Passionné est le premier mot qui vient à l’esprit quand on évoque Roger Biwandu. Non pas un passionné rêveur et superficiel, mais au contraire un véritable passionné, qui se donne les moyens d’aller au bout de son rêve, de donner vie à sa passion, en allant toujours plus de l’avant. Ce bordelais a véritablement débuté sa carrière avec Tribal Jam, un groupe de hip hop de sa région. Les batteurs l’ont découvert lors de la première Batnight, où il représentait Zildjian et Ludwig. Sa réputation est ensuite allé grandissante, ses qualités de batteur allant de pair avec ses qualités humaines. Roger est connu pour être un sacré batteur et un homme adorable. On l’a vu jouer du jazz rue des Lombards, notamment dans Chic Hot, groupe devenu légendaire, on le voit aussi faire le tour du monde avec Salif Keita, et on le voit aussi partout où il se passe quelque chose dans le monde de la batterie. Ne se reposant jamais sur ses lauriers, il travaille son instrument encore et encore, ne lâchant les baguettes que pour aller écouter d’autres batteurs, faire partager son enthousiasme pour l’un ou l’autre, n’hésitant pas à arranger des interviews pour la presse spécialisée. C’est dire son implication dans la batterie.

Quand on su qu’il préparait un album solo, on s’est posé des questions. Allait-il tomber dans le piège de l’album de batteur ? En effet, il aime le jazz acoustique, mais aussi la fusion et le rock californien. Il aurait très facilement pu faire un album mi électrique mi acoustique, avec quelques chansons. Le tout sous l’angle du catalogue de compétences, avec quelques featurings prestigieux, quelques tourneries vicieuses et deux ou trois solos carabinés. Mais voilà, la passion de Roger n’est pas exclusive. Ce qui l’anime ce n’est pas la batterie en tant que telle mais la musique, et au-delà tout ce qui est vie, relations, échanges, partage. Dans le civil, Roger est également rugbyman. Il pratique tant qu’il le peut dans l’équipe de sa ville. Et cet esprit rugby, il voulait le mettre dans son album. Et finalement, quoi de plus logique qu’un authentique jazzman se passionne pour ce ballon aux imprévisibles rebonds, pour cet engagement collectif qui se nourrit de contacts authentiques sans ménagements ?

Cet album qui s’ouvre avec le haka des All Blacks doublé sur les toms basses est un pur disque de jazz acoustique contemporain. Roger a choisi une esthétique, et s’y tient. Il n’est pas leader mais coach d’une équipe au service de sa musique, dans laquelle on retrouve de nombreux talents de la scène actuelle, comme Taffa Cissé, Christophe Cravero, Nicolas Folmer, Hervé Gourdikian (son complice De Chic Hot) ou Remi Vignolo (également batteur à ses heures). Les compositions sont originales, à l’exception d’un titre composé par Vinnie Colaiuta en hommage à Tony Williams. On est très proche de l’esprit et du son des groupes de Branford Marsalis.

Si Roger est un grand admirateur de Vinnie, qu’il appelle Dieu, au point d’avoir un set-up quasi identique au sien, il est aussi un grand fan de Jeff Tain Watts. Et l’on peut dire que c’est du jeu de ce dernier que Roger s’inspire le plus sur cet album. Très rentre-dedans, avec une belle énergie, mais tout en étant à la fois terriblement terrien, solide, assumé. Les éclairs qui jaillissent ça et là sont comme des éruptions volcaniques, quine font jamais oublier qu’au centre le cœur brûle pour alimenter la machine.

Ne vous imaginez pas entendre un album de batterie plein la gueule pour faire le beau, mais au contraire un disque de musique plein le cœur pour donner du beau. Connaissant Roger, on ne s’étonnera pas qu’il ait choisi de mettre son immense talent au service de la musique, car c’est ce qu’il a toujours fait. Ici, la musique est sienne, et elle est belle.