Le premier Drums Addict Festival s'est tenu à Talence, dans la banlieue bordelaise le samedi 20 mais 2006. Cet évènement était organisé par l'Apyta, une école de batterie du bassin d'Arcachon qui a ouvert ses portes voilà un an et demi, sous la houlette d'Emmanuel Fraysse.

Le lieu choisi était la salle de la Médoquine. Dès le hall d'entrée, on était dans l'ambiance. En effet, une collection de batteries et caisses claires anciennes, riche de très belles pièces, accueillait les arrivants. Citons notamment une WFL/Ludwig des années 20 ou une Asba acrylique orange qui faisait la nique à sa voisine une Vistalite bonhamienne, ainsi qu'une Black Beauty Engraved ou une Hayman. Certains des sponsors avaient installé un stand. Citons le CIAM, une école pluridisciplinaire bordelaise, Roland, qui avait mis à disposition du public des batteries électroniques,et Drums and Co, magasin spécialisé de Bordeaux.


C'est Pierre Belleville qui a ouvert le festival, avec le groupe Plug-in. Il est un de nos meilleurs batteurs de métal actuel, qui cartonne avec Lofofora, mais nous réserve quelques surprises à venir dans un tout autre registre. Nous ne sommes arrivés qu'à la fin de son passage, mais comptons bien le retrouver bientôt.

Mokthar Samba s'est présenté avec son fils Reda et le percussionniste Gérard Carocci. Ce dernier est un grooveur né, doté d'une formidable horloge interne, qui sait à merveille installer des ambiances aussi subtiles qu'efficaces. Reda est un jeune homme très talentueux, avec beaucoup de technique, qui devrait devenir un super batteur quand il aura acquis un peu de maturité. Mokhtar, lui, est un maître de ce qui fait danser tout en étant pourtant complexe. Comme en témoigne la méthode qu'il a écrite sur le sujet, il maîtrise à merveille les rythmes africains et maghrébins, et utilise cet art pour faire la fête du corps et de l'esprit.

L'inconnu du jour se nommait Fred Pasqua. Ce batteur méditerranéen de jazz a joué en trio avec Lilian Bencini et Cyril Achard, très talentueux guitariste venu du métal. Son jeu est très cérébral, trop peut-être. Il développe un style très technique, entre Bill Stewart et Jeff Watts, riche en polyrythmies à la Gary Chaffee. C'est très fort, assez beau, un peu ennuyeux pour certains.

Félix Sabal-Lecco est un habitué de ce genre d'évènements. Il sait à merveille faire tourner des rythmes originaux, avec en permanence des accents étonnants, des décalages surprises, des breaks inédits, tout en ayant un grand sens du spectacle. Avec lui le mot jouer se conjugue à tous les sens du terme. Doté d'un humour à froid déconcertant (j'ai commencé par être ouvrier forestier avant d'être batteur, ça ne change pas c'est toujours dans le bois), ne se laissant même pas déconcentrer par une pédale cassée, il envoie la purée avec la banane, efficacité garantie. Il a terminé sa prestation en trio avec Stéphane Deriau-Reine et Nicolas Martin, dans une interprétation originale du Stratus de Billy Cobham.

Michael Schack est le démonstrateur officiel (avec Tommy Snyder) des batteries Roland. Son challenge consiste à démontrer que la batterie électronique n'est pas une rivale ou une imitation de batterie acoustique mais bel et bien un instrument à part entière. S'il est un très sérieux batteur, ce flamand est aussi un excellent showman qui exploite à merveille les possibilités de l'électronique. Dommage que le public n'ait pas beaucoup réagi à son humour ni à son énergie scénique, ce qui ne l'a pourtant pas empêché de se prendre une sérieuse claque. Michael s'est exprimé sur un kit TD-20, un multi-pad SPD S, et un HPD 10 (version light du fameux Wave Drum Korg). Nul doute que les ventes de Roland en région bordelaise vont augmenter ces jours-ci.

On ne saurait parler de tête d'affiche, car Manu a bien veillé à mettre tous les batteurs sur un pied d'égalité. Il n'empêche que Marco Minneman était bel et bien la star du festival. Ce batteur allemand s'était d'abord fait une sérieuse réputation auprès des connaisseurs, mais il lui a suffi de se produire au Modern Drummer Festival américain pour rentrer aussitôt dans le club des plus grands batteurs mondiaux. Son jeu est effectivement monstrueux. Sur un kit presque symétrique, il développe de riches polyrythmies qui ne sont pas sans rappeler celles de Terry Bozzio, le côté mélodique en moins. C'est de la mathématique de très haut niveau, de la batterie de surhomme, mais la musique semble un peu oubliée dans tout ça. On est épaté, scotché, terrassé, mais ça va difficilement au-delà. En d'autres termes on est ravi et stimulé de se prendre ça dans la gueule, mais on n'en mangerait pas tous les jours, question de digestion. Grand moment, Marco a aussi accompagné à la batterie un extrait des Monthy Python, en expliquant qu'il y avait aussi de la musique dans les mots. C'était la première fois que ce grand monsieur, simple et abordable, se produisait en France.



Le bilan de ce premier Drums Addict Festival est totalement positif. Depuis la fin de la légendaire Batnight, il n'y avait plus de véritable festival de batterie en France, à l'exception d'un évènement parisien annuel qui n'a pour seul but que d'asseoir l'hégémonie d'une chaîne de magasins. Là, il ne s'agit manifestement pas d'un évènement commercial, mais d'une passion concrétisée et partagée.

Alors que l'évènement parisien est une cacophonie bordélique dont l'organisation pratique relève de l'amateurisme, la fête bordelaise était exemplaire à tous points de vue. La salle était grande, propre, confortable. On était bien assis, on a bien vu, on a bien entendu. Toute l'équipe technique (son, lumière, video) a assuré un travail proche de la perfection. Le personnel d'accueil et d'encadrement était aimable et compétent. Qu'il soit ici rendu hommage à la qualité de leur travail. Le programme était intelligemment composé, les musiciens ont assuré. Le tout dans une ambiance cool et sympa. Derrière tout ça, un homme, Emmanuel Fraysse, de toute évidence un fou de batterie, qui a su trouver la force et les moyens de donner vie à cet évènement. Il s'est montré dans cette affaire d'un professionnalisme rare. Même les horaires de passage ont été respectés à la minute près. Chapeau. Ah, si, il y a quand même deux choses à critiquer sur le Drums Addict Festival. Ca se passe à Bordeaux et il n'y a pas de vin au bar. Ca porte un nom anglais, mais il n'y a pas un seul anglo-saxon. Désolé, je n'ai trouvé que ça.

A tous ceux pour qui la batterie est un créneau au lieu d'être une passion, le DAF a mis une BAF. A Manu et son équipe nous décernons donc le premier BOL d'or, et ne doutons pas un seul instant que cet évènement prendra de l'ampleur au fil des années, pour devenir un incontournable de la scène batteristique européenne, et je pèse mes mots. A l'année prochaine donc, avec impatience.

Férid Bannour

Les kits du festival

Pierre Belleville: Gretsch

Mokhtar Samba: Remo

Fred Pasque, Gretsch vintage

Félix Sabal Lecco: Pearl

Michael Schack: Roland

Marco Minneman: DW