Le son d'un fût dépend de plusieurs facteurs. La nature du bois et sa méthode de fabrication, la peau de frappe, la peau de résonance, la colonne d'air, les cercles sont les principaux éléments à prendre en compte. Certains prétendent s'accorder sur des notes précises, voire carrément se référer à un morceau comme "La Marseillaise", ça peut arriver mais ce n'est pas indispensable, ce qui compte est l'intervalle entre les fûts. Et si c'était le cas, il faudrait se raccorder à chaque morceau en fonction de sa tonalité! On peut par contre se fier à des intervalles comme tierce, quarte ou quinte pour équilibrer ses fûts. Et bien sûr chaque fût possède une note fondamentale qu'il faut essayer de respecter. Si on veut un gros son gras, vaut mieux des toms de 12" et 16" que des 10" et 14". Et vous n'aurez jamais le son Bonham avec une 18".
Les bois bon marché des modèles d'entrée de gamme sont généralement des bois légers qui favorisent puissance et attaque. Le bouleau se montrera plus précis et moins grave que l'érable, l'acajou est celui qui offre le plus de basses fréquences. Plus le fût est fin, plus il résonne amplement. Plus il est profond, plus il aura de puissance, plus il est court plus il sera précis. Plus le chanfrein est fin et pointu, moindre sera le contact avec la peau et plus il y aura d'harmoniques. Plus l'intérieur est lisse plus le fût résonnera. Des cercles moulés procurent un accord plus précis, plus stable et un peu plus d'attaque que des emboutis.
Par ailleurs, l'environnement est très important. Une batterie ne sonne pas de la même façon dans une petite salle avec des tentures et des boiseries que dans un stade au sol de béton. Et bien sûr il ne faut pas oublier que le son projeté n'est pas celui qu'on entend de la place du batteur. Une fois votre batterie accordée, demandez à quelqu'un de la jouer et allez vous placer devant.
Il n'y a pas une règle absolue pour accorder une batterie, mais des principes de base, qui sont les mêmes pour tous les fûts, à adapter en fonction de ses goûts personnels. Le principe est simple, la tension de la peau doit être équitablement répartie entre tous les tirants. Même si vous ne changez qu'une seule peau enlevez toujours les deux pour vous accorder correctement. Nombre de batteurs accordent rapidement leur peau de frappe et ne se soucient jamais de celle de résonance, il leur est difficile d'avoir le son dans ce cas. En frappant le fût, il arrive que des tirants se desserrent un peu, raccordez vous régulièrement ou achetez des Tune Lock.
Une fois le fût dépourvu de ses peaux, inspectez-le. Vérifiez-le. Après l'avoir essuyé délicatement, passez le doigt sur le chanfrein pour vous assurer qu'il est parfaitement lisse et régulier. Tapez sur le corps du fut avec un doigt pour détecter une éventuelle vibration parasite, et aussi déterminer à peu près sa note fondamentale. Prenez votre peau neuve, posez là sur le chanfrein en la tournant un peu de droite à gauche et revissez à la main tous les tirants jusqu'au point de contact avec le cercle.

Puis vissez chaque tirant d'un quart voire un demi-tour, pas plus à la fois, en étoile.
Une fois que la peau commence à être tendue, tapotez avec une baguette devant chaque tirant, à environ 3, 4 centimètres du cercle. La note émise doit être la même devant chaque tirant. En cas de décalage, allez toujours vers la plus haute, quitte à redescendre ensuite. Avec des peaux encollées, comme des Remo, vous entendrez quelques craquements de colle, aucune inquiétude à avoir. Le fût donnera le meilleur de lui-même accordé dans sa note fondamentale, mais on peut aussi préférer exacerber certaines fréquences.Une fois obtenu l'accord que vous souhaitez, appuyez fortement au centre de la peau deux ou trois fois.

Ceci a pour but de bien asseoir la peau sur le chanfrein. Ensuite rectifiez l'accord. Ne tombez pas non plus dans l'excès, la note obtenue doit être sensiblement la même, rien de plus. Pour des jeunes batteurs peu férus d'accordage, ceci semble toujours un peu délicat à obtenir mais avec le temps on y parvient de plus en plus facilement. Certains batteurs mettent une heure à accorder leur kit, d'autres le font en quelques minutes. C'est une question de pratique. Terry Bozzio change de peau à chaque concert et accorde ses 22 toms en moins de deux heures, sur des notes précises en plus. Il existe des clés dynamométriques, comme la Mémo Klé Pro Orca, ou des indicateurs de tension comme le Tama Rhythm Watch, mais ce sont des gadgets qui n'accorderont pas votre batterie à votre place, tout au plus peuvent-ils vous donner quelques indications. Par ailleurs, les tirants haut de gamme sont dotés d'un filetage précis, parfois même avec des dispositifs anti-desserrage, ce qui permet à l'usage de sentir l'accord dans les doigts. Vous pouvez aussi appréhender la tension de la peau devant chaque tirant en posant le bout de votre doigt dessus.
Certains commencent par accorder la peau de résonance, d'autres par la peau de frappe, les deux méthodes se valent. Personnellement, je préfère commencer par la peau de frappe afin d'obtenir l'attaque, le toucher, la réponse que j'aime, et ensuite obtenir la note et le volume souhaité avec la peau de résonance. Tout est question d'équilibre entre les deux peaux. Pour avoir un son assez gras avec moins d'harmoniques, accordez la peau de résonance un peu moins tendue que celle de frappe. Pour plus d'attaque, accordez la peau de frappe moins tendue que celle de résonance. On peut également obtenir un son bien contrôlé en déréglant ensuite un ou deux tirants.
Souvent le premier tom entre en vibration avec le timbre de la caisse claire, ou elle réagit simplement quand un autre instrument est joué. C'est ce qu'on appelle la résonance sympathique. Il faut en garder un peu pour avoir du son, cette vibration étant absorbée par le son d'ensemble, mais on peut néanmoins la domestiquer en desserrant légèrement les 4 tirants de la peau de résonance qui encadrent le passage du timbre. Pour tempérer les harmoniques d'une caisse claire, le meilleur reste une sourdine externe amovible, il en existe plusieurs sur le marché. Sinon un petit peu d'adhésif devant un tirant, mais très peu, sous peine d'avoir un son carton en façade.


Si vous recherchez un son gras et profond, commencez par accorder le plus gros tom à votre goût et remontez vers les autres. Pour un son privilégiant l'attaque et le tranchant, commencez par le premier tom. Ne tuez pas les harmoniques, il en faut pour donner du corps à votre son. Soyez modérés avec les sourdines. À moins de vouloir un son vraiment mat, évitez les Mat Sound sur la caisse claire, le mouchoir en papier scotché sur la peau ou les bandes de gaffer. Optez plutôt pour des sourdines amovibles réglables comme les Emad Evans ou des pastilles Moon Gel. Il est déconseillé d'utiliser des peaux épaisses voire doubles en résonance, à moins de jouer comme Tony Williams!
La grosse caisse mérite beaucoup d'attentions, et il faudra le plus souvent recourir à un système de sourdine, à moins de rechercher un son très ouvert à l'ancienne. Pour avoir de la puissance, accordez la peau de résonance un peu plus tendue que celle de frappe. Pour un son gras, mat et lourd, accordez là à peine tendue, parfois même à la limite du gondolage. Bien sûr le choix de la batte, feutre, plastique ou autre, ainsi que l'usage d'un patch est primordial. Pour un son bien ouvert, gardez la peau de résonance intacte, ce qui changera aussi la sensation dans la pédale puisque l'air reviendra dedans en arrière. Pour un son plus contrôlé, faites un trou dans cette peau de résonance. Au centre pour un son sec et court, décentré pour garder de la rondeur. On peut aussi se contenter de faire des petits trous discrets avec un poinçon devant chaque tirant, le but restant de chasser l'air plus vite. À moins de disposer de peaux spéciales comme l'Aquarian Superkick ou l'Evans EQ, on peut domestiquer les harmoniques avec de simples bandes de feutre coincées en travers de la peau. Ou recourir au classique coussin. Là il faudra bien choisir sa taille, sa consistance, et décider s'il touche la peau de frappe, de résonance, ou les deux. Il y aussi la couverture posée à plat dans le fond.


S'accorder est une chose, ce n'est jamais qu'une pratique à acquérir, il reste aussi à trouver son son. Et pour cela une seule solution: expérimentez. Bien sûr, la plupart des jeunes batteurs ne songent qu'à travailler leur technique pour progresser, mais je ne saurais que leur conseiller de prendre aussi le temps de travailler sur leur son, essayer divers accords, réglages, peaux, etc. Ça semble fastidieux mais c'est capital. Et quand même, avoir le son est plus qu'un plaisir, c'est la base d'un musicien digne de ce nom.

F.B.

En complément de cet article, un sujet vintage que nous a transmis Baldo, signé Jerry Mengo, compositeur, chef d'orchestre et batteur, notamment avec Django Reihnardt, Alix Combelle et Aimé Barelli.

Un problème qui semble souvent dérouter les débutants est la tension des peaux sur la caisse claire, la grosse caisse et les tom-toms. C'est là évidemment une affaire de goût, mais je trouve personnellement que les meilleurs résultats sont obtenus lorsque les peaux ne sont pas trop tendues. Sur mes instruments, je tends toujours la peau de timbre plus que la peau de batteries, ce qui fait que la caisse claire "répond" plus facilement et permet de contrôler plus aisément les baguettes. Même système pour la grosse caisse. La peau sur la quelle vient frapper la batte de la pédale est moins tendue que l'autre.
J'ai souvent vu des drummers employer des quantités impressionnantes de sourdines sur leurs instruments, tendre des pièces de tissus sur leur grosse caisse, ou même la bourrer de papier pour l'assourdir. C'est là une pratique très mauvaise. Un tambour ou une grosse caisse doivent résonner, et il est absolument inutile d'avoir de bons instruments si on veut obtenir d'eux une sonorité de caisse à savon. Je n'emploie que très rarement de sourdine sur ma grosse caisse, et jamais sur la caisse claire. Une simple bande de tissu d'une dizaine de centimètres de large, posée sur la peau à l'intérieur de la G.C., a environ un tiers de la hauteur, et maintenue par le cercle, est amplement suffisante. On peut ajouter une petite pièce, qui pourra être découpée dans un vieux gant, et que l'on collera à l'endroit où la batte frappe la peau. La meilleure sonorité est obtenue avec une batte dure, en laissant les peaux assez peu tendues.
Jerry Mengo
Jazz Hot novembre 1945