La protection de l'environnement est une affaire bien complexe. Elle met en jeu des intérêts très divers : économiques, sociaux, philosophiques, historiques, géographiques, politiques, scientifiques, et bien sûr écologiques. Chacun des 6 milliards (bon sang ! bientôt 7 !) d'êtres humains qui peuplent "ce caillou minable" est concerné par cette problématique, à des degrés différents, dans son métier, ses loisirs, son quotidien.
Pour peu que l'on veuille bien considérer les musiciens comme des êtres humains et les percussionnistes comme des musiciens – nous sommes en 2004, 'faut arrêter ! –, ces derniers sont donc également concernés par la protection de l'environnement. Les percussionnistes englobent l'ensemble des musiciens qui tapent, battent, frappent, cognent avec les doigts, les mains, les pieds, même les coudes ! A ce titre, les batteurs en font partie. Nous parlerons donc ici de percussions et de percussionnistes au sens large, ce qui comprend les batteries et les batteurs.

Les différents instruments de musique du monde se comptent par milliers. On les classe selon le style musical auquel ils sont le plus appropriés, selon l'origine géographique ou selon le matériau principal qui les compose. Cuivres, bois, vents, cordes, percussions et je ne sais combien d'autres familles existent. Pour autant, les bois ne sont pas toujours en bois (le saviez-vous ? le saxophone est un bois et non un cuivre !) et les autres sont souvent confectionnés en bois.
Les luthiers vous le diront : le bois est un matériau absolument irremplaçable d'un point de vue acoustique, et même esthétique, ce qui est certes moins important mais pas négligeable non plus. Le type de bois, la façon de le travailler, les conditions climatiques lors de la croissance de l'arbre et le long de toute la vie d'un instrument influent considérablement sur le son de cet instrument. Ainsi les fameux Stradivarius doivent une bonne partie de leur réputation aux conditions climatiques d’il y a plusieurs centaines d’années ! Le climat difficile (froid, humidité) de l’époque a entraîné une croissance très lente des arbres, d'où des cernes annuels d'accroissement très étroits (vous savez, ces cercles concentriques qui permettent de calculer l'âge d'un arbre… lorsqu'il est mort), d'où (là ça devient technique) une densité de bois particulière et une qualité acoustique exceptionnelle.
Pour un fût en bois, le son dépend de plusieurs paramètres : épaisseur, diamètre, profondeur, nombre de plis, type de bois, procédé d'assembla ge, type de peau, type de baguette etc. Pour les percussions en bois, de nombreux types de bois sont utilisés : érable, hêtre, peuplier, bouleau, tilleul, acajou, citronnier, chêne, falkata et même le bambou ! Les baguettes de batterie sont en majeure partie réalisées en hickory (arbre américain voisin du noyer). Le bois est donc indispensable et irremplaçable.
Pour faire du bois, il faut des arbres. Pour avoir des arbres en grande quantité, il faut des forêts… Si la situation des forêts tempérées est plutôt favorable, celle des forêts tropicales et équatoriales est très préoccupante. Un seul chiffre le démontre : l’équivalent de 65 terrains de football sont détruits chaque minute ! A ce rythme, les forêts africaines, sudaméricaines et asiatiques auront disparu d'ici 30 ou 40 ans... réchauffement climatique, disparition d'espèces, persécution des populations indigènes… le résultat sera catastrophique si rien n'est fait.


Que pouvons-nous faire à notre modeste niveau de citoyen du monde?

Deux solutions : soit vous évitez d’acheter du bois tropical (sous forme de caisse claire ou sous toute autre forme que ce soit), soit vous achetez du bois tropical « écocertifié ». Hein ? Eco-quoi ?
Ecocertifié. Un bois écocertifié provient d’une forêt gérée de façon respectueuse pour l’environnement et les populations locales. Autrement dit, lorsque vous achetez un objet en bois tropical (table de jardin, guitare, caisse claire), si cet objet est écocertifié, vous êtes sûr que votre achat ne contribue pas à la déforestation et donc à la disparition d’espèces, au réchauffement de la planète, à la persécution des populations indigènes. Il existe aujourd’hui un label en particulier, qui atteste d’une bonne gestion des forêts tropicales : le label FSC (« Forest Stewardship Council »). Vous pouvez en savoir plus sur www.fsc.org où vous pourrez voir notamment à quoi ressemble le logo.

En clair, aujourd'hui il devient urgent et indispensable de s'informer sur l'origine du bois utilisé pour fabriquer l'instrument que l'on souhaite acquérir. C'est déjà le premier pas vers une prise de conscience de la part du plus grand nombre ! Il faut faire pression sur les fabricants afin qu'ils cessent l'usage du bois tropical. Interrogez les vendeurs. Il y a de fortes chances que ces derniers ne soient pas au courant, mais poser la question permet déjà de les sensibiliser à la question. La plupart des fabricants proposent des instruments en bois tropical de toutes gammes. Tant qu’une véritable solution n’est pas à l’ordre du jour, préférez les bois européens et nord-américains aux bois africains, asiatiques et sud-américains, en particulier l’acajou. L'acajou est désormais placé sur la liste des espèces protégées par une convention internationale. L'exploitation de l'acajou est l'une des premières causes de la déforestation... De là à dire qu'acheter une batterie en acajou d'Indonésie c'est tuer un orang-outan, il n'y a qu'un pas... que nous n'oserons pas franchir, mais presque.

Amis percussionnistes et autres musiciens, informez-vous et parlez-en autour de vous ! Certes, ce n’est qu’une goutte dans l’océan, mais sans gouttes pas d’océan…

Edouard Garnier