Thomas Lang en clinic
Par Ferid, jeudi 17 novembre 2005 à 18:27 :: Critique :: #115 :: rss
L'ami Fritz s'appelle Lang quand il s'agit de batterie. Et se prénomme Thomas, qui a du mal à nous faire croire à tout ce qu'on voit. Il était en démo à Lille tout récemment. Nous y étions.

Thomas Lang est un très spectaculaire batteur autrichien de 38 ans, basé à Londres depuis une dizaine d'années, où il fait le métier. Si aucun des albums sur lesquels il a joué n'a jamais attiré l'attention sur lui, il s'est par contre fait remarquer depuis quelques années en tant que démonstrateur Sonor. C'est sous cette casquette qu'il s'est produit le 15 novembre à Marcq en Bareul, près de Lille, sous la double bannière de l'ADRIEM et du festival Jazz en Nord. Une fois de plus, Adrien Zampieri et son équipe avaient bien fait les choses, c'est dans une grande et belle salle comble que s'est déroulé l'évènement.

Thomas a débuté la soirée par deux morceaux en play-back, avant de se lancer dans un long solo qui mit en valeur tous ses talents de showman. Doté d'une frappe extrêmement puissante, il joue très vite, multipliant les roulements sur tout le kit, aussi bien avec les pieds qu'avec les mains. Ce que le public put apprécier grâce aux caméras qui diffusaient sur écran géant son jeu de pieds. Inspiré par les batteurs de big band de l'ère du swing et les tambours de parade, il jongle avec les baguettes ou les lance en l'air, pour la plus grande joie du public.

Après cette ébouriffante démonstration, il répondit à quelques questions posées par des spectateurs, puis expliqua soigneusement sa méthode de travail. Pour lui, le plus important est de bien maîtriser les rudiments, et de les appliquer sur tout le kit. Tout ce qu'il joue avec les mains, il le joue aussi bien avec les pieds, en alternant le jeu talon-pointe et variant la dynamique, tout en alternant les débits. Cette parfaite maîtrise technique est une des clés de son style, l'autre étant son sens du visuel. Il ne joue qu'en prise tambour, la main droite poussant, la main gauche tirant. C'est du moins ainsi qu'il la conçoit.

Le kit de Thomas est presque symétrique, autour d'une base courante: grosse caisse de 20", toms médiums de 10" et 12", tom bass de 16". De part et d'autre, deux pads Remo TSS faisant office de caisses claires jouées aux pieds. Une charleston de 10" fait contrepoint à la principale de l'autre côté du kit, deux autres fermées se répondent également de chaque côté. Deux caisses supplémentaires, de 10" et 12", sont disposées à sa gauche.

Au pied, pas moins de sept pédales. Le pied gauche commande la grosse caisse, la charleston principale, un TSS, et un jam block. Le pied droit commande la grosse caisse, la charleston de 10" et l'autre TSS. Très musclé, Thomas joue sur des baguettes Signature très lourdes et épaisses, blanches pour rendre hommage aux tambours de parade et être plus visibles quand il jongle avec. Ses cymbales sont des Meinl, portant également sa signature.

Pour finir la soirée, Thomas nous a d'abord gratifié d'une superbe interprétation de la Black Page de Frank Zappa. Cette pièce de batterie d'une incroyable complexité est un véritable tour de force, même pour un batteur de très haut niveau. Elle avait été écrite par le guitariste pour mettre à l'épreuve son batteur de l'époque Terry Bozzio. Par la suite, ce sont Vinnie Colaiuta et Chad Wackerman qui en sortirent également vainqueurs. Lang s'en est admirablement tiré. On saluera son interprétation et le risque pris en choisissant cette pièce. Il termina avec des play-backs extraits de son DVD, "Creative Control".
Si on peut effectivement reprocher à Thomas Lang un aspect cirque revendiqué, il fait très bien ce qu'il fait, avec enthousiasme et bonne humeur. Le batteur est impressionnant, l'homme est simple et chaleureux. Le public ne bouda pas son plaisir, même si certains purent légitimement se poser la question: à quoi bon tout ça? La batterie a aussi besoin de tels démonstrateurs, qui rappellent que notre instrument est de très loin le plus spectaculaire de tous.

La presse spécialisée était représentée par la rédactrice en chef d'un magazine autrefois très apprécié des batteurs, qui disparut en coulisses dès le second morceau, pour y passer la soirée en tête à tête avec le buffet. Gageons que l'article sur la soirée ne parlera pourtant pas que de bière et poulet froid, même s'il est vrai que certains batteurs font monter la mayonnaise. La marque Sonor était représentée par son chef de produits pour la France, Jacky Bourbasquet. Les autres sponsors de Thomas, Vic Firth, Meinl, et Remo, n'étaient représentés que par leur matériel. Dominique Desmont, organisateur du festival, était très heureux du succès remporté par cette soirée, même s'il confia que "de toutes façons, avec Adrien c'est toujours bien". Une fois de plus, Lille fut la capitale de la batterie ce soir-là.
Férid Bannour
Commentaires
1. Le dimanche 20 novembre 2005 à 14:15, par harry bosh
2. Le lundi 21 novembre 2005 à 10:24, par Marco
3. Le mercredi 23 novembre 2005 à 16:57, par bab
4. Le mercredi 28 décembre 2005 à 21:41, par dagojira :: site
5. Le jeudi 5 janvier 2006 à 17:12, par nicozz
6. Le mardi 17 janvier 2006 à 01:16, par Géronimo
7. Le mardi 24 janvier 2006 à 10:34, par karim
8. Le jeudi 6 juillet 2006 à 18:29, par Marc-André
9. Le jeudi 28 septembre 2006 à 18:28, par yoanglan
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