Le Musikmesse de Francfort est sans conteste le plus grand salon mondial de la Musique, qui aura lieu cette année également à St Petersbourg en juin, et en octobre à Shanghai. Il ne peut être comparé aux deux NAMM américains, réservés aux seuls professionnels. A Francfort, si le business est roi, le public y est également le bienvenu. C'est pourquoi la quasi-totalité des fabricants mondiaux de batterie y sont présents. On aura un sourire indulgent pour les pitoyables tentatives quinquennales françaises, qui ne réussissent même pas à réunir ne serait-ce que la moitié des importateurs locaux.
Le Musikmesse, c'est presque une petite ville, avec ses navettes gratuites qui relient les différents bâtiments. L'organisation est typiquement allemande, en d'autres termes tout est parfait sauf la signalétique. Les BOLiens avaient baptisé le voyage "Opération Saucisses", c'est effectivement tout ce qu'on trouve à manger sur place, en buvant de la bière très légère.
Chaque étage de chaque bâtiment (il y en a neuf au total) est dédié, sauf exception, à une catégorie d'instruments. Pour la batterie, cette année, c'était le rez-de-chaussée du bâtiment 3. Dans un énorme hangar, des stands accueillent des exposants de toutes sortes, chacun aménageant son lieu à sa guise. Les grandes marques disposent même parfois d'un petit auditorium insonorisé pour accueillir certains de leurs endorsés en démo. D'autres, plus modestes, se contentent de quelques mètres carrés pour présenter leurs produits.
Chaque année, on prend ici la mesure des tendances, comme pour tous les salons en général. Le cru 2007 témoigne donc essentiellement d'une recherche de coloris originaux, et un certain intérêt pour les fûts courts, voire très courts. Rien de vraiment nouveau par ailleurs, du côté de la fabrication des fûts ou de l'accastillage, simplement des variations sur les concepts existants.

L'un des plus gros stands était celui de Pearl. La marque japonaise y mettait en valeur sa nouvelle série Masters, au logo redessiné, avec de très belles finitions mates, et l'apparition d'un Gong Drum, aussitôt adopté par Dennis Chambers.

Dans les séries plus modestes, mais néanmoins de fort belle facture, on appréciera cette configuration Ian Paice, dans un coloris qui n'est pas sans rappeler la Gretsch de Vinnie, ou la Tama de Lars.

Le top de la marque reste bien sûr la fameuse série à la carte Masterworks, avec de nouvelles finitions bicolores.

Rien de vraiment nouveau chez Tama, qui se contente de décliner ses baroques visuels Warlord, pour séduire la clientèle métal. Outre le design gothique de l'accastillage, on appréciera le chanfrein creux des fûts métalliques, pour une plus grande résonance.

Cette marque suit le mouvement en proposant aussi des fûts ultra-courts, appelés Hyper Drive, avec des normes de 10" x 6 ½", 12" x 7", et 14" x 8". Ce que faisait DW il y a déjà dix ans.

Chez Mapex, on continue à décliner la série des caisses claires Black Panther, tout en saluant fièrement l'arrivée de Will Calhoun au sein des endorsés.

Là encore, de superbes coloris sont proposés, dans toutes les gammes de la marque, qui ne sont pas vraiment renouvelées, simplement relookées.

Notre bien-aimé webmaster, Clément San, a rencontré l'élue de son cœur sur le stand Sonor, où il s'est auto-endorsé moyennant finances (tiens, on se croirait chez un certain importateur français). Rien moins que la déjà mythique série SQ2 qui renvoie la mythique Designer aux oubliettes, c'est tout dire.

Plus modeste, mais toujours du vrai Sonor bien teuton, la S-Class devient S-Classix, avec des coloris bien sympas.

La Delite reste inchangée, tandis que les séries asiatiques se terminent maintenant en 7. Il s’agit donc des Force 3007, 2007, 1007 et 507. Devinez comment elles s’appelleront l’année prochaine ? L’avantage est qu’un magasin ne pourra plus vous refourguer un vieux modèle en prétendant que c’est une nouveauté. J’en connais qui vont faire la gueule.

DW fêtait ses 35 ans en beauté, avec encore et toujours des modèles très voyants.

John Good, le patron de la marque, nous a avoué qu'il ne comprenait toujours pas comment fonctionnait le marché français, et s’étonne encore des méthodes et résultats de ses importateurs successifs. Il reste cependant confiant en la société allemande qui le distribue maintenant en France.

Par ailleurs, DW vient de mettre au point un procédé de fabrication de baguettes qui renvoie le concept Vic Firth au rayon d'aimable plaisanterie.

Jim Destefano nous les présente fièrement, en nous expliquant que le problème des batteurs, c’est qu’au bout d’un moment une baguette est plus usée que l’autre, donc on a un déséquilibre dans les doigts. C’est pourquoi elles seront vendues par pack de trois. Non seulement elles sont rigoureusement identiques au microgramme près, mais on peut les choisir avec le poids vers l’olive ou vers le cul, pour avoir la sensation d’une baguette plus lourde ou plus légère, tout en ayant exactement les mêmes cotes.

Du côté des grandes marques de cymbales, rien de vraiment nouveau. Zildjian avait un stand assez modeste, axé essentiellement sur le business. Quelques modèles en présentation, mais surtout des cabines pour signer des contrats. Idem pour Sabian, avec un stand un peu plus grand, et quelques séances de dédicaces pour mettre un peu d’animation. On y a même vu Billy Cobham, venu en voisin, sans jouer. Paiste avait un tout petit auditorium, et Meinl un beaucoup plus important, où ses endorsés locaux faisaient les 3x8. Là encore, peu ou prou de véritables nouveautés.

Chez UFIP, comme toujours de très bonnes cymbales, mais une communication inexistante. On saluera l’apparition de l’économique série Tiger au look original, et celle des Extatic. Les diverses marques turques, Istanbul Agop ou Mehmet, et leurs dérivés Bosphorus, Anatolian, Turkish, etc, avaient des stands presque identiques, incapables de se démarquer les uns des autres aux yeux des visiteurs, tout comme leurs cymbales, généralement de très bonne qualité.
Par contre, certaines petites marques ont su éveiller notre attention, comme Dream, Amedia, ou Aegean, qui fabrique également des fûts et des kits.


L’américain Factory Metal attire l’œil avec ses modèles originaux, des Ice Bells en forme de croix celtique ou des cymbales plates et tordues. C’est amusant, anecdotique, un peu cher, et ça ne sonne pas toujours terrible.

Les BOLiens ont pu faire la connaissance d'un des plus grands artisans de la batterie contemporaine, rien moins que Ray Ayotte.

Ce canadien a commencé par avoir un petit atelier où il construisait, avec une équipe de passionnés, de fantastiques batteries, entièrement faites à la main. Mais un jour ses associés ont voulu développer la marque industriellement. Il s'y est violemment opposé pour préserver la qualité de des produits, et il a ainsi été viré de sa propre marque. Ainsi, pendant que des gougnafiers continuent à vendre des Ayotte à des sourds incultes qui les trouvent géniales sans se rendre compte qu'elles ne sont plus que l'ombre d'elles mêmes, Ray Ayotte fabrique industriellement à son tour, depuis 2000, à Taiwan, des modèles logiquement signés Taye.

L'une d’elles est vraiment une batterie de la mort.

Le talentueux canadien vient également de mettre au point une pédale qui devrait faire beaucoup de bruit quand elle sera sur le marché. Elle était encore au stade de prototype à Francfort.


Comme toujours, effet de surprise et curiosité chez Duallist. Après la double en une, voici la triple en double.


C’est un peu la même chose chez Tamburo, qui ne fait que de la grande série, très loin des sublimes batteries fabriquées autrefois par Tullio Granatello, mais qui en reprend parfois le look, voire la technique de fabrication en lattes verticales.

Depuis plusieurs années, l'ogre Yamaha n'a pas un stand mais un bâtiment entier à Francfort. Hégémonie est un faible mot au regard des ambitions de cette entreprise. Dire que certains croient que les japonais sont humbles et discrets.

Peu de réelles nouveautés au rayon batterie, si ce n'est une finition digne d'un mobilier de retraités, pour fêter les 40 ans de la marque. Cette reproduction a été empruntée à un grand musée japonais, qui retrace la lutte entre deux clans au moyen âge. Le modèle sur lequel cette finition, appelée Gempei War Byoubu, n’est ni plus ni moins qu’une classique Recording Custom, avec des cercles en bois.

Toujours dans la commémoration de son quarantième anniversaire, Yamaha nous fait également gober une finition Temple Doré, qui n’impressionne même pas sa voisine, la batterie pour nains.

A défaut d'endorser Ringo Starr, la marque a cloné sa Ludwig Black Oyster. Can't buy me love.

Toujours dans sa quête effrénée de séduction du public rock, Yamaha sort une Tour Custom, vingt ans après la Rock Tour Custom. Il s’agit d’un modèle en érable, avec des chanfreins arrondis à 60° pour donner plus de gras.

Ludwig exploite à fond la légende Vistalite. Après tout, qui sait que ce n'est pas Ludwig mais Zickos qui a inventé les batteries en acrylique, et dont les modèles sont bien plus fiables et puissants que les Ludwig ?

Cherchez l'erreur. L'une est une vraie Ludwig américaine, l'autre une fausse asiatique.


En dehors des grandes marques, Francfort est une vitrine idéale pour les petits artisans, notamment ceux qui font du super haut de gamme, de la batterie exceptionnelle à tous points de vue.
Mauricio Odery est de ceux-là. Il s'affirme peu à peu comme un des plus grands noms de l'instrument. Ce brésilien travaille des bois rares, certains issus de la forêt amazonienne. Nous ne savons cependant pas s’ils sont tous éco certifiés. Ce sera donc un bravo pour la qualité de ses bijoux, mais avec une interrogation en suspens.


Spaun est la nouvelle grande marque américaine, qui ne fait que du haut de gamme, le plus souvent très voyant avec un bon goût typiquement américain, et compte bien éviter les erreurs d’OCDP. A surveiller en remplissant sa tirelire.
Voici un kit hybride, mi bois mi acrylique, non pas encollé mais simplement emboîté. Il existe aussi dans la composition inverse, avec le bois au milieu.

Un méga kit au look classique, avec grosse caisse de 26".

Ici aussi, il y a un modèle qui tue.

Il faut bien sûr évoquer les nombreuses marques chinoises présentes. La plupart présentent des modèles assez laids et mal foutus qui n’ont comme seul intérêt que d’être très bon marché. Clément a commencé à essayer une Tiger, quand il a ressenti une étrange impression de déjà vu.

C’est pourtant simple. La fixation de tom est pompée sur Sonor, l’attache à Tama, et la platine à Mapex.

D’autres, dans le bas de gamme supérieur, ont travaillé le look, comme Peace, dont les coloris voyants masquent la qualité moyenne.


Même cas de figure chez World Max.

Idem chez Lazer.

Dimavery, marque très bas de gamme, a su attirer l’attention avec une configuration portnoyesque.

D’autres marques chinoises ont pris le parti de faire de la qualité. C’est notamment le cas d’Osan, dont les produits nous ont parus tout à fait corrects, et beaux qui plus est.


Idem pour DJ, qui trahit son nom en ne faisant que des batteries, de fort bonne facture, avec des cercles en bois et des finitions luxueuses.

Claude Salmieri a trouvé le moyen de faire du business avec eux. Sans nier son grand talent, on se demandera quand même s’il a fait plus de disques que de marques dans sa carrière.

Cadeson est aussi une marque chinoise, maintenant bien connue des amateurs de beau matos. Car il ne s’agit là que de haut de gamme, très beau, très bien fini, et qui sonne énorme. Nous avons été vraiment bluffés par la qualité de ces batteries. Pas de mystère, si la qualité n’a rien à envier à celle du meilleur des grandes marques, le prix non plus.

Au détour d’une allée, passant inaperçue sur le petit stand d’un revendeur local, un véritable bijou. Une jazzette Dunnett.

Francfort, ce sont aussi des stars de la batterie présents sur les stands ou dans la salle de concerts.
Chez Pearl, on a vu Dennis Chambers dans une cage vitrée de quelques mètres carrés à peine, avec le public en dehors qui ne l’entendait donc que via la sono. Il a fait exactement ce qu’il fait depuis quinze ans dans ces cas-là, à la croche près. En d’autres termes, impressionnant, spectaculaire, et ennuyeux.
Chez Paiste, les Drumbassadors ont une fois de plus conquis par leur groove, humour, et grande musicalité. Magique. Dans le même auditorium, Zacky Tzoukas a comme toujours joué n’importe quoi n’importe comment, le plus vite et le plus fort possible. Ridicule.
En showcase, David Garibaldi a commencé par un long solo plus musical que spectaculaire, avant de jouer deux titres play-back. Le public aurait préféré moins de solo et plus de tourneries. Agréable.
Horacio Hernandez s’est produit avec deux percussionnistes, dont Richie Gajate Garcia, et un trompettiste. Il joue des figures complexes, dans la tradition cubaine mais modernisées, avec notamment de sérieux plans de double pédale, avec humour, décontraction, et musicalité. Réjouissant.
Gavin Harrisson a bien sûr fait des play-backs de Porcupine Tree, mais aussi des interprétations très personnelles de standards de jazz, qui ont mis en valeur ses ahurissants concepts de polyrythmie. Certains BOLiens n’ont pas regretté leur voyage.
Saluons l'excellente prestation de Russ Miller, qui se produisait trois fois par jour avec une formation de rêve, à savoir John Pena à la basse, David Garfield aux claviers, Eric Marienthal au sax, et des guitaristes invités. Du pur jazz fusion californien de première classe.

Il y aurait encore beaucoup à dire et raconter sur cette édition 2007. Ce ne sont là que quelques impressions sur le vif. On termine comme il se doit par le mur de la pizzeria.

Clément BOLite avec son vieil ami Horacio Fernandez.

Josh BOLite avec son grand pote David Garubaldo.

Férid BOLite au palais du Facteur Métal.

Clément BOLite avec son frère Jerry Garcia.

Josh BOLite avec son meilleur copain Rod Abendstein.

Vikho BOLite chez Mapex.

Les BOLiens attendent que Poulpette ait fait le plein pour repartir.

La Musikmesse est un endroit dont on revient à la fois épuisé et regonflé à bloc, avec des idées, des projets, de la motivation. Dès le lendemain, la réaction est unanime chez tous les BOLiens: vivement l’année prochaine.

Férid Bannour