La gamme Meinl comporte de nombreuses séries, très différentes. Des humbles Marathon jusqu’au prestigieuses One Of A Kind, on trouve des cymbales professionnelles de grande qualité dont les Custom Shop sont le haut de gamme, suivies ensuite des Byzance, des Amun et des Classics. Ces trois dernières séries, les plus récentes de la marque, sont celles qui témoignent le plus de la volonté de Reinhold Meinl de mettre sa marque au niveau de ses plus célèbres concurrents. Si la sonorité chaude et sombre des Byzance les destinent plutôt à des batteurs de jazz, et celle brillante et puissante des Classics à des rockers très électriques, les Amun sont celles de l’équilibre, les plus versatiles, qui peuvent s’adapter à pratiquement tous les contextes.

Ce n’est pas un secret, la fonderie Meinl est la même que celle de Paiste. Mais chaque marque possède évidemment ses propres secrets de fabrication. Meinl a opté pour un haut niveau de technologie, faisant totalement confiance à l’informatique. Il n’a pas besoin de contrôler ses cymbales en sortie, il lui suffit de savoir que la composition de l’alliage est respectée. Partant de là, chaque disque de métal est martelé par un robot sophistiqué, qui reproduit les coups qui seraient donnés par un artisan. Tout est parfaitement calculé, la taille du marteau, le lieu d’impact, l’angle de frappe, la force des coups. L’alliage utilisé pour les Amun est sensiblement plus dur que celui des autres séries. Et leur martelage est également beaucoup plus long. Elles sont recouvertes d’un vernis qui les protège tout en leur donnant un aspect très brillant. Chacun sait que le look induit le son, subjectivement. Ainsi, on a tendance à considérer qu’une cymbale esthétiquement brillante serait acoustiquement brillante. Dans le cas des Amun, c’est particulièrement faux. Ce sont des cymbales certes d’aspect brillant mais de tonalité plutôt médium sombre. Si le logo des Classics est franchement d’inspiration égyptien, Amun n’est autre qu’un dieu pharaonique. Mais leur prix ne l’est absolument pas pour autant. On distingue bien les abondantes traces de martelage, avec plusieurs têtes de marteau. Si la cloche n’est pas martelée, elle est par contre tournée comme le corps.


Nous avons comparé trois rides de 20 ». La Medium est très équilibrée en harmoniques médium, comme son nom l’indique, avec une tonalité plutôt grave et une attaque bien marquée. Elle peut être crashée, comme sa sœur dite Thin. Elle est effectivement un peu plus fine mais sans excès. Elle n’est pas tellement plus sombre mais bien plus délicate. C’est une cymbale pour petites frappes raffinées, l’idéal pour faire du club. La Big Bell ne se distingue que de la Medium que par une cloche surdimensionnée. Cette cymbale offre évidemment beaucoup plus de puissance et d’attaque sur la cloche mais surtout un ping beaucoup plus marqué, légèrement plus sec, plus incisif. Ce qui du coup rend presque gênantes les belles harmoniques appréciées sur ces deux sœurs. On va dire que la Big Bell est destinée au live, la Thin au studio, et la Medium aux répétitions.


La Thin Crash de 16 » est rapide, brillante sans agressivité, consistante sans être envahissante. Elle fait bien la paire avec la Medium de 17 », un poil plus baveuse mais toute aussi vive. Les deux splashes de 10 » et 12 » sont les seules de cette famille à sonner un peu métallique, mais c’est du à leur nature. Elles se focalisent sur l’attaque, sur l’explosion brève, mais pas sur la beauté de la note. Ce sont de pures cymbales d’effet. Alors que la China de 16 » surprend par son moëlleux, sa relative tendresse. On s’attend à un son court, sale, brutal, et on découvre une belle rondeur qui succède à une attaque puissante. Comme une caresse qui suivrait une gifle. Etonnant. Le bel équilibre de la série est encore au rendez-vous de la charleston Medium. Aussi précise au pied que sous la baguette, elle se distingue essentiellement par son confort de jeu. Le ping ne se dénature pas jouée un peu lâche, et on peut doser la frappe pour jouer avec beaucoup de dynamique. Pour un son franchement plus rock, on optera pour la Powerful Soundwave. Comme Zildjian, Meinl a froidement pompé le système Sound Edge mis au point par Paiste dans les années 70. Le bord de la cymbale inférieure est ondulé pour permettre à l’air contenu entre les deux cymbales de s’évacuer très rapidement. Ce qui procure une attaque nettement plus sèche et rapide, en éliminant tout risque d'air-lock.

Une fois de plus, on constate avec les Amun que Meinl n’a rien à envier à ses concurrents, à part leur nom. Cette firme allemande souffre encore d’une injuste image dévalorisante ancienne, mais se fait peu à peu un nom sur le marché des jeunes batteurs, sensibles à leurs réelles qualités et un prix plus doux à qualités égales. C’est donc un excellent choix pour qui se soucie plus de son oreille et de son budget que de préjugés.

F.B.