Steve Gadd
Par Ferid, vendredi 25 février 2005 à 13:16 :: Batteurs :: #50 :: rss
Steve Gadd est le batteur le plus influent de ces trente dernières années, qui a digéré le jazz comme le rhythm'n'blues, la musique latine et la pop pour en sortir des grooves très personnels que l'on retrouve aujourd'hui dans toutes les musiques. Il fait partie de ces rares batteurs qui ont créé un style, imité par tous, parfois même sans le savoir, tant en termes de jeu que de son et de configuration.

Tu utilises toujours la même batterie, quel que soit le style de musique, modifies-tu alors tes réglages selon le contexte? J'ai remarqué qu'au cours d'un concert tu réglais souvent ta caisse claire.
En effet. Le son de caisse claire est capital. Selon les morceaux, je la règle plus lâche ou plus mordante. Quand j'ai commencé à jouer cette caisse claire, il manquait quelques brins au timbre mais elle sonnait vraiment à merveille. Au fur et à mesure, les autres brins sont partis et, quand il ne m'en est plus resté que cinq ou six, il m'a bien fallu changer le timbre. Mais elle ne sonnait plus aussi bien après, j'ai rattrapé le coup en coupant quelques brins. J'utilise toujours une fine sourdine circulaire (la fameuse bande à Gadd, NDR) sur ma caisse claire et rien sur les toms. Je joue des Remo Ambassador blanches sur les toms et une PinStripe sur la grosse caisse.
Ôte-moi d'un doute, ce n'est tout de même pas la même caisse claire que tu joues après toutes ces années?
Non, non, c'est seulement le même modèle, une Ludwig L400 en acier, toute simple avec des ficelles pour tendre le timbre car je n'aime pas les lanières en nylon. De toute façon, je n'aime pas les caisses claires sophistiquées. L'avantage de ces Ludwig est que, il y a quelque temps, tu en achetais une et tu avais tous les sons que tu voulais, un simple réglage et tu pouvais tout jouer avec.

Sur l'album de Joe Sample & The Soul Comitee, ton son de caisse claire était justement très différent de celui qu'on te connait.
J'ai joué là-dessus une Yamaha en bouleau de 13" x 4" qui sonnait vraiment bien. J'aime définitivement le son du bouleau pour la batterie, à l'exception de la grosse caisse. Et j'ai maintenant toute une gamme de caisses claires Signature à mon nom.
À ce propos, ta batterie est un modèle particulier.
Effectivement, puisque j'ai une grosse caisse en érable et des toms en bouleau. Je n'aime pas trop le son de l'érable pour les toms, par contre pour la grosse caisse ce bois me procure plus de rondeur.
Tu préfères toujours les fûts standard pour les toms?
Oui, le toucher, la sensation, ne sont pas les mêmes avec des fûts profonds. J'ai l'impression que la baguette disparaît dedans et ne revient pas. Tu peux toujours régler des petits fûts de façon à les faire sonner ample, ou alors bien sûr les faire sonner haut, mais tu ne peux faire chanter ces fûts profonds qu'à un certain degré bien précis, tu ne peux pas à l'inverse les faire sonner haut. Et j'ai l'impression d'avoir une attaque "spongieuse" avec.

C'est ce goût des petits fûts qui t'a poussé à utiliser des toms suspendus en guise de toms bass?
Très franchement, on n'a pas vraiment besoin de tout le volume d'un tom bass. Quand j'ai commencé à personnaliser ma batterie, j'avais ma grosse caisse Gretsch de 22" dont j'avais viré les toms car je ne les aimais pas. J'ai pris à la place des toms Pearl en fibre de verre, sans peau de résonance. C'étaient tous des toms médiums, aussi j'ai bricolé un pied avec des supports de grosse caisse. Quand je suis rentré chez Yamaha, je leur ai demandé de me faire quelque chose d'équivalent. Au départ j'avais des toms de 10", 12", 13" et l4". Puis je suis passé à 10", 12", 14" et 16".
Cette disposition est devenue très courante aujourd'hui, c'est presque un nouveau standard.
Yamaha l'a beaucoup popularisé avec la série Recording. Ils ont créé ce support de toms suspendus qui était plus à mon goût que les toms bass avec pieds.
La Recording Custom va avoir trente ans. On peut considérer qu'il s'agit définitivement de "ta" batterie?
C'est vrai que j'ai beaucoup contribué à ce modèle. Dès que j'ai signé avec Yamaha, ils m'ont proposé de concevoir une batterie. C'étaient déjà de bonnes batteries, mais il y avait des choses à modifier d'urgence, comme cette barre qui traversait toute la grosse caisse pour soutenir les toms. Ce qui a fait le succès et la qualité des batteries Yamaha, c'est que ce sont des gens extrêmement ouverts, à l'écoute de toutes les suggestions des batteurs. A ma demande, ils ont réalisé de plus petits fûts, notamment des 10" qui n'existaient pas avant. En fait, ils faisaient tout ce que je demandais, ils exécutaient la moindre de mes idées. On peut peut dire que je suis à l'origine du développement du tom de 10" et des toms bass suspendus. Ce sont vraiment de bonnes batteries, et leurs accessoires sont fantastiques.
Parlons de ton son, ce fameux son Steve Gadd. Tu t'accordes toujours aussi bas, avec beaucoup de sustain, très profond?
Parfois je change d'accord. Je ne règle pas ma batterie pour elle-même mais pour la musique que je vais jouer. En jazz, je tends davantage les peaux et je frappe modérément; en rock, je détends un peu et il faut appuyer pour avoir le son. Ceci-dit, il existe un point précis d'équilibre entre la peau de frappe et celle de résonance où le fut donne sa note optimale. Je dirais qu'il faut accorder sa batterie selon trois critères: le son absolu des fûts, la musique jouée et la réponse des baguettes. Un bon réglage est un habile compromis entre ces trois choses.

Et il faut aussi s'accorder en fonction de la salle?
Hum... je dirais que c'est le problème de l'ingénieur du son. C'est à lui d'adapter le son à la salle. Si un tom pose problème, bien sûr il me le dit mais, en m'accordant pour le son du groupe, je n'ai généralement pas de problèmes, quelle que soit la salle.
Une des choses les plus étonnantes de ton style est cette façon que tu as de jouer des noires avec la baguette qui s'enfonce littéralement dans la cymbale, parfois en lieu et place d'un chabada.
J'aime jouer des noires, mais il m'arrive aussi de faire un vrai chabada. Pour les morceaux d'influence blues ou rhythm'n'blues, il me semble que les noires groovent mieux. Mais je ne pense pas avoir inventé ce truc, j'ai dû entendre un batteur qui faisait ça bien avant moi.
Mais ta façon de le faire est particulièrement swinguante.
Ne doit-on pas toujours essayer de faire swinguer la musique? C'est notre défi constant, il faut que ça tourne. Certains croient que le blues est une musique facile à jouer, mais c'est loin d'être si simple que ça, et plus tu en joues, plus tu en découvres toute la richesse.

C'est incroyable, tu joues depuis que tu tiens sur tes jambes et tu es toujours en train d'apprendre. Tu t'entraînes encore beaucoup?
Il est indispensable d'apprendre sans cesse. En tournée, je n'en ai pas l'occasion mais, à la maison, dès que j'ai un moment de libre, je descends dans mon local m'entraîner. J'aime ça et je pense qu'il est bon de s'astreindre à une certaine discipline de travail, ne serait-ce qu'une heure par jour. Sans ces séances d'entraînement, je ne me serais jamais mis à la double pédale par exemple. Je n'ai pas toujours cette discipline, mais il faut dire qu'après quelques mois de tournée, quand je rentre à la maison, j'ai surtout envie de consacrer du temps à ma famille.
Comment as-tu travaillé ta technique de double pédale de grosse caisse? Avec des méthodes?
Non, non, je me suis juste assis à la batterie et j'ai essayé de jouer avec. J'ai joué en alternant les pieds, puis en cherchant des figures différentes, des combinaisons entre les mains et les pieds, attaquer du pied droit puis du gauche, n'importe quoi en fait. Il n'est pas indispensable d'être capable de tout faire à la double pédale, il s'agit juste de l'adapter à son jeu de façon à se sentir à l'aise avec. Je joue talons levés, comme sur la charleston. A l'usage, tu t'aperçois que tu vas au plus pressé, tu optes pour ce qui t'es le plus confortable. Mais il arrive aussi qu'un jour tu accèdes à quelque chose qui te semblait inaccessible auparavant.
Depuis disons une quinzaine d'années, il semble que l'on t'ait vu beaucoup plus sur les scènes que dans les studios.
La raison en est fort simple, j'ai déménagé. J'ai quitté Manhattan pour m'installer à Rochester, ma ville natale, à 500 km de New York. J'avais besoin de quitter la grande ville, je m'étiolais. Pour bosser à New York, il faut être sur place, beaucoup d'affaires se font en dernière minute. On t'appelle dans la journée pour le soir-même, il faut être tout de suite disponible. Je fais toujours des séances, mais plus au pied levé. Je ne fais plus de jingles ou de choses de ce type, j'ai passé le cap de recevoir un coup de fil le soir pour être au studio le lendemain matin à neuf heures. Et de toute façon, j'habite trop loin maintenant pour pouvoir le faire. Donc, je travaille beaucoup plus sur des tournées, et j'adore ça. C'est plus agréable de se lever le matin et d'ouvrir ses fenêtres sur une ville étrangère que de passer ses journées dans un studio sans voir le jour ni personne. Et puis le travail n'est plus du tout le même que dans les années 70 ou 80. Le métier a changé, il y a toujours du boulot mais beaucoup moins qu'avant.

Tu as eu la chance d'être là au bon moment, quand ça bouillonnait.
C'était une grande époque. Ce n'est pas seulement le métier qui a changé mais toute la musique. Il y a beaucoup d'électronique maintenant, MTV a donné la priorité à l'image, et il y a tout ce mouvement rap ou dance...
La musique industrielle, préfabriquée...
Je ne me permettrai pas d'émettre un jugement de valeur, je dis juste que les choses sont différentes. C'est de toute façon dans la nature même de ce métier de changer, d'évoluer.
Dernière question, comment te sens-tu à l'idée d'être le batteur modèle de toute une génération?
Comment je me sens? (Silence.) Je n'y pense pas (long silence). Je suis reconnaissant, un batteur modèle tu dis?
Tu es incontestablement un des batteurs qui a le plus d'influence sur l'instrument depuis la fin des années 70.
J'espère que c'est une bonne influence, et j'espère pouvoir continuer à l'être. J'essaie simplement de faire de mon mieux.
Propos recueillis par Férid Bannour
Commentaires
1. Le vendredi 20 mai 2005 à 22:12, par souimanga
2. Le mardi 6 juin 2006 à 22:22, par ovalie38
3. Le jeudi 6 juillet 2006 à 17:29, par houx
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