Paris est une ville que tu dois commencer à connaître. Parles tu français maintenant?
C'est vrai que dans les années 80, j'y étais souvent avec Eurythmics. Nous avons même enregistré un album au studio de la Grande Armée, et répété plusieurs tournées mondiales à Paris. A l'époque j'étais basé à Montparnasse. Depuis j'y viens souvent avec ma femme pour le plaisir, j'aime tout ici, la ville, les gens, la cuisine, mais je ne parle que très peu le français, juste ce qu'il faut pour commander au restaurant.

C'est le succès de l'album précédent, celui du retour, qui avait inspiré "The Curse Of Blondie"?
Au départ nous avions envie de rejouer ensemble pour voir, ça s'est bien passé, l'album a été bien accueilli et du coup on a tourné un peu et redécouvert le plaisir de faire de la scène ensemble. En fait, on n'a pas cessé de tourner entre les deux albums. C'est aujourd'hui pratiquement le seul moyen pour un groupe de gagner sa vie. Même un groupe comme les Rolling Stones ne vendent plus autant de disques qu'avant. Debbie est vraiment une bête de scène. Nous jouons des titres des nouveaux albums et pas mal d'anciens, avec la quantité de morceaux que nous avons en stock nous pouvons varier le répertoire tous les soirs. Disons qu'on fait toujours tous les tubes, et qu'on alterne les morceaux récents.



Dans quelles conditions a été fait le dernier album?
Par petits bouts, avec plusieurs producteurs différents, et le plus souvent il y avait déjà une programmation de faite. Je n'avais plus qu'à poser mes parties par dessus. Ca ne me gêne pas de travailler ainsi, mais je dois avouer que je me sens moins impliqué sur ce disque que sur le précédent. J'avais plus l'impression d'être un batteur de studio que d'être celui d'un groupe. J'ai l'habitude de faire ça, mais néanmoins je préfère jouer mes parties avec le groupe en studio, ce qui laisse plus de place à la créativité. La batterie a changé depuis mes débuts. Il y a eu les boîtes à rythmes, les programmations, Pro Tools etc, aujourd'hui un batteur ne joue plus un morceau, il fait une boucle qui tourne ensuite. Mais il y a toute une scène rock aux USA qui revient aux anciennes méthodes, avec de la vraie batterie jouée sur tout le morceau.

Recourez vous à des boucles sur scène?
Aucune programmation de batterie, seulement des boucles de synthétiseur. Je n'ai plus de retours, juste un casque.

Et un vibreur dans le siège?
Exactement. Je n'ai un click que sur 3 ou 4 titres. C'est quelque chose qui ne m'a jamais gêné. A mes débuts, j'ai parfois vu le producteur battre la mesure en studio. Ca dépend de ce qu'on joue. Elvin Jones n'a pas besoin d'un click, mais quand on joue du 4/4 basique, le click est pratique pour caler le tempo, surtout quand il y a du MIDI. Souvent je le mets au début du morceau puis le coupe ensuite.

Sur scène, ta batterie est entièrement triggée je suppose?
Bien sûr. J'ai un mélange de batterie acoustique et de V-Drum Roland. C'est un kit adapté à Blondie. Mais je n'ai pas le même quand je joue avec Nancy Sinatra. Elle a un super pianiste, qui est aussi le patron du Baked Potatoes (célèbre club de jazz de Los Angeles, NDR). Il a travaillé avec Phil Spector et fait partie de la Wrecking Crew (légendaire groupe de studio qui joua sur des centaines de tubes des années 60).

Il a donc joué avec Hal Blaine?
C'était le batteur de Nancy, et j'ai eu l'occasion de travailler sur ses partitions. Depuis, je me suis un peu penché sur l'histoire de la batterie, et j'ai même fait une interview d'Earl Palmer à paraître dans Rhythm. Il joue tous les jeudis dans un club près de chez moi, il y anime une jam session où j'ai déjà vu Peter Erskine ou Charlie Watts. Voir jouer Earl est pour moi un extraordinaire enseignement.

On peut dire que c'est lui qui a inventé le rock'n'roll.
Il en est l'architecte, mais il n'aime pas qu'on dise ça, car il se considère comme un batteur de jazz. Qui a quand même été celui de Fats Domino, Little Richard, et Eddie Cochran. Et il est toujours tiré à quatre épingles, c'est un véritable gentleman. Il a une technique de balais incroyable, personne ne joue une ballade comme lui. Je qualifierais son jeu d'élégant. Je le regarde jouer de côté, c'est comme ça qu'on voit le mieux en batteur, et non de face. A la batterie, on apprend beaucoup simplement en regardant.

Quels autres grands batteurs admire tu?
J'ai eu l'occasion de jouer à trois batteries avec les batteurs d'Elvis Presley, D.J. Fontana et Ron Tutt, ce fut un grand moment. Sinon j'adore évidemment Ringo Starr, Keith Moon et Charlie Watts. Ainsi que Tommy Ramone et Moe Tucker. Plus jeune, j'étais un fan de Carmine Appice et Dino Danelli, qui avait des plans fantastiques.

Voilà un grand batteur totalement oublié.
Il est sculpteur maintenant. Aux USA, les Rascals étaient vraiment un groupe énorme. Dans les contemporains j'aime énormément Peter Erskine. Il possède une immense technique mais joue toujours avec beaucoup d'âme. Zack Starkey est aussi un excellent batteur actuel. Sly & Robbie m'ont également beaucoup influencé.


Blondie avait créé un son, et aujourd'hui vous avez su le faire évoluer pour qu'il soit le plus contemporain possible.
Nous avons eu la chance d'innover en termes de son et d'image. C'est capital pour un batteur de s'associer avec les bonnes personnes, car un batteur seul n'a aucune chance de faire carrière en tant que tel, sauf à jouer pour les autres batteurs. Sur un album, tout est un peu mélangé, mais sur scène on voit qui fait quoi, et on mesure à quel point la batterie est importante dans le son de Blondie. Le groupe a marché, et ça m'a permis ensuite de faire d'autres choses avec d'autres gens. Par exemple, j'ai sorti un album avec les Romantics. Et je travaille aussi sur un projet avec des gens des Cars et du Knack. Et j'ai aussi un groupe de blues avec des potes pour jouer sur Los Angeles. Un batteur doit toujours jouer, et entretenir sa forme.

Le groupe mélange plusieurs styles différents, mais toujours joués à ta manière.
C'est de ça qu'il s'agit, la musique doit être interprétée. Il y a plein d'influences dans le groupe, du punk au reggae en passant par le R'n'B, mais ça sonne toujours comme du Blondie. Faire partie d'un groupe, c'est aussi savoir s'adapter à ses partenaires. L'image publique est une chose, mais ce qui se passe dans la cuisine pour que les choses se fassent est une toute autre histoire. J'aime la batterie, mais j'aime surtout la musique. C'est de l'oxygène qu'on donne dans la vie des gens.



Il y aussi des choses que tu appris à ne pas faire?
En ce domaine, j'ai tout appris de Keith Moon et John Bonham. C'étaient de fantastiques batteurs, mais quel dommage. Il y a bien longtemps que j'ai décidé d'être un survivant, et non une victime. On joue mal après une nuit blanche, et sans avoir l'air moralisateur, j'affirme qu'il est essentiel d'être en pleine forme pour faire un bon concert. J'adore tourner, pour moi c'est comme partir en vacances.

Propos recueillis par Férid Bannour