pearl Masters Custom, avec les quatre plis d’érable, ont une richesse harmonique incomparable. Je peux vraiment dire qu’elles me font sonner encore mieux qu’avant, je les trouve parfaites pour le studio.

Tu as même élaboré un modèle de caisse claire Signature pour Pearl ?

Elle est assez simple de conception, mais elle sonne. Je voulais quelque chose de très versatile, qui puisse convenir à tout le monde. Techniquement, ce n’est pas une piccolo, bien que l’on puisse la doter de peaux fines et l’accorder haut comme une piccolo. Mais j’aime aussi la désaccorder et la jouer très grave. En studio, elle sonne comme une caisse plus profonde.

Parlons de ta carrière. Nous t’avons découvert avec Rufus, mais ce n’était évidemment pas ton premier groupe. Qu’avais-tu fais auparavant ?

Je viens d’une ville appelée Creston, en Iowa. J’ai commencé à jouer en 63, en écoutant des disques, de tous styles. J’ai fait mon premier groupe à 10 ans. J’ai beaucoup joué dans la région. A 14 ans j’avais rencontré Ed Soph dans un séminaire de jazz, il est sans conteste ma plus grosse influence. C’est lui qui m’a appris à jouer le pied à plat sur la grosse caisse, alors qu’auparavant je levais le talon. La transition fut douloureuse, mais après je savais vraiment poser un rythme, sans tension ni précipitation aucune. Le groove est naturel, décontracté, au lieu de passer en force. Je ne citerai pas de noms, mais beaucoup de batteurs connus sont toujours un peu en avant sur les double-croches. Moi pas, et cela vient de ma technique de pied droit, je le dois à Ed Soph. Puis j’ai choisi d’aller à l’école Berklee de Boston en 73 où j’ai commencé à jouer avec tout le monde, dans tous les styles.

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C’est à cette époque que tu as fait ta première séance ?

La première fois que j’ai fait du studio, on m’a demandé : « Tu sais jouer au click ? ». Je ne savais même pas ce que c’était. On m’a expliqué : « Tu as des noires ou des croches au début de la chanson, tu les écoutes et tu joues en essayant de rester dessus ». J’ai répondu que je pensais pouvoir y arriver. Il s’agissait d’une partition genre Thad Jones-Mel Lewis. A la fin, on m’a demandé si j’avais entendu le click. J’ai répondu : « Je l’ai écouté au début mais je ne l’ai pas entendu en jouant ». On m’a répondu : « C’est bien ». Et je suis devenu le batteur de studio de l’école, sans me douter que je ferais ça jusqu’à la fin de mes jours. Il y a eu à l’époque d’autres batteurs de Berklee, aujourd’hui mondialement réputés, qui s’étaient soumis avant moi à l’épreuve du click, sans succès. J’étais fier d’avoir réussi et j’ai commencé à faire des petites séances sur Boston. Rien de notable, jusqu’à ce que les gens de Rufus me voient jouer et me proposent de venir à L. A. J’ai aussitôt accepté et j’ai traversé le pays pour commencer à répéter avec eux. Notre dernière tournée ensemble a eu lieu en 78.

Tes parties de batterie avec Rufus constituent aujourd’hui autant de références en matière de batterie funk. Comment expliquerais-tu ton style ?

Il est curieux de constater que les gens reviennent à ça maintenant et que ce jeu soit très actuel. Je suis fondamentalement un joueur de basket, j’en ai beaucoup fait et j’étais plutôt bon. Dribbler et tirer droit au but, j’adore ça. La coordination des quatre membres d’un basketteur est proche de celle d’un batteur. Par ailleurs je mêle rock, jazz et funk et donne ma propre interprétation de ces rythmes. Et ma façon de jouer les notes fantômes est assez inhabituelle, un peu comme Mitch Mitchell. En fait, je ne saurais analyser mon style, il n’y a qu’à dire que Dieu m’a donné un coup de baguette magique.

Tu es devenu batteur de studio dès ton arrivée à L. A. ?

Pas du tout. Après ma première tournée avec Rufus, j’ai fait un album pour ABC Dunhill, label aujourd’hui défunt. Ce disque de 78 s’appelait « Numbers », il y avait des gens comme Freddie Hubbard dessus. J’ai attendu onze mois pour faire ma deuxième séance. Quincy Jones devait produire l’album marquant les retrouvailles de Rufus avec Chaka Khan, on lui demanda s’il souhaitait faire appel à moi ou s’il voulait un pro du studio. Il a écouté « Numbers Â» et il m’a embauché sur ce « Master Jam Â» sorti en 79. L’une des chansons de ce disque I’m Dancing For Your Love, comporte d’ailleurs des paroles en français. Ça a bien marché, l’album a été plusieurs fois disque de platine. Du coup, on est reparti un an sur la route. Puis Quincy a décroché un contrat pour faire un album avec Michael Jackson, celui qui deviendrait « Off The Wall ». Il m’a alors demandé si j’accepterais de faire des séances. J’ai acquiescé avec enthousiasme et il m’a proposé de venir faire quelques prises le mardi suivant. Mon road a installé ma Gretsch, je me suis retrouvé tout seul, avec un son d’enfer, le casque et le click. La première chanson overdubbée fut Girlfriends de Paul Mc Cartney, une face B. Je l’ai bétonnée. Puis une autre face B. Et ainsi de suite pendant deux heures. Finalement, il m’a proposé de revenir la semaine suivante faire le reste de l’album avec toute la rythmique.

Tu avais une partition pour cette séance ?

Oui, je me flatte d’être un excellent lecteur. Je peux aussi bien lire une partie de batterie que suivre une partition de piano ou une ligne soliste, ou quelque chose d’intermédiaire. Mais n’essayez pas de me fourguer une partition de violon ! (Rires). Le mardi suivant il y avait Greg Phillinganes, Louis Johnson, Wah Wah Watson, David T. Walker, Marlo Henderson, Jerry Hey et plein d’autres. C’était fabuleux. C’est là qu’on a enregistré le morceau qui ouvre l’album, puis Rock With You qui s’est avéré être le plus gros succès de la carrière de Michael à cette époque. Ce que personne ne sait, c’est que Rock With You, c’est Michael Jackson accompagné par Rufus, tout simplement. Après la sortie du disque, je me suis retrouvé comme Steve Gadd, incapable de m’éloigner du téléphone qui sonnait sans interruption.

Il me semble évident que les grooves de cet album, indissociables du style de Michael, sont très nettement définis par ton jeu de batterie.

Je suis très heureux que tu ressentes cela et le dises. On m’a simplement laissé être moi-même en m’écoutant et me permettant de participer au processus créatif. Cet album a été déterminant pour la carrière de Michael. Auparavant, il chantait comme un rat, il suffit d’écouter les Jackson 5. Le secret vient peut-être aussi du fait que c’est Rod Temperton qui a écrit ce disque. Rod jouait dans Heatwave, le groupe qui avait ouvert pour Rufus en 78. Curieusement, nous nous sommes retrouvés sur cette séance et la magie a fonctionné. Je me sens très flatté d’avoir pu changer un peu le cours de la musique. Il fallait sortir du merdier disco, cette musique sexuelle hypnotique avec ces quatre temps martelés. Je dis ça sans aménité pour personne, surtout pas Donna Summer pour qui j’ai joué. Ce que j’ai fait à l’époque a consisté à combiner différents types de rythmes jazz et rhythm’n’blues comme quand j’ai joué Gimme The Night, avec George Benson. Il faut mettre plein de petits trucs qui sonnent mais sans que ce soit trop chiadé, pour que n’importe qui puisse siffler le morceau dans la rue. Et ça doit plaire autant au mec de 20 balais qu’à son petit frère de 10 ans.

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Sur le dernier album de Quincy Jones, la tournerie de Killer Joe est le truc le plus groovy que j’aie entendu depuis des années. Et tu en es grandement responsable, c’est du pur JR.

J’adore Quincy, il est à mes yeux le meilleur producteur au monde , et c’est avant tout un zicos, il est des nôtres. Quant à Killer Joe, tu as l’oreille, car c’est justement un morceau que j’ai fait en démo. Grâce à Dieu, j’ai un excellent tempo, jamais il ne m’arrive de traîner ou d’accélérer. J’ai fait cet album sans click. Sur la version original de Killer Joe, c’est Grady Tate à la batterie. Sa partie se décomposait ainsi : les noires sur la ride, un cross-stick sur le 4, la grosse caisse sur le 1 et le « et Â» du 2, et la charleston sur le 4. C’est parfait, que pouvais-je dire d’autre en 95 ? J’ai alors songé à le prendre en 12/8 et en faire un shuffle rock. Paul Jackson a balancé deux parties de guitare en 12/8 dans le plus pur esprit James Brown, et Neil Stubenhaus a sorti cette incroyable ligne de basse, l’un des plus belles jamais enregistrée à mon goût. Et ma foi, ça l’a fait.

Ne crois-tu pas justement que, aussi bien en rock qu’en funk, il faille mettre un peu de ternaire dans le 4/4 pour le faire vraiment swinguer ?

Ma foi, c’est une excellente analyse. Mais nous autres batteurs sommes capables de jouer de simples croches et les faire swinguer. C’est le rapport des notes fantômes en doubles croches entre la charleston et la caisse claire, ainsi que l’endroit exact où tu places ton backbeat qui donne le swing.

Le plus souvent, tu ne joues pas beaucoup de notes à la grosse caisse. C’est par pur souci d’efficacité je pense ?

Il n’y a pas assez d’espace pour le faire sur un disque. Si tu écoutes une chanson sur un petit poste avec un haut-parleur de 5 cm, tu n’entends que la voix et la grosse caisse ; tout le reste est atténué. Si le jeu de grosse caisse est fourni, ça tue les timbres et fréquences qui portent la chanson. Il m’arrive parfois de jouer très syncopé mais je ne suis jamais volubile à la grosse caisse. C’est rarement bon pour le morceau.

Par contre, à la charleston tu ne te prives pas.

Comme tu dis (rires). En 88, j’ai fait une petite tournée avec Quincy Jones, nous avons joué à la Nouvelle Orléans devant cent mille personnes. À un moment, Quincy est venu me dire : « J.R. , arrête d’en faire autant à la charleston, tu crois que les gens du fond entendent ce que tu fais ? Ils se foutent complètement de ton jeu de charleston ! ». Je me suis aussitôt calmé. Mais en studio on peut se permettre d’en faire plus. J’utilise parfois des charlestons K de 13’’ mais le plus souvent des 15’’ Quick Beat. Le timbre de cette charleston est ce qui convient le mieux à la musique que je joue.

Quand tu changes de genre, tu changes de set ou tu modifies tes réglages ? Souvent le studio lui-même influe beaucoup sur le son. Certains sont plus mats que d’autres. Avec Steve Winwood par exemple, j’ai simplement utilisé des micros d’ambiance et me suis accordé plus bas, plus profond. Pareil avec Peter Frampton. Je n’aime pas non plus accorder une caisse claire trop haut, au delà de sa tessiture. Dans les années 80, j’ai souvent dû m’accorder trop gras, paaaooow, la caisse claire remplissait tout l’espace du spectre. Et comme tu le sais, il est très dur de propulser un groupe avec une caisse claire accordée bas. Quand j’ai bossé avec Bob Seger sur « Like A Rock », album sur lequel j’ai joué six ou sept titres, il voulait au moins vingt-cinq prises par morceau. Je n’avais jamais vu ça. C’est un peu idiot, et sans vouloir être méchant avec lui, je pense que quatre prises suffisent largement. Il ne me permettait pas d’utiliser de petites caisses claires, j’ai alors joué sur ma Ludwig de 15’’ x 7" en cuivre, un modèle des années 30, que j’ai accordée bas. Je continue à penser qu’elle ne pète pas assez, même en rimshot plein centre.

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Comment se déroule ta carrière actuelle ?

Je travaille régulièrement pour des gens d’horizons très différents. Et chaque mois je découvre de nouvelles têtes qui me veulent sur leur disque, ce qui bien sûr me flatte. Parfois je tombe sur des choses consternantes, mais heureusement c’est plutôt rare. Le plus souvent je joue de la musique de qualité. Quand tu entends une super chanson, tu ne peux que bien jouer dessus. Sur un bon morceau, on ne peut forcément pas se planter, c’est comme ça que je vois les choses.

Et quand tu entends certains disques à la radio, t’arrive-t-il de penser qu’aujourd’hui tu les jouerais autrement ?

Pas sur des choses récentes, mais sur les vieux trucs certainement. Mais je t’avoue ne pas me souvenir de tout ce que j’ai fait, il y en a eu tellement. Sans forfanterie, je suis certainement le batteur qui collectionne le plus de tubes planétaires, et de loin. Ma tournerie sur I’m So Excited des Pointer Sisters met toujours le feu aujourd’hui. J’ai une tendresse toute particulière pour Higher Love de Steve Winwood car c’est moi qui débute seul pendant vingt secondes avant qu’il ne chante la moindre note, et je me suis vraiment exprimé. Je me souviens qu’Ed Soph disait toujours de travailler ses intros. Celle de Rock With You est peut-être un peu idiote mais elle tellement identifiable que les gens savent immédiatement qu’ils vont entendre Michael Jackson. En fait, le truc consiste à mettre insidieusement de toi. Avec Rufus, la partie que j’ai faite il y a quatorze ans sur Ain’t Nobody est quelque chose d’assez difficile à jouer. C’est un truc robotique qui semble n’être qu’une séquence de deux mesures, pourtant c’est bien moi qui ai joué du début à la fin. C’est un groove très intéressant. Aussi bête que ça en ait l’ait, j’ai bien aimé faire Just A Gigolo avec David Lee Roth. Je suis assez content de mes tourneries sur All Night Long ou Rhythm Of The Night. Je suis spécialiste des doubles croches, que je joue à deux mains à partir de 120 à la noire, c’est plus fluide.

Comment conçois-tu le rôle d’un batteur aujourd’hui ?

Chaque batteur, et il y en a beaucoup à travers le monde, a sa propre horloge interne. Et aucune n’est meilleure qu’une autre. Mais un batteur doit être conscient que son horloge détermine l’avenir du morceau. Je parle bien sûr de musique populaire telle qu’on la conçoit aujourd’hui. Le batteur doit être capable d’être le meneur, il est le mec le plus important. Même s’il y a un chanteur, le batteur est le chef, c’est son groupe. C’est lui qui contrôle tout, et il n’a pas réellement besoin d’un bassiste.

Lorsque tu enregistres ta partie de batterie tout seul, comment arrives-tu à être bien "dedans" avec les autres musiciens qui ont joué auparavant ?

J’ai le chic pour ça. Je dirais même que j’adore arriver à la fin d’un disque et enregistrer la batterie en overdub. Je suis en quelque sorte le médecin qui résout les éventuels problèmes d’un morceau. J’ai la chance de jouer avec les meilleurs bassistes au monde : Neil Stubbenhaus, Nathan East, Abraham Laboriel, Freddie Washington, et d’autres de ce calibre. Et de bons claviers aussi. S’ils ont enregistré sur des synthés MIDI, il m’arrive de les transférer au piano. Je n’aime pas entendre la guitare trop fort. S’il y a un percussionniste, je n’en veux surtout pas dans mon mix car certains veulent s’entendre aussi fort que moi, et leur tempo est souvent moins stable que le mien. Quand il s’agit d’un enregistrement avec un grand orchestre, je préfère carrément ne pas l’entendre. Il est généralement trop en arrière et ses fréquences me gênent pour la batterie.

Le métier lui-même a-t-il beaucoup changé au fil des années ?

J’avoue être un des seuls à ne pas avoir souffert une seconde de l’arrivée des machines, contrairement à beaucoup de mes amis. J’ai toujours su jouer aussi bien qu’une machine, et je sais parfaitement les programmer. Le studio est un boulot assez dur. Je suis habituellement en studio de 10h à 18h et j’ai environ soixante kilomètres de route pour me rendre à Hollywood. Les ingénieurs du son qui me connaissent ont déjà préparé une mixette de retour pour moi, comme ça, s’il y a un guitariste qui joue avec un mur de Marshall à fond, je le baisse dans mon retour et je suis tranquille. Depuis quelque temps, mes roadies sont tous batteurs, ce qui est très pratique. Ils tapent à ma place et je vais régler le son en cabine. Et lorsque c’est moi qui joue, le volume monte aussitôt à 90 db (rires). Ma frappe fait vraiment sortir le son et j’aime le gros son. Tu sais, les ingénieurs aiment que la batterie sonne énorme, et pour ça ils doivent travailler le son après nous. Avec moi ils ont bien moins de boulot à faire, car dès le départ j’ai le gros son, et en plus c’est propre.

Comment vois-tu l’avenir des batteurs ?

Il est important que le batteurs acoustiques veillent à ne jamais laisser quelqu’un d’autre prendre leur boulot. Ne pas laisser dire, comme dans les années 80, qu’on peut se passer d’eux, qu’on peut les remplacer par des machines. Ce qui est de la connerie. On aura toujours besoin de nous, nous avons la clé car nous déplaçons de l’air en jouant, et ça nous sommes les seuls à le faire.

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Très franchement, depuis le temps que tu es enfermé en studio, il ne t’arrive jamais de penser que tu serais mieux sur la plage ?

(Rires) Je serais certainement mieux sur la plage en effet, surtout que j’habite tout près. Mais la plage de L.A. est tellement merdique que je n’ai pas de regrets. Amis français, ne croyez pas que la plage de Los Angeles soit paradisiaque, au contraire ça craint un max ! Si je vis là, c’est uniquement parce qu’il y a du boulot, jusqu’à ce que l’océan nous engloutisse. Tu sais, je vis à L.A. depuis dix-neuf ans, et je suis toujours au sommet. Chaque jour, il faut trouver l’énergie et l’enthousiasme pour que ça le fasse une fois de plus. Chaque fois que je m’assieds derrière ma batterie et que la lampe rouge s’allume, j’ai une boule dans la gorge. Et c’est la seule façon d’arriver à mettre cette foutue balle dans le panier.

Propos recueillis par Férid Bannour.


John "JR" Robinson FREE Drum Clinic on 4/25/09 at Cascio Interstate Music - Teaser

Le toutalego

Comme son nom l'indique, le toutalego ne pense qu'à lui, ramène tout à lui, n'aime que lui. Les autres n'existent pas en tant que tel, et bien sûr ne l'intéressent pas en eux-mêmes. Dans son système, leur rôle est parfaitement défini, ils sont son public, voire son faire-valoir. Car le toutalego est cabot, il aime briller, comme pour oublier à quel point il est naturellement terne.

Au fil des années, dans la vraie vie, le toutalego a fini par faire le vide autour de lui. Alors il se réfugie dans le virtuel, et là tout est possible. Chauve et myope, il est le sage qui sait tout, connaît tout, voit tout, entend tout. Ne vous fiez pas à son look de fonctionnaire bureaucrate en préretraite, lui se prend pour Yoda.

Le toutalego a toujours quelque chose à dire, il a un avis sur tout, et quand il ne sait vraiment pas quoi dire, il trouve toujours une pirouette, un calembour à faire, car laisser le dernier mot à autrui est inconcevable. Sur un forum, il peut lire n'importe quel fil, sur n'importe quel sujet, il trouvera toujours quelque chose à poster, de très intelligent bien sûr. Selon lui. Et son public est bon public. Si le toutalego dit "prout", le public fait "ah, ouais". En aucun domaine, il n'est admissible de le contredire.

Car le toutalego est une star modeste, par nécessité. Tout le monde l'aime, il est si gentil, et il sait tellement de trucs. On en a de la chance qu'il daigne nous laisser l'admirer, et qu'un peu de poussière d'étoiles retombe sur nos nuques courbées.

Batteur, le toutalego n'a ni son ni mise en place, normal il est un artiste. Habile, il a su se reconvertir en batteur créatif, c'est-à-dire qu'incapable de faire tourner un blues dans un bar, il écume les centres culturels. Comme aucun groupe ne veut de lui, il joue donc toujours tout seul, avec au choix des danseurs, des peintres, des plasticiens, et autres partouzeurs sponsorisés par la DRAC et le Crédit Agricole. D'ailleurs, à ces gens-là, il se présente plutôt comme gestionnaire d'environnement acoustique percussif.

A force de n'aimer que lui-même, il peut arriver que l'impuissance le gagne. En ce cas, il se fera un clin d'œil à lui-même, et choisira un pseudo en rapport avec ce fait. Ce qui ne l'empêche pas de frétiller devant les dames, de faire le beau, car le toutalego est un séducteur, il les a toutes à ses pieds. Et pour ne pas se retrouver confronté à son petit problème, il dira qu'il est un gentleman.

La pratique habituelle du toutalego consiste à donner de la valeur à ce qui n'en a pas. Ainsi, par son seul jugement, un groupe ringard deviendra génial, une batterie pourrie deviendra du pur matos. Sa seule opinion fait force de loi. De façon récurrente, il survalorise ainsi des choses qui ne valaient rien jusqu'à maintenant. Pas fou, et surtout pas désintéressé, il en profite éventuellement pour vendre cher une merde d'occasion, devenue une précieuse pièce de collection depuis qu'il a dit que ça l'était. Et ce, régulièrement.

Le toutalego se croit unique, mais il est pourtant de série.

Généralement, il est guitariste. Sauf qu'il n'a que cinq doigts, et il y a six cordes, ce qui lui a posé un problème. Il a donc choisi la batterie, pour lui c'était facile, il a toujours eu le rythme dans la peau. Et ce n'est pas de sa faute si ces cons de guitaristes n'ont pas le niveau pour comprendre toute la subtilité rythmique de son jeu arythmique et asthmatique.

Le toutalego peut évidemment cumuler, car tout lui est possible. Il peut très bien, par exemple, être également conlectionneur ou antipro, voire les deux à la fois.

Puisque le monde tourne autour de lui, le toutalego est évidemment parano. Il se reconnaît partout, c'est de lui qu'on parle, c'est lui qu'on évoque, par pure jalousie, cela va de soi. D'ailleurs, il s'est déjà reconnu depuis longtemps dans ce sujet.

Férid Bannour

L'antipro

Après le conlectionneur, un autre personnage récurent de l'univers de la musique, l'antipro. Comme son nom l'indique, l'antipro est un paradoxe vivant. Il n'est pas pro, mais il parle comme un pro. Il est amateur, il hait les pros. Il n'est pas forcément très âgé, juste ce qu'il faut d'années pour pouvoir arguer d'une longue pratique de l'instrument. Une dizaine d'années de batterie est la base pour être antipro, mais le double c'est encore mieux. Il n'a jamais joué que ponctuellement avec des copains pour des fêtes d'associations ou des animations ponctuelles, mais il parle comme s'il faisait des tournées mondiales dans des stades. Il a un huit pistes dans sa cave insonorisée avec des boîtes d'oeufs, mais question prise de son il fait la pige à des studios comme Ramsès ou la Grande Armée. Il n'a qu'une batterie un peu vieille, voire carrément vintage, parce que le matos actuel ça ne sonne pas. Même s'il ne sort son kit que trois fois par an, il lui faut du hardware qui peut encaisser d'être manipulé par des roads quasi quotidiennement. Mais alors, pourquoi l'antipro n'est pas pro ? Tout simplement parce qu'il est pur, qu'il ne vit que pour l'amour de la musique, que si jamais un jour il gagnait de l'argent avec il se salirait, parce que c'est un milieu d'enfoirés, qu'il a toujours refusé d'entrer dans le système, qu'on lui a fait des propositions mirifiques qu'il a refusé aussi fermement que le moindre contrat d'endorsement, qu'il est une légende vivante dans le métier, qu'il va bientôt changer d'échelon. L'antipro a un ennemi déclaré : le pro. Derrière cette syllabe se cachent des traîtres encore pires que des députés du Modem, des personnages sans foi ni loi qui ont renié leurs idéaux, qui n'aiment pas la musique mais seulement l'argent, qui jouent mal mais gagnent des millions, et vont même jusqu'à faire de la variété, ce qui rendrait presque le boulot de narco trafiquant pédophile honorable. L'antipro proclame à qui veut l'entendre que les pros sont tous, oui tous, des racailles, des pourris, des salauds, car bien évidemment il les connaît tous. L'antipro est, on l'aura compris, essentiellement anti et très peu pro.

Férid Bannour

Acheter ses cymbales

Se constituer un set de cymbales est un véritable casse-tête, non seulement pour le néophyte mais aussi pour le batteur confirmé qui se retrouve un peu perdu face au vaste choix qu’on lui propose. Avant de faire vos achats, sachez bien cibler vos besoins réels.

Soyons réalistes, le premier facteur déterminant le choix de ses cymbales est d’ordre économique : on achète les cymbales qu’on peut se payer. Un batteur avisé investit presqu’autant dans son jeu de cymbale que dans son ensemble de fûts. On a de toute façon un meilleur son d’ensemble avec de bonnes cymbales sur une batterie modeste que l’inverse. Il faut considérer en premier lieu le budget dont on dispose, ensuite la façon dont on souhaite le gérer.

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Dans le cadre d’un premier équipement, il existe trois orientations possibles. Les plus raisonnables se constitueront un set basique complet (une charleston, une ride, une crash) dans une gamme économique plus ou moins élevée en fonction du budget dont ils disposent. Certaines grandes marques proposent ainsi des packs complets d’un prix moindre que celui des mêmes cymbales achetées individuellement. Il existe également des sets de complément, tout aussi intéressants. Les plus exigeants se contenteront peut-être d’une seule cymbale au début, une crash-ride de 18"par exemple, mais de qualité supérieure. Quelle que soit l’option choisie, le but est toujours d’échanger son bon argent contre du beau bronze.

Les plus patients essaieront du côté de l’occasion. Il y en a rarement d'intéressantes dans les magasins, ces derniers prenant leur marge, cherchez plutôt sur les sites de petites annonces et sur BOL. Attention, en matière de cymbales, la décote est très faible, pour une cymbale haut de gamme en parfait état, comptez généralement 30 % en dessous du prix neuf. Autre chose, il faut savoir repérer d’éventuels défauts. Si la cymbale a été malmenée, elle en porte les traces, mais parfois de façon discrète. Vérifiez qu’elle ne soit pas voilée en la posant à plat, et passez votre doigt sur toute la circonférence de la tranche. Il va de soi que le trou central doit être parfait. Ne vous laissez pas enfumer par les escrocs du vintage qui vous feront l'apologie du keyhole (déformation du trou en forme de serrure, causée par le contact direct entre la cymbale et le filetage du tilter).

Il est préférable d’acheter ses cymbales par contact réel, et surtout pas d'après une pub ou parce que votre batteur préféré possède les mêmes. Ne vous fiez pas aux bancs d'essai de la presse spécialisée, ils sont relus et validés par les importateurs. Renseignez vous plutôt autour de vous et sur le net. Les catalogues des fabricants ne peuvent servir qu’à fixer des orientations préalables. Vous n’aurez jamais le son de votre idole, même avec le même matos, dans le même studio. Si vous compter élargir un ensemble existant, n’hésiter pas à amener celui-ci sur le lieu d’achat, voire simplement la ride pour choisir une crash, ou la crash pour choisir sa sœur, afin d’essayer la nouvelle au sein de sa future belle-famille. En effet, une cymbale peut sonner à merveille seule dans la boutique mais jurer affreusement au sein de votre set. Ayez néanmoins la correction de demander son accord préalable au revendeur et d’éviter les jours d’affluence. L’idéal est de vous faire accompagner d’un copain qui jouera la cymbale afin que vous l’écoutiez de devant. Le son projeté est en effet différent de celui qu’entend le batteur lui-même.

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Selon la distance au sol, la charleston sera plus ou moins proche de votre oreille et cela peut jouer sur votre appréhension de sa sonorité. Essayez donc les différents modèles à hauteur constante. La situation idéale étant, bien sûr, de jouer les cymbales installées sur une batterie complète. C’est possible dans certains magasins dotés d’un auditorium. Prenez le temps de bien vous déterminer. Il n’y a, hélas, pas toujours que des coups de foudre. Veillez à jouer votre cymbale de toutes les façons possibles et à tous les niveaux sonores. Toutefois, restez dans des limites raisonnables, pas question de martyriser une pauvre petite splash pour le simple plaisir de la fracasser. A ce sujet, certaines marques garantissent leurs produits contre la casse, dans la mesure où les cymbales ont été jouées de manière convenable. Renseignez-vous auprès des revendeurs, et une fois la transaction effectuée, gardez toujours votre facture en cas de problèmes de casse.

Ne vous laissez pas influencer par la mode, la réputation d’une marque ou l'accord passé entre votre prof et un importateur. En revanche, n’hésiter pas à exprimer vos souhaits au vendeur pour qu’il vous fasse des propositions. Vous seriez certainement très surpris si on vous faisait essayer des cymbales en dissimulant leur marque et leur référence. En résumé, c’est votre oreille seule qui doit faire parler votre cœur.

A moins d’être un professionnel versatile, il convient de prendre en compte le style pratiqué. On ne joue évidemment pas du jazz acoustique ou du metal avec les mêmes cymbales, encore que certains batteurs de big bands partagent avec les hardos le goût des rides épaisses. Mais ne soyez pas pour autant victime de l'image. Si vous avez envie de jouer du rock avec des cymbales réputées pour le jazz, vous en avez le droit. Si vous avez envie de jouer une crash en ride ou inversement, vous en avez aussi le droit. Les indications des fabricants sont purement indicatives, ce ne sont pas des dogmes. D'autant plus que ces dernières années les appellations fleurissent. A quand la "sweet loving ride for summer evening groove" ou la "very angry fucking smash crash in your fucking face" ?

La charleston. C’est l’élément incontournable de tout ensemble. Il est préférable que la cymbale inférieure soit au moins aussi lourde que la supérieur, sinon elle risque d’être légèrement entraînée par appel d’air à la remontée, et la sonorité du "tchic"(que l’on obtient en refermant les cymbales avec la pédale) sera faiblarde. Plus la cymbale supérieure est légère, plus la réponse est rapide mais la puissance mesurée ; plus elle est épaisse, plus le son est puissant et consistant. Il convient donc de trouver le juste équilibre, en fonction de son jeu. Certains modèles de cymbale inférieure de charleston sont dépourvus de cloche, et/ou munis de trous pour évacuer rapidement l’air emprisonné entre deux cymbales, ce qui rajoute à la définition.

La ride. Généralement, les batteurs de jazz aiment les rides qui bavent un peu pour bien enrober les notes, mais pour de la musique électrique binaire, on préférera un son plus clair et sec qui mettra tout le monde d’accord sur le tempo. En règle générale, plus le volume sonore est important, plus il convient que la cymbale soit épaisse, ce qui donne puissance et précision. Attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès, certains batteurs ont tellement peur des harmoniques qu’ils choisissent des rides ultra-sèches, qui ne s’entendent presque plus sur une grande scène.

A de rares exceptions près, il vaut mieux éviter de "crasher" les rides, le son obtenu est rarement beau et on risque de les abîmer. Ce qui n’empêche pas d’explorer tous les angles et toutes les surfaces d’une cymbale pour varier les sonorités. Plus que toute autre, la ride est la cymbale qui reflète la personnalité d’un batteur. Soyez donc très appliqué dans son choix.

La crash. Plus la cymbale est épaisse, plus elle est puissante et se ferme vite. Plus est fine, plus elle est tendre et longue en vibration. La tonalité devient de plus en plus grave en augmentant le diamètre, la réponse est de plus en plus rapide en le diminuant. Il faut, bien sûr, également tenir compte de sa frappe ; un gros cogneur va massacrer des petites cymbales fines et un frappeur délicat ne fera pas sortir le son d’une grosse cymbale épaisse. Pour choisir une crash, il faut donc tenir compte du contact sous la baguette. Vérifiez ensuite comment elle monte en puissance et comment elle se ferme, tout en considérant la tonalité fondamentale. Sachez enfin qu’à partir de 16" de diamètre, une crash peut-être jouée en ride léger.

La splash. C’est la plus fragile de toutes. Sa puissance et sa résonance étant plutôt faibles, ne la prenez donc pas pour ce qu’elle n’est pas, à savoir une crash. Elle permet seulement de marquer de courts accents quand on ne veut pas empiéter sur le reste de la musique, ou donner de la couleur à des tourneries.

La china. Celle-ci est en revanche plutôt bruyante. Aussi, veillez à ce que sa puissance ne jure pas avec le reste de vos cymbales. Avec ses bords relevés, elle peut être jouée en position normale ou retournée, et s’accommode d’un jeu en ride léger. Frappée plus violemment, elle délivre un crash très tranchant et puissant, avec une résonance sale. Ce type de cymbale est généralement détesté par les autres musiciens, aussi ne l’utilisez qu’avec musicalité.

En dehors de ces modèles basiques, toutes les marques proposent maintenant des cymbales d’effets plus ou moins exotiques, aux formes et aux sonorités le plus souvent anecdotiques. Ca fait vivre le marché, mais tout le monde finit par s'en lasser un jour ou l'autre.

Les grandes marques abusent de leur réputation. Paiste n'a plus rien à voir avec la marque fondée par un estonien en Suisse, et le détenteur des secrets de la famille, Michael, a été viré et a monté son propre atelier. Plus une seule Zildjian n'est martelée à la main. Les fondateurs sont au ciel, et leurs héritiers ou repreneurs ne pensent qu'aux parts de marché.

A mauvaise qualité égale elles sont plus chères que les marques de seconde zone qui n'investissent pas ou peu dans la pub et le marketing. Concrètement, chez Zildjian évitez les ZBT, ZXT, et ZHT. Chez Sabian, les B8, les Pro Sonix et les APX. Chez Paiste, tout ce qui est 101, 201, et PST. Ce sont de mauvaises cymbales que vous paierez moitié moins cher dans des marques comme Meinl ou Stagg. En d'autres termes, si vous achetez de la merde, ne la payez pas plus cher que sa valeur.

On trouve de bonnes cymbales à des prix raisonnables chez des fabricants comme UFIP, Meinl ou Istanbul. Cette dernière marque écoule ses modèles de second choix sous l'étiquette Doppler sur ebay. C'est malgré tout un meilleur plan que celles citées au paragraphe précédent.

Attention aux arnaques. Saluda est une marque américaine qui remartèle des cymbales chinoises pour en sortir quelque chose de très correct, mais ça n'est pas du haut de gamme pour autant. Dream est une marque chinoise de qualité acceptable, mais surcotée par son distributeur américain. Bosphorus est très surestimé en France, mais n'a rien de plus que les autres marques turques. Spizzichino faisait comme Saluda, mais s'est fait enfumer par son fournisseur chinois qui vend des modèles merdiques en exploitant son nom. Les Spizz ne sont pas des Spizzichino, il faut le savoir. Camber est une ancienne marque rachetée par Sabian pour que le fiston du patron s'occupe, mais c'est de la tôle. Tosco ne vaut guère mieux.

En d'autres termes, n'achetez pas les yeux fermés mais n'hésitez pas à les fermer en ouvrant vos oreilles. Dégagez vous de la pub, affranchissez vous des idées reçues, et soyez réalistes. Une bonne ride de 20" à 100 €, ça n'existe pas. Mais on peut en trouver une pour moins de 300 €. Vous n’avez que l’embarras du choix, alors choisissez bien. Tout l’art consiste à marquer sa personnalité en évitant les fautes de goût.

Férid Bannour

Le conlectionneur

Dans la batterie, comme dans les autres domaines, on trouve des collectionneurs. Dans un monde parfait, ce serait tous de purs passionnés généreux et ouverts. Mais dans la réalité, c'est souvent différent. Portrait d'une espèce parfois nuisible, ici appellée conlectionneur.

Le conlectionneur de batteries est généralement d'âge mur, au moins la quarantaine. En effet, s'il peut arriver à un jeune d'avoir une batterie ancienne, celui qui en a plusieurs est toujours vieux, comme son matos. Ce qui lui permet de laisser croire qu'il a joué avec Jimi Hendrix et donné des tuyaux à John Bonham. Avec le flou des années, il se pose aussi en légende vivante oubliée de la scène rock des années 70, même si à l'époque il n'a jamais fait plus de trois concerts annuels dans la maison de campagne des parents d'un copain qui lui ont laissé pour le week-end. Il n'en fait guère plus de nos jours, mais c'est parce que maintenant il ne fait plus que des gros trucs très importants quand il a le temps et qu'il veut bien, dans une salle de quartier dont le gérant est un cousin de la belle soeur de son voisin, pour dépanner un copain qui a un studio.

Le conlectionneur cultive bien sûr une affection paternaliste pour les jeunes batteurs qui pourraient être ses enfants, qui ne savent pas ce que c'est que la vraie musique ni comment on doit jouer de la batterie, mais ils sont plein d'enthousiasme ces petits, c'est touchant. Il évite soigneusement les autres batteurs de sa génération, sauf s'ils sont aussi conlectionneurs. Et plus généralement quiconque en saurait presque autant que lui sur le sujet. Bien évidemment, tout véritable batteur pro endorsé qui fait des disques et des concerts est un pourri, un vendu, un nul, une crapule mafieuse. Qui de toutes façons joue mal, de la merde, avec des cons, pour un public de blaireaux

Si bien sûr il possède une Gretsch, Round Badge, cela va de soi, il a aussi une Ludwig, Vistalite comme Bonzo ou Black Oyster comme Ringo. Mais, comme il s'y connaît vraiment, lui, il a aussi une Asba, Hayman, Rogers, ou Slingerland, Et, c'est là qu'il se démarque des autres conlectionneurs, il a aussi une Meazzi, Aria, ou Star, que, dans un élan de générosité altruiste, il acceptera de faire offrande pour le prix d'une Sonor SQ 2 neuve.

Lorsqu'il est présent sur un évènement de batterie, il n'écoute jamais les concerts et démos, préférant bomber le torse sur son stand, car de toute façon tout le monde sait que Dave Weckl est un mauvais batteur. Comme il sait déjà tout de la musique, il n'a même plus besoin d'en écouter. Ce qui l'intéresse, ce ne sont pas les batteurs mais les batteries. On ne voit jamais le conlectionneur dans un concert, sauf pour critiquer ceux qui jouent et leur matos.

Vous l'aurez compris, il faut se méfier des conlectionneurs.

Férid Bannour

Rod Morgenstein

Rod Morgenstein est un sacré bon batteur, dont on parle peu. Pourtant de nombreux fans, parmi lesquels beaucoup de musiciens, vouent un culte à son groupe originel, les Dixie Dregs, qui pratique depuis plus de trente ans une fusion unique de country, jazz-rock, et progressive. Rod est également le batteur de Winger, et se produit en duo avec Jordan Rudess. Depuis cet entretien, réalisé en 1996, il poursuit son activité dans ces groupes, mais aussi dans Platypus, avec des musiciens de King's X et Dream Theater.

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On te connait comme le batteur des légendaires Dixie Dregs, mais je crois que ce groupe ne s'est jamais produit en France?

Il s'agit d'un groupe assez particulier, qui d'ailleurs existe toujours. Nous n'avons joué que deux fois en Europe. C'était en 1978, au festival de Montreux et à Londres. Mais depuis que Steve Morse (guitariste des Dregs, NDR) joue avec Deep Purple, il donne beaucoup d'interviews au cours desquelles il parle des Dixie Dregs. Ainsi le groupe va bénéficier d'une certaine notoriété qui devrait nous permettre de pouvoir venir jouer ici bientôt. Nous avions remonté les Dregs en 91, et enregistré un album studio en 94, mais hélas notre label, Capricorn, est très mal distribué et ce disque est sorti dans un total anonymat. Dommage car c'était la première occasion d'écouter de la nouvelle musique venant des Dregs depuis 20 ans.

Pourtant, malgré ce manque de publicité, les Dixies Dregs restent un groupe culte pour beaucoup de gens. Un groupe comme Dream Theater est même allé jusqu'à rependre Cruise Control.
Nous sommes en fait un groupe connu surtout par les musiciens.

Certes, mais même si votre musique est complexe et recherchée, il semble que vous ayez toujours privilégié la musicalité?

Tout à fait, et je suis heureux de t'entendre dire ça. C'est vrai que nous adorons le jazz-rock et le progressive, mais le défaut de beaucoup de groupes de ce style est de se laisser aller à des effets de manches. Les Dregs ont toujours eu le souci du public, c'est pourquoi la plupart des morceaux sont courts et gardent un côté mélodique prépondérant, même quand il y a beaucoup de notes. Souvent les gens ont l'impression que nous jouons des mesures composées alors que la plupart de nos morceaux sont en 4/4.

Vous pratiquez également une diversité des styles pour le moins exceptionnelle?

On commence par exemple à jouer un morceau plutôt hard rock, puis une sorte de progressive new age, et on passe au country. Les groupes de jazz-rock ne jouent jamais de country, car leurs guitaristes ne maitrisent pas la technique du picking, contrairement à Steve Morse qui est fantastique dans ce style. Et nous sommes très fiers d'avoir maintenant comme violoniste Jerry Goodman.

Celui du Mahavishnu Orchestra?

Oui, ce groupe plus qu'un autre a changé ma vie de musicien. L'arrivée de Jerry au sein des Dregs est pour nous un rêve devenu réalité.

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À quand remonte la création des Dixies Dregs?

En fait, il s'agit d'un groupe de collège. J'ai rencontré les autres au milieu des années 70 à la fac de Miami. Une fois diplômés, nous ne savions pas vraiment quoi faire de notre vie, alors nous avons décidé de rester ensemble et de continuer le groupe. Nous étions suffisamment naïfs pour penser qu'un tel groupe, multi-styles et sans chanteur, puisse intéresser tout le monde. Nous sommes allés à New-York, où nous nous somme fait jeter par 30 maisons de disque. Ce qui nous a rendus combatifs. Et nous sommes rentré dans le circuit des petits groupes, c'est-à-dire tourner en bagnole, revendre du matos, se faire héberger par des copains, bref la galère. Nous faisions trois ou quatre cents kilomètres pour aller jouer dans un club où personne ne nous connaissait. Mais sur les dix personnes qui étaient venues, trois restaient jusqu'au bout. Ceux-là devenaient alors de véritables fanatiques. Nous tournions principalement dans le Sud-Est, et il n'existe qu'un seul et unique label dans cette région: Capricorn. Nous nous sentions proches d'ailleurs des groupes de ce label. Un soir, les Allman (Brothers Band) sont venus nous écouter en club et ont complètement craqué pour notre musique. Ils étaient très influents chez Capricorn et c'est grâce à eux que nous avons été signés. Tout ceci s'est déroulé en à peine une année après notre sortie de la fac. Nous avions certes un contrat avec une maison de disque, mais rien ne changeait vraiment. Il ne nous restait qu'une solution: agrandir notre circuit, nous avons alors sillonné tous les USA à raison de deux cents dates par an et chaque disque se vendait un peu plus que le précédent. Peu à peu nous sommes devenus le groupe instrumental le plus réputé du pays. Parfois, on faisait deux mois de break pour enregistrer un album pour ensuite le jouer en tournée, et ainsi de suite pendant 8 ans. Il n'est même pas venu à l'idée de l'un d'entre nous de faire autre chose. Notre polyvalence nous rendait différents des autres, mais nos fans étaient acquis pour toujours. Cependant, le fait de ne pas avoir d'étiquette est un handicap pour le business. Les amateurs de jazz trouvent ça trop rock, les rockers attendent un chanteur, le public country n'aime que certains titres, etc...

Qu'est-ce qui a entrainé la dissolution du groupe en 1983?

Il était temps pour chacun de suivre une autre route. Nous avions passé tellement de temps ensemble qu'il nous fallait avoir d'autres expériences. J'ai fait un album (« On My Own Two Feet ») et une tournée avec Paul Barrère, le guitariste de Little Feat. Ensuite, je suis allé en Allemagne rejoindre Zeno, le groupe du frère d'Uli Roth (guitariste des Scorpions, NDR).J'avais été recruté sur audition à New-York, en présence d'Uli qui était un peu le mentor du groupe. Zeno venait de signer ce qui était peut-être le plus contrat jamais vu pour un nouveau groupe. Je pensais alors avoir décroché le gros lot. Mais sur le plan commercial, ce fut un flop total. Il y avait eu énormément d'argent investi, toute une image créée, beaucoup de promotion et pourtant ce fut le bide complet. Musicalement, c'était excellent. Nous avons ouvert pour Queen et Black Sabbath, ce qui était un milieu totalement nouveau pour moi. Je suis revenu aux USA, je me suis installé finalement à New-York où j'ai fait la connaissance de Kip Winger et Reb Beach. Ils avaient un batteur en vue, plus franchement rock (j'avais été élu meilleur batteur progressive de l'année dans Modern Drummer), mais ils m'ont proposé la place après avoir bÅ“uffé. L'album est sorti en 88 et nous avons tourné en première partie des Scorpions. Après un an et demi de ventes stationnaires, cet album a grimpé à un million et demi d'exemplaires vendus. A ce moment, tout un jeune public m'a découvert pour la première fois. La plupart des jeunes américains écoutent des radios de rock, ils n'ont jamais entendu parler des Dixie Dregs, encore moins Dave Weckl, Vinnie Colaiuta ou Simon Phillips.

C'est à ce moment que s'est forgé ton image de super batteur?

Non, je dirais juste avant Winger plutôt, lorsque Steve Morse m'a appelé pour jouer avec lui après l'épisode Paul Barrère. Nous avons ouvert trois mois pour Rush. Il faut savoir que Neil Peart est le batteur le plus célèbre de tout les USA, infiniment plus que n'importe qui d'autre depuis 10 ans. Lorsque dix mille personnes vont voir Rush, cinq mille sont des batteurs. C'est à ce moment que j'ai senti un changement dans ma carrière. J'ai alors commencé à rencontrer d'autres batteurs de rock qui venaient me voir pour tenter de comprendre mes plans. Dans les concerts de rock, les batteurs jouent beaucoup de notes en cascade mais pas de déplacement d'accents, de polyrythmie ou de notes fantômes comme je le fais. Ils aimaient ce que je faisais sans savoir ce que c'était.

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C'est de là que te vient ton goût pour les mesures composées?

Absolument. Pour moi, il faut que les mesures composées ne sonnent pas comme si elles l'étaient. La complexité ne doit pas être manifeste. Ce que j'aime, c'est quand ça semble couler naturellement. Il faut beaucoup de pratique pour arriver à se sentir à l'aise dessus.

Lors de tes clinics, tu joues justement des figures complexes, tout en comptant à haute voix, en quatre puis sept temps. C'est de cette façon que tu as travaillé?

Cet exercice est capital pour bien comprendre le truc. Peu de gens le font pourtant. C'est pourquoi certains jouent sans problèmes une tournerie en sept temps mais sont largués dès qu'ils placent un fill. Si tu t'es entraîné en comptant toujours dans ta tête, tu sauras toujours où tu en es.

Il faut beaucoup de temps pour y arriver.

Pas mal, oui. Je travaille ainsi depuis cinq ou six ans. Mais j'avoue ne pas vraiment travailler de façon régulière et assidue. Par exemple, si je décide de composer un morceau, une dizaine d'heure passent vite, et je n'aurai pas travaillé la batterie de la journée. Et il ne faut pas passer à côté de sa vie amoureuse et familiale. La seule chose qui me fasse vraiment bosser est de préparer des clinics. Ce que je joue dans ces conditions représente mon travail des deux semaines précédentes, spécialement pour l'occasion. J'effectue environ quarante clinics par an, ça me force à mettre mes idées en ordre. Quand tu joues en groupe, tu es protégé, en clinic, tu es seul et vulnérable.

Le duo avec Jordan Rudess est ton projet le plus personnel?

Oui mais je suis également très attaché au nouvel album de Winger. C'est une musique intéressante, notamment sur le plan batterie. Je n'ai encore jamais joué comme sur ce disque qui devrait sortir d'ici un mois ou deux. Je sais bien qu'il est de bon ton aujourd'hui de faire des albums qui sonnent fauchés, enregistrés dans un garage avec une guitare acoustique et un seul tom sur la batterie, mais il s'agit là d'une grosse production, avec orchestre à cordes et tout le toutim. Ça a nécessité un an et demi de studio.

Et maintenant, qu'advient-il exactement des Dixie Dregs?
Lorsque nous avons reformé le groupe en 91, nous étions tous d'accord pour ne pas en faire un groupe à plein temps. J'étais alors avec Winger. Les personnalités des Dregs sont trop fortes. Enregistrer un album, tourner six mois et se dire : à dans un an. Voilà ce qui nous convient. Et ça permet de garder l'enthousiasme intact.

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Comment se déroulent les séances de travail avec Steve Morse ? Sa musique est assez complexe.

Nous n'écrivons jamais rien, Steve compose à la guitare sans même utiliser de magnétophone. Il a tout en tête. Il n'est pas seulement un bon musicien, mais c'est aussi quelqu'un d'exceptionnel. Même si la musique de Deep Purple n'a aucun rapport avec celle des Dixie Dregs, on entend bien que ce n'est pas Richie Blackmore qui a composé le dernier album.

Tu cherches parfois des nouveaux sons, de nouvelles façons de disposer ta batterie ?

Je n'ai rien changé pendant des années, et là depuis trois mois j'ai tout bouleversé. Nous avons tellement bossé avec le duo qu'il a fallu que je repense mon kit. J'ai rajouté des éléments comme un Cymbal Disc, une Bell renversée, deux splashes empilées pour obtenir un son bien mat, une deuxième charleston et des temples blocks. Peut-être je rajouterais un Kat, mais je ne suis pas encore sur de vouloir vraiment de l'électronique.

Tu utilise deux grosses caisse, tu les accordes de la même façon ?

À peu de choses près. L'une peut être réglée un peu différemment mais du moment que ça sonne je m'en fou un peu. Je ne suis pas très pointilleux sur le matos.

Pourtant tu as élaboré ton premier modèle de peaux chez Premier?

Ce que je voulais était simplement une peau qui résonne bien et qui dure longtemps. J'avoue n'avoir jamais totalement assimilé l'art de l'accordage, je suis plutôt intuitif sur ce point. Certains sont des maitres en la matière, moi je veux juste jouer de la batterie, peu importe comment elle sonne.

Tu n'as pas envie de développer d'autres produits portant ta signature?

Premier m'a demandé de concevoir une caisse claire. Je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir. Mais j'ai découvert dans mon local une piccolo en cuivre de 4'' que j'avais depuis dix ans sans m'en servir. C'est ma préférée maintenant, je l'utilise en deuxième caisse claire dans le duo et en principale sur le prochain disque de Winger. Sur l'un des titres, j'ai utilisé cette caisse claire très détendue et ma plus grande crash en guise de ride, c'est ce que j'appelle le son Ringo Starr. Je me sens plus curieux que jamais en matière de matos.

Tu as également conçu un casque de protection, avec ou sans retour, pour Vic Firth.

Mes oreilles ont commencé à siffler voilà des années. J'ai passé un test chez un docteur, il m'a appris que j'avais une lésion irrémédiable. Depuis, je n'ai plus jamais approché une batterie sans protection. Certes cela change le son que l'on entend, ça renforce notamment les basse fréquences et rend le son de caisse claire très sourd, mais l'on entend tout ce que l'on joue. En studio, j'ai eu également des problèmes avec les casques habituels : quand on règle les retours, on n'entend généralement pas assez la musique, alors l'ingénieur monte le son et c'est alors que le son de la batterie qu'il faut augmenter. Sans s'en rendre compte, c'est l'escalade, mais c'est la seule façon d'entendre à la fois la batterie et la musique. Mais l'ingénieur t'annonce alors que ton retour est tellement fort qu'il repisse dans les micros de batterie. L'idée est que tu peux isoler ton son de batterie en utilisant un casque « fermé », tu peux alors avoir la musique dans ton casque à volume raisonnable. De cette façon tes oreilles ne sont pas abîmées et l'ingénieur n'a plus de problèmes et peut te donner un son de batterie mixée dans ton casque. Sur scène, de simples bouchons de protection t'obligent à monter d'avantage ton retour, tu n'en sors pas, alors le casque que m'a fabriqué Vic Firth représente la solution idéale. Je le recommande pour tout musicien qui ne peut s'éloigner de son instrument. Quand nous l'avons mis au point, nous avons également créé un casque d'isolation, sans retours, juste pour travailler tranquillement en se protégeant les oreilles

Quels sont les points sur lesquels tu insiste en clinic ?

Le travail en profondeur sur les notes fantômes, une méthode très simple pour compter en mesures impaires, des concepts de double grosse caisse, des exercices d'échauffement sur la batterie. J'utilise une technique simple pour m'échauffer avant de jouer : ma batterie se compose de deux grosses caisses, une caisse claire et cinq toms. Je commence par jouer la caisse claire, le tom 1, le tom 2. Puis tom1, tom 2, tom 3. Et tom 2, tom 3, tom 4. Enfin tom 3, tom4, tom 5. D'abord avec une seule main puis avec les deux. Mon corps s'habitue ainsi à « tourner Â» sur la batterie. Il faut bien sûr par la suite faire des aller et retour. Ensuite, j'alterne les mains et les pieds ; surtout ne pas oublier celui de la charleston. Ce n'est pas forcement musical mais c'est vraiment utile pour tous les membres.

Pourquoi utilises-tu deux grosses caisses plutôt qu'une double pédale ? Et quels types de figures utilises-tu sur cet instrument ?

Très franchement, je me suis mis à la double grosse caisse avant l'apparition de la double pédale, et cette dernière ne m'a jamais procuré autant de confort que deux grosses caisses. La plupart du temps je joue en frisés. Je fais évidemment beaucoup de figures entre les pieds et les mains, la plupart sont des plans classiques revisités à ma sauce. Je travaille beaucoup sur la dynamique. J'utilise aussi par moment le triolet gauche-gauche-droite (Rod est gaucher, NDR).

On vit sous le règne des échantillonneurs, as-tu déjà été samplé ou as-tu toi-même enregistré des boucles à l'intention des DJs?

Aller en boite et voir des gens danser sur une de tes tourneries est quelque chose de très flatteur à mon avis. Il existe des CD ROM avec des boucles, ce qui te permet par exemple de composer avec Steve Gadd à la batterie! Ce que j'ai fait en ce domaine est assez différent de ce qui existe déjà: j'ai été contacté par une jeune société nommée Beat Boy qui a eu l'idée d'utiliser les sons d'un CD ROM avec des MIDI files. Les gens achètent un disque qu'il rentrent dans leur ordinateur, ainsi ils disposent de mon jeu, mais ils choisissent les sons de batterie parmi ceux dont ils disposent et les travaillent à leur guise. C'est sous forme de chansons, avec intro, couplet, refrain, pont, chorus, il y a 20 titres par disque. Tu peux laisser tourner tout le morceau d'origine ou bien couper dans les mesures selon tes besoins, en ôter ou en rajouter. J'ai fait un CD rock et un CD progressive. Bien sur, tu peux t'en servir pour construire des chansons mais aussi comme source d'inspiration en écoutant les tourneries programmées et en essayant plusieurs d'entre elles pour une même chanson. On peut même imaginer que des gens m'enverront leur chansons par modem et que je pourrais jouer dessus sans même quitter ma maison. Nigel Olsson (ancien batteur d'Elton John, NDR) et Eddie Bayers, les plus grands batteurs de country, ont eux aussi fait un CD pour Beat Boy. Tu imagine l'aubaine pour tous les compositeurs country de ce pays!

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Tu n'as jamais vraiment fait de carrière dans les studios...

Pour faire des séances, il faut être disponible. Quand j'ai du temps libre, je préfère composer, c'est le plus important à mes yeux. En studio, tu es un mercenaire, pas vraiment impliqué dans la musique. C'est tellement différent de créer une musique qui soit tienne.

Mais il faut cependant gagner sa vie, et à part les séances ou l'enseignement il ne reste pas grand chose.

C'est vrai que ces derniers temps, on ne m'a pas beaucoup vu, mais je travaillais à tous ces projets : les CD ROM, la méthode, les casques avec Vic Firth, l'album de Kip Winger, le duo et bien sur les Dregs. La vie de musicien professionnel est quelque chose de tellement spécial. Parfois tu pars un an en tournée, mais tu ne fais rien d'autre au cours de cette année là. J'ai toujours eu la chance de jouer ce qui me plaisait sans aucune contraintes et gagner ma vie avec. Et j'espère pouvoir continuer ainsi.

Propos recueillis par Férid Bannour


Dixie Dregs

Lars Ulrich

Metallica reste le groupe préféré de nombreux amateurs de metal, une référence, une valeur sure dans laquelle la toute dernière génération d’adolescents se reconnaît aussi. Pendant que certains tentent de faire leur trou à coup de piercings, Metallica applique sa recette : du bon gros rock bien lourd avec des grosses couilles, des grosses guitares et une grosse batterie.

Fils de tennisman passionné de jazz, c'est un concert de Deep Purple qui a décidé de sa carrière. Metallica est son groupe, qu'il a monté en recrutant les autres membres par petites annonces. Il est marié à la comédienne Connie Nielsen, d'origine danoise, comme lui. J'ai rencontré Lars à plusieurs reprises, ce fut toujours un très agréable moment, passé avec un homme charmant et attentif. Le genre qui vous repère dans une foule de cent personnes, et vous fait signe de le rejoindre pour s'isoler en privé.

Cette interview a été réalisée fin 1999, en dehors du circuit promo, par amitié avec Lars, dans sa loge avant et après le concert. Le batteur s'y est livré à en toute intimité et nous fait a fait partager ses interrogations, celles d’un homme qui approche de la quarantaine, revient sur son passé, et s’interroge sur son avenir.

Il s'apprêtait alors à publier le double live symphonique "S&M". Par la suite, le groupe a connu quelques problèmes internes, a sorti "St Anger", un album peu apprécié, sur lequel les batteurs n'ont pas manqué de constater que si sa caisse claire Signature ressemble à une plaque d'égout, elle sonne plutôt comme une casserole rouillée. Puis "Death Magnetic", nettement plus acceptable sans pour autant être un album majeur. En relisant aujourd'hui cet entretien, sans aucune langue de bois, on peut mieux comprendre ou s'étonner de ce qui s'est passé ces dix dernières années.

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Ca a dû te changer de jouer avec un orchestre symphonique, notamment au niveau des tempos ?

Tu sais, que je joue avec Metallica ou un orchestre symphonique, j’ai la même chose dans mes retours. Le rôle de l’orchestre est de jouer beaucoup de contre-chants et mélodies complémentaires qui vont souvent à l’encontre du rythme. Avec ce genre de décalages permanents, il m’aurait été difficile d’écouter l’orchestre en jouant. Donc, dans mes retours, il n’y avait que James, comme toujours. Je voyais tout ce monde autour de nous, mais je n’entendais pas comment ils sonnaient réellement. Ce fut une aventure passionnante et de longue haleine car, du projet à la concrétisation, ça a bien pris un an et demi.

Peut-on penser qu’il y aura des cordes sur votre prochain album studio ?

Hum…, peut-être. C’est loin devant nous. Je ne pense pas encore à cet album studio, mais seulement au "symphonique ". Ceci dit, je crois sincèrement que nous avons fait suffisamment de "musique anglaise à base de blues avec des riffs de guitare à la Led Zeppelin, Deep Purple, AC/DC, et de la batterie simpliste. Nous en avons fait assez, et n’avons rien à ajouter à cet édifice. Le prochain album studio sera, une fois de plus, quelque chose de totalement nouveau. Il est encore trop tôt pour savoir à quoi il ressemblera. James et moi allons commencer à écrire des chansons ensemble en janvier, nous verrons bien ce que ça donnera. Mais je pense que notre prochain album studio sera très fort, très dur, très agressif. Pour la première fois, j’aimerais bien utiliser des séquences, des sons samplés, des rythmiques autres que de la batterie, et peut-être m’éclater à faire des boucles qui sonnent vraiment sauvages. Il y aura donc peut-être des cordes, peut-être d’autres choses, on verra.

Tu as déjà commencé à t’entraîner à jouer sur des séquences et des boucles ?

Pas du tout. Ma façon de fonctionner consiste à me concentrer sur un objectif précis dans un délai donné. Je ne suis pas vraiment du genre à faire des recherches musicales durant mon temps libre. Quand nous sommes en tournée, nous jouons; quand nous sommes de repos, nous nous reposons ; quand nous sommes en promo, nous parlons. Je ne mélange pas plusieurs activités. Avec Metallica, c’est une seule chose à la fois.

Tu t’intéresses à d’autres styles de musique ?

Je ne peux pas te donne d’exemples précis. Quand tu commences à réfléchir à un futur album, tu réagis différemment aux musiques que tu entends. Je pourrais te mentir et citer des noms qui font bon effet, mais n’est pas mon genre. La semaine dernière, par exemple, j’ai écouté en boucle un vieil album d’Alice In Chains. J’aime revenir à des disques que j’ai écouté des milliers de fois et y découvrir de nouvelles choses, je n’entends pas de la même façon un disque aujourd’hui qu’il y a un an. J’écoute beaucoup de jazz depuis un an ou deux, mais ça ne veut pas dire que je vais me prendre pour Elvin Jones. Il y a des choses dans le hard rock actuel qui me plaisent vraiment, et de toute cette nouvelle vague, Rage Against The Machine est de loin le groupe le plus intéressant, c’est mon préféré du moment. Je n’aime pas trop Korn, Limp Bizkit et tout ça, mais Rage Against The Machine a quelque chose de très profond.

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T’arrive-t-il parfois de jammer avec d’autres musiciens ?

Seulement quand je suis ivre mort dans un club. Fumer des pétards et taper le bœuf, ce n’est plus de mon âge. En dehors de Metallica, il n’y a pas beaucoup de projets musicaux qui m’intéressent. Un metteur en scène danois que je respecte beaucoup m’a demandé de jouer de la batterie dans un de ses films, voilà un truc qui me branche.

En revanche, tu improvises sur scène. Rejouer le disque tel quel, ce n’est pas vraiment ton genre ?

Ce qui me plaît dans les tournées, c’est que tu joues des morceaux que tu as déjà joués des milliers de fois et pourtant tu as encore des idées nouvelles dessus. Je ne joue pas du tout les fills du disque. Si c’est un titre que j’ai enregistré il y a seize ans, je devrais refaire ce même putain de fill de batterie à chaque fois que je rejoue cette putain de chanson ? Tu joues un fill, j’en fais un autre, c’est comme ça. Les gens sont trop attachés à retrouver leurs plans. En 85, on a joué d’une certaine façon parce que c’était comme ça qu’on jouait à l’époque, ça ne veut pas dire que l’on doit refaire la même chose jusqu’à la fin de nos jours.

Vous êtes ensemble depuis longtemps, quelle est l’ambiance dans le groupe maintenant ?

Musicalement et humainement, nous sommes beaucoup plus unis. Nous somme plus souvent ensemble qu’auparavant, il y a moins de frictions quotidiennes que sur les tournées précédentes. Tout le monde – et plus particulièrement James et moi – est beaucoup plus sur la même longueur d’ondes. Ce qui évidemment se ressent positivement sur scène. Et nous sommes aussi beaucoup plus proches les uns des autres physiquement, de par la disposition scénique adoptée maintenant, ce qui crée une énergie bien plus homogène que quand il y a quinze mètres entre chaque mec et que nous ne communiquons entre nous que par le biais du sonorisateur de retours.

Tu as un très bon tempo, sur toute la durée du show, même quand tu joues des doubles croches rapides à la double grosse caisse et que le public tape à côté du temps !

Mon tempo s’est beaucoup amélioré au fil des années. Réaliser des albums au click avec Bob Rock y a contribué. Mais c’est aussi dû au fait de jouer cent cinquante soirs par an. Cette tournée est la première où j’emploie ces putains de retours moulés dans l’oreille. Ca m’aide à avoir un meilleur contrôle, d’avoir le son en moi plutôt qu’à deux mètres, c’est un peu comme en studio. Ces oreillettes m’on donné plus de confiance en moi. Ce que tu me dis au sujet du tempo, plusieurs autres personnes dont l’opinion compte m’ont dit la même chose sur cette tournée. Dans le temps, il pouvait m’arriver de perdre de l’énergie, ou du contrôle, plus avec ce système, Je tends de plus en plus vers un jeu plus simple et plus axé sur le groove. Et du coup, je suis plus stable sur les morceaux très rapides.

Tu aimes toujours la double grosse caisse ?

(Longue réflexion) Hum…, oui, je crois, à bon escient en concert, j’adore ça. Mal utilisée, j’aime moins. Il sera d’ailleurs intéressant de voir ce qu’il en sera sur les nouveaux morceaux, je me demande justement quel espace il y pourra y avoir pour des plans à la double grosse caisse et ce genre de trucs.

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Tu changes de peaux ou tu modifies tes réglages selon les endroits ?

Parfois, quand nous jouons en intérieur, on peut influer sur les réglages, en extérieur ça joue assez peu. En fait, ce qui joue c’est la température. S’il fait chaud, les peaux sont plus molles. S’il fait froid tout est plus dur, les baguettes sont moins flexibles. J’ai le même technicien depuis quinze ans, et je suis dans la situation enviable de n’avoir jamais eu à me pencher sur ces problèmes. Il est comme une extension de moi, je n’ai pas besoin de lui dire quoi faire, il sait s’adapter aux situations. Parfois, si je suis fatigué et sens quelque raideur dans le bras, je lui demande juste de détendre légèrement les peaux pour que ce soit plus facile à jouer.

Tu ne recours jamais à des capteurs avec des échantillons de sons des albums, tu préfères le son naturel avec ses aléas ?

Je ne joue que totalement acoustique. Je suis convaincu que le son doit être différent sur scène. Je crois à la musique vivante jouée par des êtres humains, et je réfute toutes ces notions de constance . Les vieilles chansons ne sonnent pas comme sur le disque ? Heureusement ! Le disque à quinze ans, et nous ne sommes pas des machines. A mes yeux, c’est là que réside la beauté de la musique, et ce qui nous la rend si précieuse, elle est justement différente chaque soir. Parfois Jason (Newsted) me dit que tel morceau était un peu trop rapide ce soir, ce n’est pas grave, ça fait partie du truc. Sur ce genre de tournée, la routine est la chose contre laquelle je lutte le plus. Parfois, je frôle l’ennui et j’éprouve le besoin d’essayer de nouveaux plans. Bien sûr, ça ne passe pas toujours, et les autres font la gueule, mais il faut trouver le bon équilibre entre les deux extrêmes. Je suis le plus changeant du groupe. Je peux modifier le répertoire cinq minutes avant d’entrer en scène. L’un argue qu’il faudrait répéter tel morceau avant, je réponds que nous allons le répéter sur scène en public. Eux veulent toujours bien répéter un morceau avant de jouer, nous sommes un peu différents sur ce plan, à l’arrivée, on trouve un juste milieu qui satisfait tout le monde.

J’ai assisté à la préparation dans ta loge, tu scotches tes phalanges, on te masse les bras, tu t’assouplis, mais je ne t’ai pas vu t’échauffer avec des baquettes ?

Je peux t’assurer que c’est la première interview que je donne à ce point dans mon intimité ! Les autres ont une certaine routine préparatoire. Kirk fait 45 minutes de yoga, Jason avale tous ses putains de cocktails vitaminés, moi, tu vois, je n’ai pas besoin de m’isoler pour méditer une heure. Dix minutes avant d’entrer en scène, j’enfile mon short, mes chaussures, je fais ce que tu as vu, et j’y vais.

Tu veilles à ta forme physique, mais as-tu étudié l’ergonomie de ton kit qui est sensiblement le même depuis des années ?

Quand j’avais quatre toms médiums, ma charleston était un peu trop loin, maintenant, je n’ai plus que deux toms, elle est davantage en face de moi. Le plus important dans la batterie c’est l’équilibre. Je me suis aperçu qu’en ôtant ces deux toms et en avançant la charleston, j’avais un meilleur équilibre et un meilleur tempo. Avant, il était d’usage de changer de batterie à chaque tournée. A 24 ans, tu joues le jeu, mais maintenant ça n’a aucune importance pour moi. Je me sens à l’aise avec ce que j’ai et n’éprouve pas le besoin de changer quoi que ce soit. Sur le prochain album, s’il y a des boucles et tout ça, ce serait intéressant de faire des expériences en ce domaine, mais par ailleurs je suis radicalement opposé à jouer au click sur scène, je trouve ça contraignant et limitatif. Mais bon, je reste toujours ouvert à de nouvelles idées.

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Quand on a joué de la double grosse caisse pendant vingt ans, on doit se retrouver bizarrement installé derrière un kit 4 fûts ?

Non, il m’arrive parfois en studio de jouer sur des kits basiques pour certaines chansons et ça ne me pose aucun problème. Très franchement, si j’en n’avais pas besoin pour jouer les anciens titres, je n’aurais plus deux grosses caisses. Je suis contre tous ces clichés du hard rock avec la double batterie pléthorique. J’ai bien essayé la double pédale, ce n’est vraiment pas la même chose.

Bien qu’endorsé Tama, tu ne t’es jamais caché d’enregistrer sur Gretsch. Tu continues à le faire ?

J’ai dit aux gens de Tama que j’avais le plus respect pour eux, mais qu’en studio j’obtenais plus facilement le son que je voulais avec des Grestch. Ils m’ont alors fait des toms basses et médiums qui sont plus moins des copies de Gretsch et sonnent à merveille. Sur les deux derniers albums, j’ai utilisé deux grosses caisses Gretsch, des toms Tama ainsi qu’une caisse claire Tama en bronze. Mais là encore, les choses risquent de changer avec le prochain album. Nous avons fait trois disques dans le même studio avec le même matos et la même installation, nous savons que le prochain disque se fera dans un autre studio avec un autre matériel. Je ferais en sorte que ce soit le plus différent possible dans ce domaine aussi, que ce soit vraiment un nouveau départ.

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Tu es à l’aise avec ces baguettes Ahead en aluminium et matériau composite ?

Je m’y suis habitué assez vite. Je frappe vraiment fort et je cassais les baguettes en bois à un rythme effréné. Dans le cas par exemple d’un concert en plein air où il fait froid, je cassais environ vingt paires par soirée. Et quant tu es pris dans un morceau, changer de baguette te déconcentre toujours un peu. Avec les Ahead, je casse une paire tous les quinze jours et j’ai beaucoup plus de puissance, surtout que je mets beaucoup de poids dans mes coups. J’aime taper en rim-shot, en laissant bien la baguette écrasée sur la peau et le cercle au lieu de la remonter vite. Il faut des baguettes solides pour jouer comme ça, et ces Ahead le sont vraiment. Je ne joue qu’avec ça depuis cinq ans maintenant. Ca change le son sur les cymbales, c’est vrai, mais le plus important est de se sentir bien. C’est quand on est à l’aise que la musique est la meilleure sur le plan du feeling, et ça compte bien plus que des petites nuances de son.

Tu as signé ces baguettes, mais en règle générale, tu n’exploites pas trop cet aspect commercial, pas de caisse claire Signature, pas de clinics de batterie…

Je n’aime pas trop ça, je l’ai dit aux gens concernés. J’apprécie vraiment le matériel qu’ils me donnent mais je ne suis pas un Simon Philips, ce serait un comble de vanité pour moi. Je suis chez Tama depuis plus de quinze ans et je leur suis fidèle. D’autres grandes compagnies m’ont proposé beaucoup d’argent pour aller chez elles, mais Tama m’a donné du matériel à une époque où personne ne voulait de moi. (Depuis, Lars a signé deux caisses claires pour Tama, dont une qui a le look d'une plaque de tôle et le son d'une casserole, NDR)

Tu as la nostalgie de ta première batterie, qui était une Camco ?

J’avais choisi une Camco parce que je n’avais pas beaucoup d’argent et elle était d’occasion. Depuis, je n’ai eu que des Tama.

As-tu une collection de batteries chez toi et un studio ?

J’ai bien un studio à la maison, mais je n’y mets jamais les pieds. Les autres sont vachement contents d’avoir par exemple une guitare Flying V de 57 sur laquelle Hendrix aurait joué un jour, moi ce genre de trucs ne m’intéresse pas. Je ne vois pas l’intérêt d’avoir douze caisses claires qui auraient servi à Buddy Rich, je ne collectionne pas le matériel. J’adore la batterie, mais en dehors du boulot j’en joue rarement. C’est bien sûr très agréable de voir que les gens ont la gentillesse de voter pour moi dans les référendums des revues spécialisées, mais à vrai dire je me soucie assez peu de tout ça.

Et en dehors de la musique, qu’est-ce qui compte pour toi, que tu aimes, qui te motive ?

Ma femme, mon fils, ma famille, mes racines, je suis un amateur de peinture…

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Tu es collectionneur d’art ?

Oui, un peu, je viens souvent à Paris pour ça, je suis un grand amateur d’art brut. Je considère Jean Dubuffet comme le fondateur de ce style et je collectionne ses toiles, mais aussi celles d’autres peintres. La dernière fois que j’étais à Paris, j’ai visité le studio de Michel Nadjar, un grand peintre français à la pointe de l’art brut. Je viens ici au moins deux fois par an, de façon totalement anonyme et je file direct à Saint-Germain-des-Prés, je rôde autour de la rue Bonaparte, des Beaux Arts, etc. Paris est la seule ville au monde où je ne viens que pour le plaisir. Je suis aussi passionné par l’art africain et j’adore le cinéma d’art et d’essai. L’année dernière, j’ai assisté dans sa totalité au Festival du Film de Paris.

Les fans de Metallica vont se mettre à fréquenter les galeries dans l’espoir de t’y voir.

Quand c’est la veille ou le lendemain d’un concert, les gens me reconnaissent, mais sinon ils ne sont pas sûrs que ce soit moi quand ils me voient. Ceci dit, c’est toujours sympa d’être reconnu dans la rue par les jeunes.

Tu as parlé des racines, te sens-tu concerné par la culture danoise, celle de ton pays d’origine ?

Je dirais que oui, et même de plus en plus. Je suis nettement plus sensible à la peinture danoise par exemple, à la littérature aussi, j’aime beaucoup Kierkegaard. Je vois ça avec des yeux différents d’il y a seulement cinq ans. Le chemin que représente une vie humaine est pavé de changements perpétuels. Je me suis aperçu qu’il était important pour moi de revenir parfois vers les choses du passé, comme de réécouter un album de Thin Lizzy et l’entendre autrement. Il y a finalement peu de choses nouvelles qui me touchent émotionnellement en profondeur. Ca fait partie d’un processus d’évolution et ça me fascine en ce sens. Il faut être ouvert au plus de choses possible, y compris à son passé, pour faire son chemin personnel.

Là où tu en es maintenant, comment analyses-tu ton sentiment vis-à-vis de la batterie ?

Je deviens de plus en plus honnête avec moi-même et je vais t’avouer franchement qu’en vieillissant, je me sens de moins en moins passionné par la batterie en elle-même. Il y a encore dix ans, je jouais pour moi. Maintenant, je ne conçois la batterie qu’en rapport avec les autres. Composer, créer, faire des disques, voilà ce qui m’intéresse. Je me considère comme un musicien membre d’un groupe, un auteur de chansons, un producteur en studio et la batterie est mon ticket d’entrée pour faire partie de tout ça. J’avoue que ces dernières années, c’est surtout la composition qui a concentré mon intérêt et la batterie en tant que telle, isolée, du reste, ne représente plus rien pour moi. Metallica est le seul groupe dans lequel j’ai vraiment jouée et je plutôt comblé sur ce plan.

Propos recueillis par Férid Bannour

Robert Wyatt

Robert Wyatt est un musicien rare, atypique, un personnage discret devenu un des artistes les plus respectés des plus grands. Batteur légendaire du non moins légendaire Soft Machine, groupe à la suite duquel il fonda Matching Mole (appréciez le jeu de mots), il est devenu chanteur multi instrumentiste en chaise roulante, suite à un soirée bien arrosée où il passa par la fenêtre du troisième étage. Il poursuit depuis une oeuvre unique, en marge de toutes les modes, marquée par la créativité et la sensibilité. C'est un homme extrêmement doux et délicat, à l'oeil vif et l'esprit en alerte, naturellement drôle et sympathique.

Cet entretien a eu lieu en 1997, à l'occasion de la sortie de son album Shleep.

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Sur la pochette du premier album de Soft Machine, vous vous définissez comme " un simple batteur de rock’n’roll ", mais l’auteur affirme que vous êtes bien plus que ça.

Ces notes sont extraites d’un article de Mike Zwerin pour Down Beat (revue institutionnelle du jazz, NDR), intitulé " Les batteurs différents ", ce qui m’impressionnait terriblement. Il m’avait interviewé dans le Sud de la France lors d’un festival où je partageais l’affiche avec Tony Williams qui, plus jeune que moi, jouait déjà très sérieusement. Le simple fait d’apparaître dans Down Beat me semblait présomptueux.

Mais vous étiez effectivement un batteur différent, votre musique n’était ni rock, ni jazz, mais totalement nouvelle.

La plupart des batteurs que j’aime en savent beaucoup plus qu’ils n’en font, comme mon batteur de rock favori du moment, Steve White, qui joue avec Paul Weller. On entend nettement son évolution avec le Style Council , il avait 18 ans et essayait des plans à la Kenny Clarke, même si le groupe ne jouait pas dans ce style.

C’est ce que vous écoutiez quand vous vous êtes mis à la batterie ?

Le premier avec lequel j’ai " joué " était Max Roach, le disque de ce fameux concert de 1953 à Massey Hall avec Bud Powell, Dizzy Gillespie et Charles Mingus. Je jouais des balais, enfin, avec des rouleaux de papier, sur la table. Mon loisir favori consiste toujours à jouer sur mes disques préférés à la maison.

Donc vous travaillez toujours la batterie ?

À cette époque je le faisais, mais quand j’ai dû me confronter au volume des groupes électriques, le jazz ne convenait plus. Mes modèles de transition furent Ginger Baker et surtout Mitch Mitchell, qui m’a donné beaucoup de liberté. Mais jouer à ce volume posait d’autres problèmes, à commencer par le fait qu’un électrophone n’est pas assez puissant pour pouvoir jouer de la batterie avec des baguettes.

Avec Soft Machine, vous jouiez fort ?

Oh oui, très fort. L’organiste (Mike Ratledge, NDR) portait d’ailleurs des protections auditives.

Et votre batterie était totalement reprise ?

Je ne me souviens pas, il me semble qu’il n’y avait que des micros d’ambiance. Ce qui me causait du souci, car pour moi l’élément principal de la batterie est la charleston, sans doute une trace de mon goût pour le jazz. Dans la soul music, on garde le tempo sur la charleston fermée, mais de manière moins " legato "que dans le jazz. J’aime vraiment cet accessoire. Avec juste une charleston, un pied et deux mains, il y a tellement à faire. À cette époque, je commençais sérieusement à songer à me mettre aux claviers. Je comptais jouer de la batterie en multipiste en studio, puis faire appel à des amis batteurs comme Laurie Allen pour la scène.

Sur " Rock Bottom ", les sons de percussions sont assez étonnants. Malgré votre handicap vous jouiez sur une batterie classique ?

C’était la vieille batterie d’un copain, mais il y a très peu de batterie en fait, j’ai surtout joué sur un plateau en étain et des boîtes de conserve. Ce qui me manquait était le jeu de charleston, c’est pourquoi j’ai fait appel à Laurie Allen, qui était le musicien le plus sensible que je connaissais. Il jouait aussi bien du rock que du jazz ou de la musique sud-africaine.

En revanche, avant votre accident, sur " The End Of An Ear ", vous jouiez bien d’une vraie batterie …

Oui, sur celle de Mitch Mitchell. C’était une Ludwig en érable, fabriquée spécialement pour Mitch, avec une caisse claire Greetsch, j’en ai joué de 1968 à la fin de ma carrière de batteur. Il me l’avait donnée, et j’ai tout fait avec, aussi bien Soft Machine que Matching Mole. Il avait remarqué que j’avais un mal de chien avec ma Premier, qui n’était pas assez puissante pour ce que jouais, ou alors, le problème venait de moi … Quoi qu’il en soit, Mitch ne supportait plus de me voir me battre avec mon matos. Un soir, il avait emprunté ma batterie pour jouer avec Hendrix et me l’avait rendue en me disant que c’était de la daube.

Vous étiez très proche de Mitch Mitchell car vous avez tourné ensemble lors de votre première tournée américaine avec, à la même affiche, The Jimi Hendrix Experience et Soft Machine. Comment s’est faite cette connexion ?

Nous avions le même manager et répétions au même endroit. Et je connaissais le bassiste, Noël Redding, qui était au départ guitariste dans un groupe de Folkestone. Ils ont été fantastiques avec nous, tant en termes d’entraide que d’inspiration.

Vous avez eu l’occasion de boeuffer avec Jimi ?

Les autres membres du groupe affirment que nous avons joué avec Hendrix mais je n’en ai aucun souvenir. En 68, je vivais à Los Angeles, je n’avais plus de groupe et je partageais une maison avec les gens de l’Experience. Ils avaient loué un studio à temps plein et m’avaient proposé de l’utiliser. J’y ai donc enregistré quelques chansons, sur lesquelles Hendrix a fait quelques parties de basse. La bande n’existe plus mais il reste la matrice métallique, de très mauvaise qualité bien que nettoyée par un ingénieur du son canadien. Ça figure sur une compilation, " Flotsam and Jetsam ", mais ça n’a vraiment valeur que de souvenir.

Et qu’est donc devenue cette Ludwig que Mitch Mitchell vous a donnée ?

Je l’ai toujours, elle est chez moi. Je l’ai ressortie récemment pour la prêter à Mitch qui en avait besoin pour une émission sur Jimi Hendrix pour la télévision anglaise. Elle sonne toujours aussi bien.

Pourquoi avez-vous quitté Soft Machine ?

Je ne suis pas parti, j’ai été viré ! Je ne sais pas pourquoi, ça s’est fait sur un simple coup de fil. Demandez aux autres …

Peut-être preniez-vous trop d’importance dans le groupe ?

De toute façon, ils n’appréciaient pas le fait que je chante.

Votre façon de chanter est pourtant unique, comment l’avez-vous développée ?

Le premier groupe pop que j’ai vu sur scène, c’était Them, avec Van Morrisson. J’avais été très impressionné par le fait qu’il porte un T-shirt dégueulasse, je n’avais jamais vu quelqu’un s’en foutre à ce point sur scène (rires). Ceci dit, c’était aussi un sacré chanteur, comme Steve Marriott. Mais je n’ai jamais été attiré par les voix d’hommes, à la maison je chantais plutôt sur Dionne Warwick. Ou si, en voix d’hommes, j’aimais bien les falsetto Tamla Motown, comme Smokey Robinson.

Vous avez toujours chanté en jouant de la batterie ?

Au départ, non, je ne faisais que jouer de la batterie. Quand j’ai voulu chanter, il a fallu que je trouve quelqu’un pour jouer de ce foutu instrument, j’ai alors dégoté Richard Coughlan, le cousin de Richard Sinclair (membre fondateur de Hartfield And The North). Quand il jouait de la batterie, je pouvais chanter.

Mais avec Soft Machine, vous faisiez bien les deux en même temps ?

Oui (rires), et c’était pour le moins problématique. Mais une fois, auparavant, je m’étais retrouvé avec les Wilde Flowers à faire un tremplin sans Richard Coughlan et nous ne voulions pas faire d’instrumental. Nous avons choisi I Put A Spell A you qui est un 6/8 assez facile, et des reprises de James Brown. Et en fait, dans les morceaux de James, la voix et la batterie sont rarement jouées ensemble : (il chante) I Feel Good, ta la la la …

Comment arriviez-vous à improviser à la batterie et au chant simultanément ?

Très mal (rires). Je n’avais jamais fait ça avant les années 70, et ce n’est qu’en studio que je suis parvenu à faire quelque chose de correct.

Que ce soit avec Soft Machine ou Matching Mole, vous avez toujours été très friand d’improvisation, non ?

Hum, c’est vrai, mais j’ai aussi toujours été très attaché aux structures, à la forme. Certaines de mes contributions à la musique sont indécelables. Par exemple, j’aimerais bien que la fin des solos soit écrite, pour qu’à la fin d’une pièce apparemment totalement libre on se retrouve à nouveau dans une partie très arrangée. C’est le genre de procédé que l’on trouvait beaucoup chez Don Cherry. Mais à côté de ça, je n’aime pas que la musique sonne trop travaillée.

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Les concerts de Soft Machine étaient-ils différents chaque soir ?

Je n’en ai plus aucune idée, car je n’ai pas dessoûlé pendant 10 ans ! J’ai du mal à me souvenir de quoi que ce soit.

Comment arriviez-vous à jouer dans ces conditions ?

Très mal (rires). Et mon tempo est toujours merdique, j’accélère et je ralentis tout le temps. Mais maintenant je m’en fous, ce n’est plus un problème pour moi.

A propos de tempo, vous n’avez jamais eu recours à des programmations ou à des boîtes à rythmes sur vos disques ?

Oh que non ! Je suis un musicien de Néanderthal, j’utilise le bois, le métal et les peaux.

Vos sons de clavier ne sont pas non plus ultramodernes …

Je me suis servi d’un Mellotron en studio parce qu’il était là, mais je n’en ai jamais eu à la maison. Je n’avais de toute façon pas de local avant 1974. J’étais donc incapable de pratiquer quoi que ce soit, la scène était le seul endroit où je jouais. Deux personnes m’ont filé des tuyaux pour la batterie, un américain nommé George Nydel, et un batteur catalan Ramon Barran. Ils m’ont montré comment tenir correctement les baguettes et tout ça. La chose la plus importante que m’ait fait comprendre George est que les sections rythmiques européennes étaient bonnes individuellement mais incapables de battre ensemble comme un seul cœur. Il m’a fait écouter les disques de Count Basie, ou ma rythmique préférée, celle de Miles Davis avec Jimmy Cobb et Wynton Kelly. Chaque musicien est distinct mais ils jouent comme un seul homme. Il m’a appris ainsi à écouter autant qu’à jouer.

Vous avez toujours écouté beaucoup de musique ?

Oui, surtout dans ma période scolaire, c’est sans doute pour cette raison que j’étais un cancre, pour autant que je me souvienne de ma scolarité. Je travaillais bien en classe, mais à la maison j’écoutais des disques au lieu de faire mes devoirs.

A propos de rythmique, comment cela se passait-il avec Hugh Hopper lorsqu’il est devenu bassiste de Soft Machine ?

Très franchement, ce que j’ai toujours aimé chez Hugh, et qui a fait que je l’invite ensuite sur mes albums, ce sont surtout ses qualités mélodiques et qu’il sait parfaitement s’adapter aux mots d’une chanson. Mais je ne me suis vraiment soucié de bassiste que ces dernières années, notamment quand j’ai enregistré avec Chucho Merchan. Je joue moi-même de la basse depuis longtemps, et je le fais généralement sur mes disques. Mais, par exemple, sur " Shleep ", sur le morceau avec Philip Catherine, c’est Chucho qui joue de la contrebasse. Il a fait par ailleurs la partie de grosse caisse en complément de mes percussions. Et il y a aussi un joueur de djembés et de tablas, Gary Adzukx, car je suis incapable de maîtriser la technique de ces instruments. A l’avenir, j’essaierai d’avoir toujours des bassistes de la trempe de Chucho. Je dis ça sans dénigrer personne, chacun a ses qualités, comme Bill Mc Cormick qui joue de très belles parties en complément de la batterie de Laurie Allen sur " Ruth Is Stranger Than Richard ", et j’ai beaucoup apprécié de jouer avec le bassiste du Brotherhood Of Breath. Ces deux-là sont les meilleurs souvenirs de bassiste que j’ai.

Les rapports avec le bassiste sont capitaux pour tout batteur, non ?

Oui, c’est ce que George m’avait enseigné à l’écoute de la rythmique Paul Chambers/Jimmy Cobb. Une autre relation forte est celle de Charles Mingus avec Dannie Richmond. Ils parvenaient chacun à jouer par devant ou derrière l’autre tout en se retrouvant exactement soudés, voilà aussi une rythmique extraordinaire.

Mais la mélodie semble rester primordiale pour vous. Comment composez-vous ?

Au piano, toujours. Il m’arrive aussi d’écrire des chansons à partir de mélodies de gens qui ne sont pas chanteurs, comme Hugh Hopper ou Philip Catherine. C’est un peu comme ce qu’avait fait Joni Mitchell pour ses chansons d’après Mingus (l’album " Mingus ", NDR). Certaines mélodies sont si belles qu’elles doivent être chantées, comme les thèmes de Monk. Il y a des morceaux de " Dondestan "ou de " Schleep "qui proviennent de fragments ou de pages entières de mon carnet de notes. J’ai toujours des idées plein mes calepins. Je ne trouve pas que composer soit une chose aisée. C’est facile d’avoir des petites phrases ou des idées rythmiques, mais élaborer complètement une chanson est quelque chose de très difficile à mes yeux. J’ai découvert que les mots ont une musique en eux, ils me suggèrent leur propre musique, très chantante. Il y a aussi des séquences que j’avais dans la tête depuis des années sans savoir qu’en faire, Alfie les a mises en forme (Alfreda Benge, compagne et muse de Robert, qui créé le visuel de ses albums, NDR). Quant à la méthode, je ne sais pas, je me mets au piano et les idées viennent. Enfin, je prie pour ça.

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Sur le premier album de Soft Machine, dans So Boot If At All, il y a un extraordinaire solo de batterie qui semble improvisé, mais après une écoute attentive, il s’agit de deux parties superposées qui se téléscopent d’un canal à l’autre.

C’est une combinaison d’organisation et d’improvisation. Le travail en studio se rapproche du travail d’un peintre ou d’un cinéaste : il y a un premier jet spontané, puis on construit quelque chose autour. Mais je faisais un peu ça sur scène aussi. J’aime improviser car il y a des choses qui ne se créent que dans l’urgence, mais il y en a d’autres qui nécessitent de la réflexion. Je prenais mes bandes et j’essayais d’en tirer profit de la même façon que j’écoutais les disques de jazz, je bâtissais alors une superposition complémentaire.

Vous procédez de la même manière pour vos chansons ?

Je veille à maintenir l’intérêt, c’est un problème propre à tout chanteur. On peut faire beaucoup avec la texture d’une voix, mais je me suis aperçu que, finalement, j’écoutais surtout de la musique instrumentale, pour la variété des dynamiques et les possibilités physiques de chaque instrument. Quand je chante tout un album, je me dis que pour que quelqu’un puisse écouter cinq chansons d’affilée, il doit se passer quelques chose. C’est pourquoi j’aime reposer mes oreilles de ma propre voix.

Les paroles sont-elles très importantes pour vous ?

Elles le sont, mais je ne sais pas ce que j’écris quand je l’écris.

Comme par exemple celle de Signed Curtain, sur le premier album de Matching Mole, où le texte dit simplement : " Ceci est le premier couplet, et ça c’est le refrain … "?

Il y a tellement de conneries qui ont été écrites en guise de paroles que je me suis demandé quel était le rôle des mots. Ils doivent dire la vérité, mais qu’est-ce que la vérité, sur un plan philosophique, si ce n’est de dire que " C’est le premier couplet ", etc. Si je suis honnête, c’est la seule chose dont je sois sûr, donc la seule que je puisse dire. Quand on chante pour un public, cela semble être une façon de communiquer, mais c’est au fond si abstrait … on ne peut pas réellement attendre de quelqu’un qu’il tienne compte de ce que l’on raconte. L’écoute est subjective, chaque auditeur se crée sa propre interprétation de ce qu’il entend, il faut être lucide sur ce point.

Comment s’est passée la collaboration avec Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, qui a produit " Rock Bottom " ?

Il m’a été d’une aide précieuse, il a une grande expérience du studio, il y a passé beaucoup de temps. Pas moi. Chaque fois que je rentrais en studio, il fallait faire vite, car ça coûte tellement cher. Je me demande comment les gens parviennent à apprendre le studio. Les Pink Floyd n’ont jamais été pauvres, ils ont toujours eu les moyens de faire les choses, et ils ont su les utiliser à bon escient. Par ailleurs, du fait que Nick Mason est batteur, il y avait une certaine camaraderie entre nous. Je crois même que les batteurs sont plus copains avec d’autres batteurs qu’avec les membres de leur propre groupe, mais ça vous le savez déjà. Nick sait installer un climat décontracté, il essaie de comprendre où tu veux en venir, mais il ne t’impose jamais rien.

Pour beaucoup, " Rock Bottom " reste un chef-d’œuvre absolu. Comment considérez-vous ce disque aujourd’hui ?

Je ne fais pas chroniques de disques, moi (rires). Je vais le réécouter bientôt car le label Ryko compte rééditer mon catalogue, et je vais pouvoir veiller à ce que tout soit fait correctement. Autrement, il y a des années que je n’ai pas réécouté ma production, je n’ai plus du tout ça en tête.

Votre premier album sous votre nom " The End Of An Ear " était quant à lui très marqué par le jazz.

La relation que l’on a avec une musique est toujours particulière. Pour moi, le jazz est du progressive rock, le jazz et le rock se sont développés ensemble, c’est manifeste dans les vieux disques de blues. Oui, le jazz a toujours été du rock progressif, c’est ce qu’il a toujours été. Je voulais briser les barrières de la pop, ce n’est pas du tout une autre musique. En un sens, la musique de danse américaine n’a toujours été que du jazz.

A la veille des années 70, y avait-il une fraternité entre les musiciens de jazz et ceux de rock ?

Je n’ai aucun souvenir d’une communauté rock, mais d’une communauté de batteurs oui. Mais il est vrai que les gens que je fréquentais à l’époque étaient pour la plupart des musiciens de jazz. J’ai toujours été attiré plutôt par les instruments acoustiques que ceux électriques, je suis un percussionniste de Néanderthal, je le répète, j’aime sentir les musiciens souffler ou frapper, je suis bien plus sensible à ce contact physique que l’on trouve dans le jazz. J’ai besoin de sentir une compagnie, c’est sans doute une question de génération. Même quand j’étais à fond dans le milieu rock, j’écoutais toujours des albums de Gil Evans. Je souhaitais agrandir le champ du rock, mais je faisais une erreur, on ne peut importer le dialecte et les accents du langage américain dans la musique anglaise sans sonner idiot. Certains y parviennent tout naturellement mais pas moi. Quelqu’un comme Paul Weller est plus proche de Marvin Gaye que n’importe quel chanteur anglais, mais cela semble faire partie de lui. Dans mon cas, il aurait fallu tout réinventer avec une espèce d’accent anglais.

La scène ne vous manque jamais ?

Je ne pourrai plus remonter sur scène, j’ai trop le trac. Lorsque j’étais batteur, ma batterie me servait de cuirasse. Ce qui pourrait me manquer aujourd’hui est la complicité entre musiciens, mais pour " Shleep "nous avons créé une atmosphère très conviviale. D’habitude, quand on rentre en studio, on arrive à onze heures du matin, tout est noir, on se retrouve seul avec un ingénieur du son qui vous propose une tasse de thé. Comment peut-on créer quelque chose de magique dans ces conditions ? Je préfère qu’il y ait une fenêtre, même si on entend un peu les bruits de la circulation. C’est de cette façon que j’ai enregistré " Rock Bottom ", une écoute attentive révèle des bruits de vaches, de tracteurs, etc., car nous avions les fenêtres grandes ouvertes. Et " Hapless Child "de Mike Mantler, tout comme ce que j’ai fait avec Carla Bley, a été enregistré dans de telles conditions. Nous n’étions pas ensemble en studio le même jour, mais quelle sensation de jouer sur la rythmique Jack Dejohnette/Steve Swallow/Carla Bley ! Un véritable voyage au paradis.

Avec qui rêveriez-vous de chanter ?

Je crois qu’on peu difficilement demander mieux que ces trois-là, Dejohnette/Swallow/Bley. Mais bon, il y a certains musiciens londoniens auxquels je ferais volontiers appels i j’avais beaucoup d’argent, ces musiciens de jazz apparus dans les années 80 dans le sillage de Courtney Pine, comme Steve Williamson qui est vraiment excellent. Et j’aime bien ce que le label Nato a produit avec Tony Coe, qui est en fait le meilleur musicien de toute l’Angleterre, je pense. Il peut absolument tout faire, il a d’ailleurs suggéré que nous réalisions quelque chose ensemble. J’ai aussi le souvenir d’avoir enregistré avec Didier Malherbe, qui a le plus beau son de flûte du monde. Et Lol Coxhill est un musicien fabuleux.

Il existe énormément de traces audiovisuelles de vos passages en France. Est-il envisageable qu’un jour sortent des disques ou des vidéos de ces concerts ?

Ça me fait peur. J’ai entendu récemment la bande d’un concert de Matching Mole à l’Olympia, j’étais tellement ivre que c’en est choquant. A franchement parler, je souhaiterais plutôt que toutes ces bandes disparaissent dans un grand bûcher !

Pourtant certaines prestations de Soft Machine étaient pour le moins remarquables !

C’est possible, mais je ne peux plus écouter ce putain de groupe maintenant, c’est terminé pour moi.

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Avez-vous lu " Faux Mouvements ", le livre qui vous est consacré ?

Je l’ai vu mais pas lu, c’est beaucoup trop années 60 à mon goût, ah ah ah.

On vous y voit cependant avec des configurations de batterie pour le moins bizarre ?

Je me suis toujours bien amusé avec les batteries. Il y a quelque chose que je n’ai jamais dit, mais comme vous êtes spécialisé ça peut vous intéresser. J’ai toujours voulu trouver un moyen d’éviter l’utilisation habituelle de la caisse claire, surtout dans le rock, c’est tellement abrupt, dictatorial en un sens. Tou kou pab tou kou pab, c’est adapté au rythm’n’blues, mais dans le rock ça ne vit pas assez à mon goût. Sur mon dernier album enregistré en tant que batteur, en l’occurrence " Little Red Record ", le deuxième de Matching Mole, j’ai joué sur un kit normal mais avec la caisse claire jouée tout le temps sans le timbre. De fait, il n’y a pas de caisse claire sur ce disque. C’est le genre d’expérience que j’aimais bien tenter. Il m’arrivait aussi parfois de jouer tout un concert avec les mains.

Parfois, vous placiez le tom bass à la place de la caisse claire, celle-ci étant à la place du tom médium !

J’aimais bien faire ça, c’était l’occasion de varier les figures. Parfois, j’inversais la grosse caisse et la charleston mais je jouais comme si le kit était normal, ce qui créait instantanément une sorte de rythme de reggae à la charleston (rires).

C’est peut-être à cause de ça que vous avez été viré de Soft Machine ?

Sans doute (rires). Mais vous savez, j’ai un seuil d’ennui très bas, je me lasse très vite. J’ai besoin de tout chambouler souvent pour voir ce qui se passe. En studio, il m’est arrivé de jouer la grosse caisse aux baguettes, voire aux balais.

Les percussions électroniques ne vous ont jamais tenté ?

Une fois j’ai acheté un synthétiseur, le moins cher possible. Il suffisait d’ajouter de la reverb pour le faire sonner dix fois plus cher, après tout ce n’est qu’un signal. J’avais ce clavier qui faisait : di dadoum pab tsch prr, je m’en suis servi pour Shrink Wrap sur " Dondestan ", mais simplement parce que je l’avais acheté, alors merde, il fallait bien l’utiliser.

Et la batterie ne vous manque jamais ?

Hum, la charleston me manque toujours, car je n’entends jamais personne jouer ce que j’aimerais, quoique Steve White s’en approche parfois. Je n’ai jamais pensé en termes de batterie ou chant ou autre, mais seulement en termes de besoins musicaux.

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Après votre accident, ça a dû être terrible de ne plus jamais pouvoir jouer de la batterie ?

Mmm, non, pas tellement. Pour être honnête, la nouvelle situation qui était la mienne était plutôt excitante. Sans cet accident, les choses auraient sûrement été tout autres (rires). C’est en parfaite adéquation avec ma personnalité que de me retrouver contraint de faire de tout nouveaux choix.

Mais à ce moment, vous étiez déjà sur une autre voie, non ?

J’essayais de composer pour le troisième album de Matching Mole et j’avais un problème. Si je jouais de la batterie, il me fallait recruter un clavieriste, mais si j’en avais un, je ne savais pas exactement quoi lui demander, pas du jazz, pas du rock, même si c’était clair dans ma tête. Le fait de ne plus pouvoir jouer de la batterie m’a permis de réaliser mon rêve : prendre le total contrôle des claviers.

Si vous pouviez rejouer de la batterie, que joueriez-vous ?

Hum, c’est une bonne question. Je pense que je me débrouillerais pour avoir le contact de Sonny Rollins, et je lui demanderais de faire une reprise de l’album en trio au Village Vanguard avec Elvin Jones et Wilbur Ware. Peut-être prendrions-nous Chucho à la basse, et j’essaierais de jouer dans l’esprit d’Elvin à cette époque. Sur ce disque, il a un son purement bois, presque primitif, c’est ce dont j’ai toujours rêvé. Mais il faut pour cela un soliste exceptionnel. La plupart de mes idoles sont mortes, à part Sonny Rollins qui est toujours là. Oui, je crois que ça sonnerait bien (sourire).

Propos recueillis par Férid Bannour

Robert avec Soft Machine


SOFT MACHINE-Theatre De La Musique 1970

Robert de nos jours


Robert Wyatt Shleep

Accorder sa caisse claire

Une caisse claire ne donne le meilleur d’elle-même que convenablement accordée. Pour cela, il vous faut trouver le juste équilibre entre vos idées sur la question et certaines règles de base que nous allons rappeler dans cet article. A partir de là, il ne vous restera plus qu’à élaborer le son qui sera le votre, surtout sans impatience.

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Savoir accorder sa caisse claire est un art qui, à défaut de se maîtriser vraiment, s’acquière au fil des années. De façon caricaturale on peut dire qu’un batteur joue dix ans avant de se pencher sérieusement sur les problèmes de réglage. Au fil des années, on joue de moins en moins de notes pour ne garder que les plus belles, aussi devient-on de plus en plus soucieux de la qualité de chacune. Le son d’une batterie s’appréhende sous trois angles. En premier lieu, il y a le son acoustique naturel, puis le son « live », c’est-à-dire amplifié par une sonorisation, et enfin le son studio et sa cuisine magique. A chaque situation son exigence, mais une constante demeure : le bon accord de base. Partant de là, on peut alors jouer sur la tension des peaux et l’usage de sourdines pour s’adapter à chaque contexte. Une fois votre caisse claire bien réglée, il vous suffit par exemple de donner un quart de tour à chaque tirant pour modifier le timbre sans en changer drastiquement l’accord.

Le son de votre caisse claire doit en effet pouvoir évoluer en fonction du style pratiqué mais aussi du lieu. Demandez par exemple à votre bassiste de taper un peu (en général il adore ça et s’imagine même qu’il sait le faire) et placez-vous en face de votre batterie, vous constaterez que le son n’est plus le même que celui entendu depuis votre siège. A cela deux causes : l’éloignement par rapport à l’instrument, et la différence de frappe. Cela donnera néanmoins une bonne idée d’ensemble du son de votre caisse. Si pour travailler seul ou répéter, votre son doit vous faire plaisir : songez plutôt à ce qu’entendent les membres de votre groupe, et surtout au public quand vous êtes en concert. Vous seriez très surpris en montant sur la scène de Bercy pour essayer la batterie de votre idole et de constater qu’elle sonne complètement différemment de ce que vous percevez. Quant à ce qui se trame en studio, vous n’en avez même pas idée. Mettez-vous bien en tête que vous n’aurez jamais chez vous le son de caisse claire entendu sur disques ou en concert. Une fois que vous vous serez fait à cette idée, vous pourrez alors aborder sereinement la question de l’accord.

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L’apprenti batteur est généralement confronté à un double problème : il veut avoir le plus de pêche possible tout en éliminant au maximum les harmoniques, ce qui implique d’étouffer le son. C’est pour le moins paradoxal mais le compromis est possible. Il est important de ne jamais perdre de vue le confort du jeu, car un instrument qui sonne doit être avant tout agréable à jouer. Il faut donc choisir ses peaux en fonction de sa frappe, de son style de jeu et de son budget. Je sais qu’il est difficile et onéreux de tester plusieurs modèles de peaux avant de trouver celui qui conviendra le mieux. Ne vous laissez pas influencer par les idées reçues : Steve Gadd joue du jazz avec un son très mat et Steve Jordan joue du rock avec plein d’harmoniques. A vous d’imposer votre son. Bien sûr il existe une impressionnante variété de caisses claires, chacune avec des caractéristiques plus ou moins marquées. Mais le batteur débutant se contente généralement d’une 6" ½ en acier, de plus ou moins bonne facture. Il s'agit d'un instrument certes modeste mais qui peut convenir à toutes les situations et ne pose pas de problèmes majeurs d'accord. La norme en vigueur est d'employer des peaux blanches sablées de simple épaisseur en frappe et des peaux très fines spécialement conçues pour la réponse du timbre en résonance. Ce sont ces modèles que vous trouverez d'origine sur la plupart des caisses claires disponibles sur le marché.

Le choix des peaux et leur accord semble toujours fastidieux aux novices, mais il faut essayer toutes sortes de choses avant de trouver ce qui vous plaira enfin. Ne soyez pas fainéants et n'hésitez pas à monter et démonter des peaux et expérimenter diverses tensions tant côté frappe que timbre. Dans un premier temps, les peaux d'origine devraient vous donner entière satisfaction. Si vous décidez de changer les peaux de votre caisse claire, et d'une manière générale de les accorder (rares sont les marques qui livrent leurs instruments accordés !), il est d'usage de commencer par installer et de régler la peau de résonance –dite de timbre car c'est contre elle que sera plaqué le timbre qui fait que la caisse claire est claire. Une fois celle-ci convenablement tendue, on disposera d'une bonne base pour travailler le son avec la peau de frappe.

Voici la marche à suivre :

o Après vous être assuré que les chanfreins sont bien propres, installez la peau sur le fût. D'un léger mouvement de droite à gauche, assurez-vous qu'elle soit bien en place avant de poser le cercle par-dessus. Ne vous trompez pas, le cercle inférieur est généralement muni d'une ouverture à chaque extrémité pour laisser passer le timbre. Il faut donc que celle-ci se retrouve bien en face du déclencheur et du pontet opposé .

o Introduisez les tirants dans leur cheminée, après les avoir lubrifiés si besoin est. Visser chacun d'eux jusqu'à toucher à peine le cercle, puis tendez la peau de façon parfaitement homogène. Pour cela, la majorité des batteurs utilisent le réglage dit "en étoile". Imaginez que vos tirants soient les heures d'une montre. Donnez un tour de clé à midi, puis un tour à six heures, ensuite trois heures, puis neuf, et ainsi de suite en veillant à toujours passer d'un point à son opposé. Une fois chaque tirant serré, revenez au premier et renouvelez l'opération jusqu'à obtenir la tension désirée. La manœuvre est délicate car une peau de timbre de caisse claire est généralement très fine, même si vous avez pris le modèle plus épais. Attention de ne pas la déchirer par un serrage excessif. Néanmoins un minimum de tension est requis pour que le timbre entre en résonance.

o Pour vérifier le bon équilibre de la tension, frappez légèrement avec une baguette ou un doigt devant chaque tirant, à environ trois centimètres du cercle. La note émise doit être la même devant chaque tirant. Un batteur expérimenté arrive à sentir sa bonne tension dans la clé, ce qui implique des tirants et des cheminées en parfait état. J'en ai vu qui, après de nombreuses années au service du rock'n'roll, préféraient simplement poser un doigt sur la peau devant chaque tirant pour ainsi jauger de la tension.

o La mise en place de la peau de frappe obéit aux mêmes critères. Mais celle-ci étant bien moins fine, quel que soit le modèle choisi, la perception de la note juste devant chaque tirant sera bien plus aisée. Bien sûr, on aura pris soin d'étouffer la peau inférieure, en posant la caisse sur son siège par exemple, pour éviter qu'elle n'interfère avec celle que l'on accorde. Plus cette peau de frappe sera tendue, plus le son obtenu sera haut et clair et les harmoniques présentes; moins elle le sera, plus le son sera mat, gras et pauvre en harmoniques. Chacune de ces deux options pouvant être optimisée par une modification de la tension de la peau de timbre. Plus la peau est tendue plus le toucher est dur. Mais avec une faible tension, on perd en réponse et en sensibilité. A chacun son "arrangement".

o Une fois les peaux installées, il ne vous reste plus qu'à remonter le timbre sur son déclencheur. Une opération fastidieuse pour les débutants mais qui avec un peu de pratique ne posera plus de problème. Veuillez surtout à ce qu'il soit bien centré et parallèle à la peau en position non enclenchée.

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Un autre aspect essentiel du son de la caisse claire est le contrôle des harmoniques hautes. Il faut savoir que certains modèles (plutôt anciens) sont équipés d'origine d'une sourdine intérieure réglable. Si votre instrument en est dépourvu, vous pouvez fixer une sourdine externe amovible sur le cerclage. Certaines peaux disposent d'une sourdine intégrée sous forme de bande circulaire sise sous la surface de frappe (c'est le cas des peaux Evans Genera) ou d'un renfort central (les Remo CS et certains modèles Aquarian). Enfin les peaux à double épaisseur (de type Remo Pinstripe) coupent les harmoniques, mais un tel choix risque d'enlever beaucoup de sensibilité à votre jeu, optez donc plutôt pour une peau à simple épaisseur.

Une autre manière de contrôler les harmoniques est d'avoir recours à la fameuse "bande à Gadd", inventée en faite par son roadie. Il s'agit d'un anneau découpé à la périphérie d'une peau que l'on pose simplement sur celle de frappe. Certains la scotchent légèrement au cercle, mais il est capital qu'elle puisse se soulever et retomber librement. La plupart des fabricants de batterie propose maintenant cette bande au détail sous diverses appellations, comme le MatSound, la livrant même avec leurs caisses claires.

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Reste ensuite les sourdines autocollantes, au premier rang des quelles trône maître gaffa (ou gaffer). Il s'agit d'un ruban adhésif toilé que l'on pose sur la peau, de préférence au point où les harmoniques se révèlent le plus. Certains le placent juste sous le micro si la batterie est sonorisée. D'autres forment avec le gaffa une petite boucle posée à la périphérie de la peau. On peut également utiliser le gaffa pour fixer un tampon de papier ou de tissu. Dans le même esprit, RTom commercialise une bande de silicone autocollante dénommée Moongel que l'on place le plus simplement du monde sur le reborde de la peau. Evans propose les Emad qui se fixent sur le cercle et la peau.

Les sourdines sont souvent nécessaires mais doivent toujours être employées avec modération. Il ne faut pas oublier que les harmoniques donnent de la vie au fût et qu'elles sont partiellement absorbées dans le son global du groupe. Apprenez donc à assumer la résonance naturelle de votre instrument et à ne pas le mater de façon excessive.

Le dernier point préoccupant reste la vibration sympathique du timbre. Lorsque vous frappez sur votre premier tom, ou lorsque jouent les autres instruments, la caisse claire entre en résonance. S'il est possible de légèrement domestiquer cette résonance, elle sera toujours plus ou moins présente. Plusieurs possibilités toute fois: modifier l'accord du ou des toms, orienter différemment le retour de la sono, enduire le timbre de silicone en bombe (une astuce radicale que peu de batteurs connaissent), glisser entre celui-ci et la peau de frappe un sous-bock de bière (son carton et pauvre assuré!), ou jouer sans. Donc sachez l'assumer et n'oubliez pas d'ôter votre timbre quand vous ne jouez pas sur une intro acoustique par exemple. Faites de même entre deux morceaux, vous éviterez ainsi les regards agacés de vos partenaires. En jouant, cette résonance sera complètement noyée dans la musique. Il s'agit là d'un bruit parasite totalement naturel et inévitable, contrairement aux craquements de jacks usés ou des bruits de fond de mauvaise sono. Vous voilà maintenant en possession de toutes les informations nécessaires pour accorder votre caisse claire de façon optimale. Rappelons qu'il est nécessaire de prendre son temps pour arriver à l'accord parfait. Ne cédez pas à la facilité ni au découragement. N'hésitez pas à essayer ce qui vous passe par la tête, à demander conseil à d'autres batteurs, à piocher des idées dans nos différents articles et interviews, bref à enrichir votre connaissance de celle des autres. Peu à peu votre son viendra et vous serez en mesure de pleinement exprimer vos idées musicales.
__ Férid Bannour__

Omar Hakim

Tout le monde se souvient d’Omar Hakim comme le dernier batteur de feu Weather Report. Il fut le moteur du groupe de Sting après Police. Depuis, ce remarquable styliste a mis son talent au service d’artistes aussi divers que Sting, Miles Davis, David Bowie, Dire Straits, Lionel Richie, et même… Madonna !

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Que faisais-tu avant de rejoindre Weather Report ?

Je tournais avec David Sanborn, avec qui j’ai enregistré "As We Speak ", en compagnie de Tom Brown, un trompettiste de jazz soul avec lequel j’ai aussi enregistré. J’ai aussi bossé pour Mike Mainieri, au sein de son propre groupe, mais au préalable avec lui pour un album de Kazumi Watanabé, ainsi qu’avec Carly Simon dont Mike était le directeur musical.

Puis un jour Zawinul t’a contacté ?

J’ai découvert Weather Report quand j’étais à la fac, avec "Black Market". Je n’avais jamais rien entendu de tel. Quand est sorti "Heavy Weather", j’ai été complètement assommé. Marcus Miller et moi avons découvert le groupe ensemble, je lui avais même donné mon exemplaire de "Black Market ". J’ai quitté la fac en 77, et suis rentré dans Weather Report en 82.

Que s’est-il passé entre temps ?

En sortant de cette fac de musique à New York, j’ai annoncé à ma mère que je serais musicien, je me suis dit que j’essaierais pendant deux ans et que si ça ne marchait pas, je ferais médecine. J’ai commencé à jouer avec Tom Brown, Hugh Masekela, Michal Urbaniak, et plein d'autres gens. Peu à peu, j’ai commencé à me faire un nom, on me demandait de plus en plus, j’avais une batterie à demeure dans certains clubs. Quelqu’un comme Miles Davis passait beaucoup de temps dans les clubs à écouter les autres musiciens. Au départ de Peter Erskine, Joe Zawinul a appelé Miles pour lui demander quel était le batteur du moment à New York, même question à Urbaniak. Les deux ont cité mon nom, que Dieu les bénisse.

Tu as auditionné pour Weather Report?

Lorsque Joe a téléphoné je n’étais pas à la maison et ma mère a mal compris le message. Elle m’a annoncé à mon retour qu’un type avec un nom bizarre commençant par un Z avait appelé pour parler du temps ("weather report " signifie bulletin météo en anglais, NDR). J’ai mis un moment pour comprendre avant de ma précipiter sur le téléphone. On a discuté un quart d’heure au téléphone et j’ai été embauché, il avait totale confiance en Miles. Jaco s’étant lancé dans ses projets solo, il fallait aussi un bassiste. Joe m’a demandé si j’en connaissais un, j’ai aussitôt pensé à Marcus Miller, mais il était avec Miles depuis deux mois. Il me restait quelques dates à faire avec Masekela, qui venait d’embaucher un bassiste de Philadelphie, du nom de Victor Bailey. Au cours d’une balance on s’est mis à jammer et je me suis rendu compte qu’il était un super bassiste. Je lui ai recommandé d’envoyer une bande de basse solo à Joe… qui l’a embauché dans la foulée.

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Ce ne devait pas être facile de jouer avec Joe Zawinul et Wayne Shorter ?

Oh que non, surtout au début, il a fallu apprendre leur façon de penser. Je vais te raconter la première répète, tu vas comprendre. J’étais fan du groupe, je connaissais tous les morceaux, j’étais très excité d’aller répéter à L.A. et prêt à tout ingurgiter. Joe nous annonce que la tournée débute dans deux semaines et que l’on ne fera que des nouveaux morceaux. Il sort une partition de huit pages et nous demande de jouer la cinquième ligne de la quatrième page, qui est l’âme du morceau dit-il. C’est un vamp, on joue un petit quart d’heure et voilà qu’on nous annonce la pause. On marche dans le jardin, on discute beaucoup, on raconte des blagues, etc. Le jour du concert approche à grand pas et on ne joue que des petits extraits entrecoupés de pauses. Et je finis pas comprendre que c’étaient ces pauses qui étaient les vraies répétitions ! Sur scène nous ne faisions que poursuivre nos conversations avec nos instruments. Très souvent, Joe me donnait avant le concert un bout de papier sur lequel il avait griffonné une idée rythmique à essayer. Leur musique s’inspirait voire se nourrissait de la vie même. Joe et Wayne ont laissé un merveilleux héritage à la musique et je suis fier d’y avoir contribué.

Avec Sting, tu es rentré dans le monde du rock, ça t’a plutôt changé non ?

C’est là que j’ai découvert ce que c’était que de jouer dans des salles de quinze mille personnes. Mais pour un groupe de jazz, Weather Report faisait déjà un show avec lumières etc. Sting fut également une très bonne expérience musicale pour moi. Il ne s’agissait pas de refaire les disques mais de vraiment apposer ma patte. Chaque soir c’était différent, il y avait beaucoup d’improvisation. Le groupe était excellent, je prenais un réel plaisir à jouer.

Ce groupe a fait grand bruit et a même alimenté des polémiques de par sa composition.

Tout le monde s’est polarisé sur le fait qu’il y avait des musiciens de jazz dedans, ce qui me surprenait car on n’était pas là pour faire du jazz. Il est vrai que les musiciens de jazz ont une ouverture d’esprit qui apporte beaucoup à un groupe de rock, c’est pour ça que l’on fait parfois appel à eux. De toute façon je ne me suis jamais considéré comme un batteur de jazz j’ai toujours tout joué de tout mon cœur, du mieux possible, en considérant chaque expérience comme partie de mon évolution. Ce que souhaitait Sting c’est qu’il y ait une réelle personnalité derrière chaque instrument. Le changement d’orientation de sa carrière fut un coup de maître, seule une personnalité comme lui pouvait faire passer un tel mélange et en faire un succès commercial.

Après toi, il a toujours eu de très grands batteurs…

Avant aussi, avec Stewart Copeland (qui est un monstre) il s’est habitué à ce que la batterie dégage vraiment. Stewart a posé des bases très élevées, Sting doit continuer sur la lancée. Comme dans tout groupe, le batteur a un rôle essentiel, il faut une fondation très solide pour que la musique puisse se développer. Avec Manu (Katché) ou Vinnie (Colaiuta) pas de problèmes de ce côté.
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Tu es autodidacte il me semble ?

Je me considère comme tel, mais j’ai eu deux profs qui m’ont aidé. Vers l’âge de huit ans, Walter Perkins, puis à onze ans Clyde Lucas. Je n’ai pris que cinq ou six cours avec ce dernier, mais il m’a tout appris, c’est toujours ce que j’utilise aujourd’hui. J’ai compris que le plus important est d’être à l’aise derrière ta batterie afin que tout coule librement : de ton esprit à ton cÅ“ur et de ton cÅ“ur à tes bras. Il ne faut pas avoir à penser à ses muscles, seulement à la musique. Être décontracté est la clé de l’instrument. J’ai aussi beaucoup appris de mon père, Hassan, qui jouait du trombone avec Count Basie.

Tu ne travailles plus l’instrument ?

J’ai eu ma période de travail acharné, de onze à quatorze ans. Je ne sortais de mon local que pour manger et dormir. Quand tu joue depuis longtemps, tu sais que c’est ton existence qui fait de ta musique ce qu’elle est, pas les exercices que tu travailles. Lorsque ta vie est belle et riche, tu communiques plus clairement par le biais de ta musique. En plus, j’aime prendre le temps de me reposer en famille, regarder la télévision, me promener, etc. Je suis tellement pris la plupart du temps.

De quel concert as-tu le meilleur souvenir ?

Je me souviens de tous, je pense, J’ai un souvenir ému de mon premier concert avec mon père à l’âge de dix ans, ainsi que du premier avec Weather Report, au Deacon Theater. Il y eut aussi celui avec Sting au Radio City Music Hall. En fait, il y a beaucoup d’instants qui sont restés chers à mon cœur.

Comment travailles-tu en studio ?

Beaucoup de batteurs font une différence entre la scène et le studio, pas moi. Une fois encore je parle d’expérience. A mes débuts je jouais différemment en studio, plus maintenant après quinze ans de métier. La plupart des disques sont faits au click, il faut savoir jouer dessus sans sonner raide, c’est l’essentiel de mon rôle en studio. J’aborde chaque séance avec un esprit neuf, vierge de tous préjugés. En général, tu as plutôt une maquette qu’une partition. Je l’écoute attentivement pour saisir l’esprit recherché puis je propose plusieurs options de jeu. On essaye celles-ci, si elles ne plaisent pas, je recommence d’autres variations. Je ne cherche pas à accumuler les séances, je ne souhaite que servir de mon mieux des artistes. Il se peut cependant que l’on reconnaisse mon style ou mon son parfois.

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Je sais que tu es très attaché à ton son justement, et pointilleux sur les réglages.

J’ai un excellent technicien, Paul Davies. Il accorde ma batterie avec un accordeur, sur des notes. Ma caisse claire principale est en Sol, ma piccolo est à la tierce, mes toms sont en La ou Si, puis Do, ensuite Fa ou Sol, ça dépend de la température en fait, le 15" doit être en Ré ou La puis le dernier, plus flou, en Sol. Beaucoup de gens qui jouent sur ma batterie la trouve assez tendue mais j’ai appris ça en jouant dans des stades ou autres. Souvent, la salle est tellement grande que la batterie résonne déjà beaucoup, je m’accorde alors assez haut et la résonance vient de la salle. En plus on s’accorde avec la sono, pas sur le son naturel, sauf en club bien sûr. Certains croient qu’en s’accordant bas ils vont avoir le gros son, mais c’est l’intervalle entre tes fûts qui donne l’impression d’avoir un gros son en fait. Un accord plus haut rend finalement ta batterie plus claire et plus puissante.

Tu joues moins fort qu’on ne le croit souvent.

En fait je ne joue pas fort physiquement, mais je sonne comme si je jouais fort. J’ai découvert que quand le groupe est à fort volume, il vaut mieux accentuer ta concentration que taper plus fort. Plus tu es concentré, plus tu sonnes puissant. Il y a beaucoup d’erreurs à ce sujet, on entend toujours la batterie beaucoup plus fort qu’on ne le pense. J’essaie de toujours résister à la tentation de bastonner, car dans ce cas la batterie ne sonne plus bien. Au lieu de jouer plus fort, jouez plus concentré et plus solide.

Propos recueillis par Férid Bannour

Dicobol

Parlez vous batteur ? Si pas encore complètement, voici un bref lexique des termes les plus courants.

bat1__500_x_416_.jpg Back beat: coup accentué à la caisse claire sur les temps faibles d'une mesure en 4/4, soir les deuxième et quatrième temps. Se dit aussi After beat.
Break: arrêt brusque dans un morceau de musique.
Buzz roll (ou press roll): roulement écrasé en rebond.
Chabada: principale figure rythmique du jazz jouée sur la cymbale ride. En anglais: ding a ling.
Charleston (charlé, charley) : paire de cymbales actionnées par une pédale, qui remplaça les cymbales à main des fanfares. Désigne Également la pédale elle-même. Elle tire son nom de la danse du même nom. En anglais: hi-hat.
China (ou chinoise): cymbale dont les bords sont relevés, par opposition avec les cymbales dites turques, à bords tombants.
Chorus: en français, solo. En anglais, refrain.
Click: métronome en retour casque. Désigne également le coup frappé sur le cercle par la baguette posée en travers de la peau. Se dit aussi cross stick.
Clinic: démo de batterie, parfois pédagogique, souvent commerciale.
Crash: cymbale d'accent.
Cross stick: voir click.
Double embase: se dit des pieds (de cymbales) disposant d'une double barre sur leur tripode.
Endorser: anglicisme pour désigner le contrat liant un artiste à une marque.
Fla: deux coups frappés presque simultanément, avec un léger décalage.
Fill: figure composée sur divers éléments de la batterie, jouée pour relancer le morceau ou marquer des ruptures. Appellé break par les non batteurs. On dit aussi remplissage.
Frisé: coup alterné de chaque main. En anglais : single stroke.
Gaffer (ou gaffa): adhésif toilé, utilisé à tous les postes du mÉtier, par exemple pour fixer les câbles au sol. A la batterie, utilisé pour assourdir un fût.
Ghost note (note fantôme): note jouée nettement plus faible que les autres. Sert à faire vivre le jeu en le personnalisant.
Groove: désigne un rythme de batterie, on dit aussi tournerie. Egalement utilisé pour dire d'un morceau qu'il bouge bien. Equivalent binaire du swing.
Hi hat: voir charleston.
Inch: pouce, unité de mesure anglaise Équivalant à 2,54 cm, universellement employée pour les dimensions des fûts et cymbales.
Jazz: style de musique, mais aussi terme désignant la batterie en France avant-guerre (prononcer jâse).
Kick: en anglais, grosse caisse.
Laid back: expression qui qualifie un jeu décontracté en arrière du temps, pas d'équivalent français.
Loop: en anglais, boucle. En français, séquence.
Master class: cours magistral donné par un grand batteur.
Moulin: figure en doigté composé. En anglais: paradiddle.
Ostinato: figure rythmique répétitive.
Overhead: micro d'ambiance, souvent disposé au-dessus de la batterie.
Pad: tampon silencieux d'entraînement. Désigne Également les simili fûts ou cymbales d'une batterie électronique.
Papa-maman: deux coups alternés de chaque main, base du roulement standard. En anglais : double stroke.
Paradiddle: voir moulin.
Play-back: bande pré-enregistrée sur laquelle les musiciens jouent ou font semblant de jouer. Désigne également une piste sans batterie utilisée en support pédagogique.
Ping: désigne l'attaque d'une baguette sur la cymbale.
Pitch: fonction d'un instrument électronique permettant de varier la hauteur du son.
Press roll: voir buzz roll.
Ra: coup roulé.
Rack: structure modulable à l'envi sur laquelle on fixe les divers éléments de la batterie, en lieu et place de pieds.
Re-recording: enregistrement de pistes en superpositions. On dit également overdub.
Ride: grande cymbale plutôt précise utilisée pour marquer le rythme.
RIMS: Rim Isolator Mounting. Système de Purecussion, précurseur de l'attache tom suspendu, tombé dans le domaine public et quasiment devenu terme générique.
Rim shot: coup puissant frappé simultanément sur la peau et le cercle avec la même baguette.
Rivière: rangée de tubes métalliques suspendus. En anglais: chimes.
Rhodoid: revêtement en matière plastique recouvrant les fûts de batterie non vernis.
Sample: Échantillon numerique.
Sampler (sampleur) : Échantillonneur numerique.
Shaker: instrument de percussion cylindrique rempli de graines.
Shuffle: rythme ternaire significatif du blues, soit une figure de triolet avec la note centrale muette.
Silent block: entretoise en caoutchouc isolant le fût de son accastillage pour supprimer tout bruit parasite.
Snare: en anglais, timbre.
Snare drum: en anglais, caisse claire.
Splash: petite cymbale d'accent.
Sustain: tenue ou durée d'une note.
Swing: pulsation entraînante. L'essence du jazz. Equivalent ternaire du groove.
Tilter: pince maintenant la cymbale supérieure de charleston sur la tige de rappel. Par extension, tout support de cymbale.
Timbales: tambour en cuivre semi sphérique utilisé dans les orchestres symphoniques. En anglais, tympani.
Timbalès (timbales cubaines): courts tambours en métal, généralement par deux, utilisés dans la salsa.
Tracking: copie de deux pistes d'enregistrement sur une troisième.
Trigger: anglicisme pour déclencheur. Appareil qui transforme un coup frappé en son stocké dans une bande numérique.
Up tempo: rythme rapide, enlevé.

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Férid Bannour

Zildjian Pitch Black

Il semble que depuis la prise en mains de la marque par ses filles, et la disparition d'Armand, Ziljdian accumule les nouveaux produits qui n'en sont pas. En 2007, c'était la sortie des justement nommées Armand, qui n'étaient qu'une légère variation de simples Avedis Thin, comparables aux vieilles A qui pullulent sur les sites d'annonces à prix dérisoires. Pour faire passer la pilule, on a présenté ça comme les cymbales de la génération Peace and Love. Mieux vaut en rire. Imaginons que dans quarante ans Zildjian sorte des cymbales qui prétendront rappeler celles de maintenant, et qu'elles soient baptisées les Iraqi War, on prendra la mesure du ridicule de ce marketing.

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Pour Zildjian, la nouveauté 2008 s'appelait Pitch Black. Pour situer le contexte, rappelons que Paiste a été le premier à faire des cymbales de couleur en 1984, noires et rouges. De même que ce fabriquant a inventé la Sound Edge, une cymbale de charleston inférieure ondulée pour éviter l'air-lock, copiée par Zildjian sous le nom de Mastersound. Il a été aussi le créateur des flat rides, copiées par tous, et de la série Rude, des modèles non tournés destinés aux gros cogneurs, qui ont inspiré les Z de Zildjian.

Tandis que le frère ennemi Sabian se distingue avec des séries réellement nouvelles, Zildjian continue de copier allègrement Paiste. Aujourd'hui, le marché à prendre est celui des modèles milieu de gamme, majoritairement constitué de jeunes batteurs de rock puissant. Des outsiders comme Meinl, Ufip, ou Stagg ont su capter cette clientèle avec des produits attractifs. Il fallait réagir. Les meilleures Paiste bas de gamme étant les Alpha, à prix moyen, sont apparues les Black Alpha. La série a simplement été peinte en noir, et agrémentée du logo de Slipknot, dont le batteur est endorsé Paiste, et voilà de quoi faire la nique aux Black Metal de Stagg. Dans la foulée, Zildjian est arrivé en dernier sur la place avec ces Pitch Black. Comme Paiste, il s'est contenté de prendre sa meilleure série bas de gamme et la repeindre en noir, ou presque. Là aussi, on revendique la clientèle des gros cogneurs. En d'autres termes, on espère que, faute d'avoir des oreilles, les gamins auront les yeux qui brillent.



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Les Pitch Black, qui sont les premières Zildjian de couleur, sont faites dans l'alliage des ZHT, appelé B12, parce qu'il comprend 88% de cuivre et 12% d'étain. Ce type d'alliage n'est employé que pour des modèles plutôt bas de gamme, que sont les ZHT. La principale différence avec la série d'origine est que le vernis noir rend ces cymbales plus épaisses et plus solides, d'autant plus que certaines sont plus épaisses que les ZHT. La courbure est légèrement différente, ainsi que la forme de la cloche. Zildjian ne s'est pas donné la peine de vernir l'intérieur des cymbales de charleston, par pure économie. Mais le justifie en affirmant que c'est pour plus de projection. En d'autres termes, avoue maladroitement que le vernis freine le son.

Pour coller à la tendance actuelle des gros volumes, j'ai testé un ensemble fait d'un charlé de 15", une ride de 22", et une crash de 18". Le charlé est un Mastersound, avec ce bord ondulé qui permet à l'air emprisonné entre les deux cymbales d'être chassé plus vite. Il est évidemment assez puissant, sans que ce soit délirant non plus. Le ping est net, mais pas assez tranchant. Même en 15", il n'est pas sûr que ça s'entende bien dans un mur de guitares saturées.

La cloche de la ride est surdimensionnée, de quoi générer une attaque claire et puissante. De ce côté-là, la puissance est au rendez vous. C'est une vraie ride de rock, qui donne un ping clair et net, mais pas trop sec pour autant. Si elle est franchement "heavy", elle n'est pas "dry" pour autant. Les jeunes métalleux pourront même être surpris par la quantité relative d'harmoniques, bien plus fournies que sur une Rude ou une Z. On ne peut pas vraiment la crasher pour autant. C'est la même chose pour la crash, plus baveuse qu'on ne croirait. Certes, la réponse est rapide, l'attaque puissante, avec du corps, mais sans pour autant se fermer très vite.

La tonalité générale de ces cymbales se situe dans les médiums aigus, avec une sonorité métallique un peu ferraille, propre aux modèles milieu ou bas de gamme. On ne peut pas dire que ce soit des plaques de tôle, loin de là, mais parler de bonnes cymbales serait excessif. Ce sont des cymbales moyennes, vendues à prix moyen. Leur seule personnalité vient de leur look, copié rappelons le sur d'autres séries d'autres marques.

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On peut résumer les choses en disant qu'il s'agit de cymbales qui ne sonnent pas terrible au naturel, recouvertes d'un vernis noir. Il faut les prendre en grandes dimensions et les frapper très fort pour en tirer quelque chose. En termes de marketing, c'est ce qu'on appelle des cymbales pour jeunes batteurs de métal. Une chose est sûre, ce n'est pas du métal précieux. Reconnaissons que le prix n'est que légèrement supérieur à celui des ZHT. Mais ce n'est en aucun cas des Z abordables, comme certains voudraient nous le faire croire.

On est très loin des fameuses Paiste Color Sound. Disons qu'elles sont meilleures que les Stagg mais moins bonnes que les Alpha. Un jeune batteur habillé en noir, qui joue sur une batterie noire avec des peaux noires craquera forcément dessus. Mais si on a des oreilles et qu'on aime les cymbales, on aura vite fait de les surnommer Merde In Black.

Ferid Bannour

Cindy Blackman

Elle est belle, elle a du talent, elle est adorable. Si elle s'est faite remarquer auprès de Lenny Kravitz, elle est avant tout une batteuse de jazz reconnue, aussi à l'aise dans le registre acoustique que dans le fracas électrique. Ne vous fiez pas à sa frêle carrure, la demoiselle a une sacrée frappe. Il s'agit là d'une compilation de deux interviews.

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Mai 1994

Ton jeu évoque à s’y méprendre celui de Tony Williams.

Tony est mon idole, il est le premier grand batteur que j’aie vu, j’avais seize ans ; il m’a alors fait une très grosse impression qui ne s’est toujours pas estompée. J’avoue qu’il est mon influence majeure.

Tu es sous contrat avec Sonor, mais pourtant tu es une aficionado du son Gretsch. Qu’as-tu joué sur ce disque ?

(Air coquin.) Qu’est-ce que tu en penses, toi ?

Je jurerais entendre le son Gretsh, mais je peux me tromper, quoique…

Gagné ! (Rires.) Tu me vois fort embarrassée (effectivement, elle a l’air, NDR).

Et moi confus. Parle-moi plutôt de ta collaboration avec Lenny Kravitz alors.

(Rires maximaux.) Que veux-tu savoir à ce sujet ? J’ai passé une audition et j’ai eu la place. C’est aussi simple que ça. C’était en janvier 93, on a commencé à tourner en mai et on finit en août de cette année.

On dit qu’à un moment il t’avait virée avec pertes et fracas puis, finalement, t’aurait demandé de revenir.

J’ai eu vent de cette rumeur, je ne sais d’où elle vient. Après avoir tourné aux USA et au Canada, quand je suis rentrée chez moi pour me reposer un peu, quatre jours en l’occurrence, tout le monde pensait que j’avais été virée. Que je sache, je suis toujours dans ce groupe, et à ma connaissance ni lui ni moi envisageons de ne plus collaborer.

On le dit assez difficile à vivre, qu’en est-il exactement ?

Hum… Disons qu’il est un peu spécial, il a parfois une curieuse façon de dire les choses et il est très exigeant sur ce qu’il veut entendre. Il a plusieurs facettes. D’un côté, c’est quelqu’un de charmant, chaleureux, avec lequel il est très agréable de travailler. Mas il a également un aspect travailleur acharné, extrêmement sérieux tyrannique, qu’effectivement certains peuvent trouver déplaisant. En ce qui me concerne, j’arrive à ne pas en prendre ombrage.

Comment as-tu adapté ton jeu à ses exigences ?

Il y a beaucoup de musiques que j’apprécie et qui se trouvent être parmi ses influences déterminantes, notamment Jimi Hendrix et Led Zeppelin. Ces deux là m’ont bien servie avec lui, plus des trucs pop et funk que j’écoutais quand j’étais gosse et qui fonctionnent bien dans sa musique. Il m’a demandé de reprendre les parties qu’il avait jouées sur ses disques, ce que j’ai fait en rajoutant des choses de mon cru.

Tu arrives aisément à combiner tes activités d’accompagnatrice pop et de musicienne jazz ?

Dans chacun des styles, la batterie a une fonction bien précise à assurer. Avec Lenny, je veille à ce qu’elle n’outrepasse pas son rôle. Ce que je joue avec lui n’irait pas dans mon groupe, et inversement. En faite, j’essais de ne pas faire de fautes de goût.

Travailler avec lui a dû t’ouvrir des protes que tu avais déjà entrouvertes, tu envisages de faire des séances pour des artistes pop ?

Il est certain que je vais en faire, j’ai déjà eu de nombreuses propositions. Mais je suis pour l’instant très prise par Lenny. Plus tard, quand je serai plus libre, je ferai d’autres choses de ce style. J’avoue que j’aime beaucoup jouer du rock et me produire dans de grandes salles.

Lenny Kravitz est également très soucieux de l’aspect visuel de son produit, quelle est cette vieille batterie que tu utilises avec lui ?

La bleu pailleté ? Tout le monde croit que c’est un modèle de collection mais pas du tout. Elle a l’aspect d’une Ludwig vintage, mais il s’agit en fait d’une batterie que Sonor m’a spécialement confectionnée pour tourner avec Lenny. Tout le monde tombe dans le panneau (rires).

Tu ne crains jamais de perdre ta technique si tu t’éloignes trop souvent du jazz ?

Non, car je suis vraiment une adepte de la pratique quotidienne. En tournée, je ne le fais pas assez, encore qu’à la première occasion j’aille taper le bœuf. Mais à la maison, je travaille intensément. J’insiste sur la lecture, l’indépendance, et des variations de rudiments appliqués sur toute la batterie.

Tu as de nombreux projets différents dans un proche avenir ?

Pour être franche – et paradoxale -, je dirais que je n’aime pas me disperser mais que j’aime pourtant faire beaucoup de choses. Après mon engagement avec Lenny, je verrai ce qui se passera. Je veux jouer le plus possible avec mon groupe, élargir mon expérience, aller de l’avant sur la voie d’un son nouveau, tant pour le groupe que pour la batterie. Il se peut que j’incorpore quelques couleurs électroniques, mais ça restera toujours essentiellement de la musique acoustique.

Penses-tu que tu pourrais vivre seulement du jazz ?

(Rires encore.) J’aime à croire que je le pourrais. C’est certes difficile. La pop est d’un accès plus aisé, et donc mobilise le plus grand nombre. Il est bien plus facile d’en vivre que du jazz.

Tu exploites largement ton image, le fait d’être une femme t’a-t-il aidée en tant que « batteur Â» ou plutôt desservie ?

Les attitudes sont très variables à mon égard. Certains sont choqués de prime abord, d’autres sont enchantés, et d’autres n’en ont rien à fiche. Il m’arrive le plus souvent de bénéficier d’un à priori positif, même avant que l’on m’ait entendue. Mais certains, en voyant une femme à la batterie, cherchent à tout prix à trouver quelque chose qui n’irait pas, ils écoutent très attentivement, guettant la faute. Pour moi, le sexe ne créé aucune différence, pas plus que la race, la religion ou les goûts alimentaires. La seule chose qui compte est ce que tu as dans le cœur et ce qui sort de ton instrument.

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Septembre 1996

A te voir bastonner avec Lenny Kravitz, beaucoup seraient surpris d’apprendre que tu es une musicienne de jazz à l’origine.

C’est une façon de jouer très différente en effet. Quand je joue du jazz, je dispose d’un plus large vocabulaire et je dois surtout faire montre de sensibilité. Je fais ce boulot de rockeuse depuis un moment maintenant c’est vrai, mais cela ne signifie pas que j’ai trahi la cause du jazz. Au contraire, j’aime cette musique plus que jamais.

Les batteurs de jazz sont généralement mal à l’aise dans un tel contexte. Ils jouent du rock avec un peu de mépris et le font mal. Alors que toi tu sembles connaître toutes les ficelles.

Quand j’étais gosse, il y avait de tout à la maison. Ma grande sœur avait des goûts d’adolescente, elle écoutait les Beatles, les Stones, Hendrix et tout ça. Mon frère aîné était plutôt jazz mais très ouvert. Ma mère était une violoniste classique, qui avait renoncé à jouer pour nous élever mais nous emmenait parfois à des concerts symphoniques. Mon père est un grand fan de jazz, tout comme moi. Et ma petite sœur est branchées variété. Donc, j’ai toujours tout écouté.

Tu étais la batteuse de jazz qui joue avec Kravitz, il semble que maintenant tu soies plutôt la batteuse de Kravitz qui joue aussi du jazz ?

Pour moi, un musicien accompli est quelqu’un qui est capable de jouer dans plusieurs registres. J’aime la musique électrique de Miles Davis ou Tony Williams autant que leurs œuvres acoustiques.

Quand tu joues jazz, l’influence de Tony est évidente ; en revanche ta manière de jouer binaire est bien différente de la sienne.

Je crois que c’est simplement parce que ça n’irait pas du tout avec la musique de Lenny. Le jeu de Tony est très évolué, il est en quelque sorte totalement interactif. Je n’ai en aucun cas un tel rôle dans le groupe de Lenny. Je pourrais bien sûr le faire car j’entends toujours Tony en moi, mais ce serait totalement déplacé. J’avoue que parfois, en jouant avec Lenny, je m’imagine ce que ça donnerait de le faire à la Tony. Crois-moi, ça sonnerait.

Pourtant, en ce qui concerne tes propres groupes, tu n’as toujours pas eu que des formations acoustiques. Tu n’as jamais eu envie de jouer électrique à ton compte ?

Fondamentalement, je préfère la musique acoustique. C’est le son des instruments que j’aime. Mais il est vrai que j’aime aussi la musique électrique, et un tel groupe fait partie de mes projets ultérieurs. En fait, j’ai déjà eu un groupe électrique, mais c’était il y a longtemps, quand j’étudiais à la Berklee School. J’adorais ça et je le referais certainement un jour.

Concernant Lenny Kravitz, on évoque souvent le fait qu’il utilise des instruments vintage. Tu pense que c’est vraiment important ou que c’est un genre qu’il se donne ?

Si on fait appel à des instruments anciens, ou des amplis ou des magnétos anciens, c’est pour le type de son qu’ils produisent. Un son de qualité est un son de qualité, point. Dans le cas d’instruments comme la batterie, qui sont en bois et nécessitent un temps de mûrissement, le matériel neuf ne sonne pas aussi bien dans beaucoup de cas. Et ce n’est souvent qu’une question de vieillissement plus que de procédés de fabrication. Ceci dit, j’ai une batterie neuve, une Sonor Signature Speciale Edition, qui sonne incroyablement bien. C’est celle que j’ai utilisée sur mon dernier album. La motivation première reste la qualité du son, toujours.

Tu n’utilises pas la Sonor Designer, un instrument trop complexe peut-être et lourd à transporter ?

En dépit des apparences, la Designer est très facile à utiliser. Il y a énormément de paramètres à régler mais toutes les manipulations sont faciles, les molettes sont très souples et les réglages précis. Quand au poids, je ne porte plus moi-même ma batterie depuis un moment. Si je joue le plus souvent sur la Signature c’est simplement que j’adore sa sonorité.

Contrairement à la plupart des batteurs actuels, tu utilises généralement assez peu de cymbales.

En effet. Sur mon kit personnel, à la maison, j’en ai deux, comme avec Lenny. J’en ai parfois trois, jamais plus de quatre en tous cas. Et je joue indifféremment en ride ou en crash sur chacune.

Sur ses disques, Lenny joue lui-même les parties de batterie. C’est parfois intéressant mais pas toujours très « batteur ». Comment gères-tu cela quand tu dois rejouer ces morceaux ?

Sur la plupart des chansons, je reproduis le disque, comme chacun des musiciens du groupe. Ce qui explique pourquoi je ne joue pas comme Tony Williams l’aurait fait (rires). Mais il y a des endroits où je mets un peu de ma personnalité malgré tout, sans que cela ne soit gênant. Le boulot, c’est de savoir quand en mettre ou pas. Je joue avec lui depuis longtemps, je le connais vraiment bien musicalement, et je sais quand je dois en rajouter ou non. Ca va tout seul maintenant.

Quel genre de boss est-il ?

Très exigeant (rires). Mais j’aime ça, ce n’est pas négatif à mes yeux. J’aime les gens qui savent ce qu’ils veulent, ce qui est son cas la plupart du temps. Je ne sais pas combien de temps ça va encore durer mais je suis très satisfaite pour l’instant.

Tu es partie intégrante du show, les gens te remarquent. Dans le rock, l’aspect visuel fait aussi partie du boulot ?

Absolument. L’image est importante de nos jours, quoi que tu fasses en fait. Mais cette année j’ai une image plus naturelle avec lui. Je ne porte plus de perruques par exemple. Mais bon, ça ne me gêne pas d’être habillée comme une poupée, ça m’amuserait plutôt. Plus sérieusement, tous les gens qui ont laissé une trace avaient une image très forte. Regarde Miles, à n’importe quelle époque, à n’importe quel endroit, il avait toujours une allure extraordinaire. Et Billie Holiday, quelle merveilleuse image ! Et la dégaine d’Art Blakey ! Pour en revenir à mon look, on m’a souvent fait des remarques aigres-douces, notamment dans le milieu jazz. Mais ça ne change en rien la musique elle-même.

Justement, pour tes albums de jazz, tu exploites une image de belle femme très désirable.

Tu trouves ? Merci du compliment.

Propos recueillis par Férid Bannour

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Depuis, Cindy a été endorsé chez Gretsch, comme son idole Tony Williams. Il y a quelques mois, elle reprenait une composition du Lifetime, dans un club allemand.


Cindy Blackman Group live in Munich, April 6 2009 Part 1

BOL vs 4.0

Bienvenue sur BOL, dans da quatrième mouture.

Batteur Online a été créé en juillet 2004, dans sa première mouture. C'était à l'époque un site très riche et sophistiqué, avec beaucoup de contenu, des extraits musicaux et des séquences vidéo. Mais il été rapidement constaté qu'à l'usage les internautes préfèrent les sites assez simples et rapides à charger, sur lesquels ils se sentent chez eux. Ils ont baptisé le site BOL, se qualifiant eux-mêmes de BOLiens. Une deuxième version du site a été mise en place en février 2005, cette fois-ci très simple, en privilégiant la participation des visiteurs. La troisième version a tiré la leçon des deux précédentes pour devenir en janvier 2007 un weblog rapide et intuitif. Les infos temporaires sont effacées au fur et à mesure, pour ne laisser subsister que les articles qui génèrent quotidiennement un gros trafic, même s'ils sont relativement anciens. Il y a également un forum très actif. Si les visiteurs proviennent à ce jour de plus de 80 pays, la grande majorité d'entre eux sont français (70%), belges, suisses, et québécois. Tous les articles en ligne sur BOL ont été entièrement écrits par l'équipe du site. Tous les batteurs interviewés l'ont été de vive voix, tout le matériel chroniqué a réellement été joué. Ce qui n'est pas toujours le cas sur les autres sites, ni dans la presse papier. Que le groove soit avec vous.