Trilok Gurtu
Par Ferid, mardi 10 mai 2005 à 09:37 :: Batteurs :: #83 :: rss
Il est certainement le plus emblématique des batteurs "world" des années 90, faisant le lien entre la scène fusion des années 70 et les DJ actuels. Trilok est un véritable musicien du monde, qui mélange toutes les musiques pour en faire la sienne.

Ton dernier album est très différent des précédents ?
Tous mes albums sont toujours différents.
Certes, mais celui-ci semble marqué par un retour vers la musique indienne. Tu es moins branché par la musique africaine ou le rock ?
Je joue très peu d’électronique dessus, sauf sur un titre. Sinon, j’ai tout joué acoustique, en live, sans overdubs ni samples. Il faut savoir qu’à l’origine cet album a été conçu pour le marché indien exclusivement, avec la « dream team » des musiciens indiens, à commencer par ma mère. Il n’aurait pas du sortir ailleurs, mais les anglais l’ont aimé et voilà. C’est aussi le premier album que j’ai enregistré intégralement en Inde, dans un petit studio sans beaucoup de technologie, pas d’ordinateurs.
Comment as tu travaillé ton son ?
Très peu d’égalisation, plutôt un travail sur les micros, très peu d’effets et d’électronique.
La dernière fois que je t’ai vu, tu jouais non plus par terre mais sur un kit normal ?
C’est parce que j’ai eu une opération, mais j’espère pouvoir bientôt rejouer au sol, ce qui est bien plus confortable pour moi qu’assis à une batterie.
Au fil des années, ton kit a finalement peu changé ?
Oui, je ne mets pas toujours les bassines d’eau, et j’ai maintenant un Handsonic Roland. En fait, je ne peux pas trop en prendre dans l’avion, ça coute cher. C’est très dur de voyager avec son propre instrument, c’est pourquoi je suis chez Remo et Zildjian, je trouve du matos sur place.

Avant Remo, tu étais chez Sonor. Pourquoi avoir changé ?
Sonor ne pouvait pas me fournir du matériel dans chaque pays. Ils s’orientent plutôt vers la production de masse, et mon matériel était plutôt cher. Tandis que Remo a développé toute une gamme d’instruments pour moi.
Certains sont pour le moins atypiques, comme celui constitué d’un silence creux prolongé par un ressort qui fait un bruit de tonnerre. D’où t’es venue cette idée ?
D’un ami australien. J’ai toute une ligne d’instruments Signature, et mon modèle de baguettes chez Zildjian, et bientôt des cymbales. Actuellement, je joue sur des Remix.
Tu habites toujours à Londres ?
Non, je vis essentiellement en Inde, et un peu en Allemagne. J’aime changer. Je pourrais faire toujours la même chose, essayer d’être dans la tendance, et me faire plein de fric. Je pourrais facilement être une star. La musique que je fais est à la mode maintenant, mais moi je joue ça depuis 1985. La scène anglaise me considère comme son mentor, alors que les jazzeux ont toujours du mal à m’appréhender. On comprend maintenant ce que j’ai joué il y a quinze ans. Ce qui est capital, c’est de créer un son, une musique. Rien n’est plus important que d’avoir un son.
Tu joues souvent en France ?
Oui, c’est un de mes meilleurs publics, avec l’Italie. J’ai un bon contact avec le public, et j’adore le vin français. Je tiens à garder ce contact avec mon public.
Tu fais beaucoup de clinics ?
Non, j’en suis pas friand. J’en en fait récemment avec Badmarsh & Shri.
Comment te mélanges tu avec un DJ ?
Je joue, et je lui demande de ne pas être trop fort (rires). Ils ont beaucoup de respect pour moi, et la tradition que je représente. Je dois tout à mon gourou, je lui dois de toujours rester moi-même.
Que pensent les batteurs de toi ?
Ils sont toujours surpris de ce que je joue, trouvent ça incroyable. Je leur dit que c’est de la musique indienne, tout simplement. Eux jouent maintenant des rythmes décalés ou superposés, mais les indiens font ça depuis toujours. Il n’y a rien de nouveau là-dedans.

Sur quoi travailles-tu actuellement ?
Je compose essentiellement, beaucoup. J’ai un projet flamenco, ainsi qu’un projet orchestral. Quand j’ai mêlé les musiques africaines et indiennes, ce n’était pas pour la mode. Beaucoup de gens ne savent pas que la musique indienne peut aussi se danser.
Un batteur ne devrait jamais perdre la danse de vue ?
Absolument. C’est aussi important que d’apprendre la technique. Tant pis pour certains critiques qui considèrent la danse comme une chose mineure, commerciale. C’est une façon de penser un peu ancienne de la part de certains de tes confrères journalistes, que de mépriser la danse, en disant que c’est commercial.
Tu as joué avec beaucoup de grands noms, quels sont tes meilleurs souvenirs ?
Tous m’ont apporté.
Bien sûr, mais par exemple tu as joué avec Joe Zawinul, qui n’est pas tendre avec les batteurs ?
Nous avons fait un duo, je n’étais pas dans son groupe, c’est différent. Nous étions sur un pied d’égalité. Je ne sais pas à quel point il connaît vraiment les musiques africaines ou indiennes, mais c’est un grand musicien.
Comment s’est passé le duo avec Zakir Hussain, c’était improvisé ou répété ?
J’avais quelques idées préalables que nous avons développées ensemble. La mélodie était préexistante.
Comment ça s’est passé avec Steve Lukather ?
Il aimait beaucoup mes compositions, mais a avoué qu’ils les croyait faciles en les écoutant mais a découvert à quel point elles étaient difficiles en les jouant (rires).
Propos recueillis par Férid Bannour ***
Commentaires
1. Le jeudi 4 août 2005 à 18:06, par Thomas Boulvin :: site
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