Ces exercices sont a priori destinés aux niveaux avancés, à ceux pratiquant déjà le jazz, mais même les moins expérimentés peuvent y trouver leur compte. Il suffira par exemple de ne pas pousser les tempi à l’extrême, cela vous donnera ainsi des pistes nouvelles et techniquement jouables.

Vous aimez le jazz, mais rien à faire, vous ne comprenez pas comment on peut jouer certains standards à vitesse supersonique. Vous aimez le funk, mais votre main droite se borne à jouer des croches sur le charleston. Incroyable de voir Roy Haynes ou Vinnie Colaiuta marteler la ride si rapidement, avec une nonchalance presque énervante.
Annulez votre abonnement à la salle de muscu, il ne s’agit pas d’un exploit physique, mais d’un travail très simple de compréhension des bases rythmiques et techniques. Pour simplifier, c’est 80% de compréhension, et 20% de travail d’endurance. Bref, travaillons le cerveau plutôt que les tendons.

Pour commencer, à quoi ressemblent les tempi jazz très rapides, appelés aussi « up-tempo » ? Prenez un métronome, et réglez le sur noire = 100. C’est un tempo médium, et si l’on chante la ride, ça donne « Cha-ba daaa Cha-ba-daaaa » . Ça vous connaissez, maintenant réglez le sur noire = 280, et essayez de faire la même chose. Bien sûr c’est impossible, le tempo est trop rapide pour pouvoir placer le « chabada » habituel, et normalement, c’est ici que vous vous tapez la tête contre les murs.

Déjà, un petit rappel d’ordre général sur les exécutions de morceaux rapides, quel que soit le style. Avant de jouer, penser toujours le tempo a la blanche. Sur un morceau en 4/4, au lieu de compter toutes les noires, compter seulement les blanches, ça va considérablement vous alléger « mentalement », et cela se répercutera obligatoirement sur votre jeu. En jazz, vous compterez comme d’habitude les temps 2 et 4. Reprenez le métronome, et au lieu de le mettre sur noire = 280 , choisissez plutôt blanche = 140, ça va mieux tout de suite.
Nous travaillerons d’abord sur des exercices de type jazz, il sera ainsi très facile d’étendre les possibilités à d’autres styles comme le funk , ce que nous verrons a la fin.

Revenons à notre ride. Nous savons qu’il est impossible de tenir un « chabada » basique, et c’est donc là qu’intervient le tour de passe-passe : nous allons « compresser » le ternaire, pour jouer..... binaire ! Maintenant prononcez très rapidement « Digiding Digiding Digiding ». Voilà, ça doit sonner comme cela, une fois compressé. Et toute la subtilité est là : les exercices qui vont suivre seront à penser et à travailler de façon binaire, tout en gardant à l’esprit qu’en condition de jeu en groupe, le swing restera ternaire. Bon en même temps je ne vous ai jamais dit que ce serait simple...

Les exercices suivants sont à travailler lentement, comme d’habitude ! Penser bien a la précision et la coordination des coups, c’est fastidieux mais très bénéfique. Attention! en jazz vous avez l’habitude d’interpréter les croches de façon ternaire, pour tout ce qui va suivre, il faut jouer binaire comme c’est écrit, croche=croche.


Exercice 1: travail de la ride et de la charleston : On commence facilement, il faut que cet exercice devienne vraiment naturel, ainsi nous pourrons greffer d'autres éléments de la batterie par la suite. Commencez à le faire sonner sur un tempo d’environ noire=110, ou blanche = 55/60. Accentuez chaque première croche sur les temps 2 et 4, en synchronisation avec la charley. Puisque nous commençons lentement, l’intérêt n’est pas forcément évident, il le sera lorsque nous aurons atteint des tempi rapide.

Exercice 2 (a-f) : ajout de la caisse claire :
Si l’exercice 1 vous est maintenant familier, nous pouvons commencer à ajouter d’autres éléments. Commençons par la caisse claire. Ne jouez pas trop fort, il faut garder une certaine finesse, et la difficulté va consister à swinguer tout en jouant lentement. C’est un excellent exercice, valable aussi dans d’autre style. Bien sûr je ne vais pas être exhaustif sur les possibilités de placement, à vous ensuite de faire votre cuisine.

Exercice 3 : la même chose... ...mais avec la grosse caisse ! Vous reprenez tous les exercices 2 de « a » jusque « f », en remplaçant simplement la caisse claire par la grosse caisse. En général c’est un peu moins facile, prenez votre temps, ça vaut le coup.

Exercice 4 : ajout de la grosse caisse et de la caisse claire :
Ça se complique, maintenant les quatre membres sont requis. Il faut que votre « chant » grosse caisse/ caisse claire donne envie de danser. Écoutez vous bien, soyez précis. Ce sera déterminant pour la suite.



Voilà, déjà si vous avez travaillé ces exercices lentement, vous avez une certaine indépendance (quel que soit le niveau), et avez effectué la base des tempi rapides. Maintenant, il va falloir accélérer !

Reprenez l’exercice 1. Penchons nous sur le problème technique lié à la vitesse du « digiding » sur la ride. Déjà, il faut penser économie d’énergie. C’est le seul moyen de tenir tout un concert. Ainsi vous aussi vous pourrez avoir l’air nonchalant devant vos fans, la classe absolue.
Dans un premier temps, évitez les mouvements d’avant bras. Il faut qu’il soit presque immobile au-dessus de la ride. Ensuite profitez à fond du rebond qu’offre les grandes cymbales. Essayez le « digiding » juste avec celui-ci. Normalement ça marche, et toute la difficulté va consister dans le contrôle de ce rebond.
Si vous avez appris à tenir vos baguettes « normalement », vous faites une pince avec votre pouce et votre index. Puis les trois dernier doigts se referment sans trop serrer. Et bien ici il vous faut relâcher un peu plus les trois derniers doigts, pour que les dix derniers centimètre de la baguette fassent un mouvement de va et vient dans votre main lors du jeu. Ainsi vous contrôler entièrement le rebond avec les doigts qui d’habitude ne sont pas trop mis a contribution.
Et les poignets ? Et bien il accompagne le mouvement, tranquillement. J’ai souvent remarqué que le poignet faisait un mouvement vers l’avant toutes les blanches environ, bien sur cela varie selon les batteurs.
Augmenter progressivement le tempo, en ayant une idée fixe en tête : un contrôle total de la baguette, et un joli son. Passez aux exercices suivants, c’est difficile mais avec le temps, ça vient.
Il faut que vous puissiez « rider » à fort volume, mais aussi le plus pianissimo possible. Ben oui, sinon comment ferez-vous lors du solo de contrebasse?

Tout ça c’est bien joli, mais ça reste de la technique, et de la technique binaire avec ça ! Le seul moyen de vraiment bosser les tempi rapides, c’est de les pratiquer en groupe. Non seulement, vous vous rendrez compte que tout compte fait, joué dans un orchestre, ça se « ternairise », et de plus qu’il vous faut faire swinger tout cela. Et aucun article ni méthodes ne vous l’apprendra le swing...

L’application dans d'autres styles :
Peut-être vous est-il arrivé de vouloir travailler des rythmes funk, latin, rock, mais vous bloquiez sur l’effort technique sur le charleston, et éventuellement sur l’indépendance. Si vous travaillez les exercices ci-dessus, un certain automatisme s’installe, et vous pouvez ainsi vous concentrer sur le reste. De plus, votre groove sur le charleston ou la ride pourra sonner très jazzy (avec l’accentuation sur les contres temps), très fin, alors que vous assénerez des back-beats puissants sur la caisse claire. Un mix assez intéressant, qui peut faire la différence.
Regarder les exemples, le « digiding » joué vite peut très bien faire l’affaire d’une tournerie funk à tempo moyen.

Pour finir :
Il existe bien sur d’autre moyen d’appréhender les tempi très rapides, aussi bien au niveau de la compréhension que de la technique de baguettes. En tout cas, c’est celle que l’on m’a enseignée, et je me souviens d’un véritable déclic, alors que je bloquais complètement et que je rageais de ne pas comprendre comment faisaient les autres. À vous de tester, et d’en parler avec votre professeur.
N’oubliez pas que si cet article est a priori destiné aux jazzman, ils permet aussi à d’éventuel rocker de découvrir d’autres pistes, et de s’ouvrir à un jeu différent.

Les petits exercices que je vous propose n’ont rien d’originaux, vous les trouverez sur nombres d’ouvrages, puisqu’en fin de compte ce sont toujours les mêmes bases qui reviennent. Je vous conseillerai deux méthodes sur lesquelles j’ai travaillé, elles sont inusables et très bien fournies :

  • The art of Bop drumming de John Riley. Excellent ouvrage, très bien documenté, très progressif. Les grooves proposés sont géniaux ! Un cd est fourni avec, tous les exemples sont joués par John Riley himself, et ça calme .... Quelques play-back pour jouer sur des standards, pas mal de texte, mais uniquement en anglais.


  • Advanced techniques for the modern drummer volume I de Jim Chapin. Beaucoup plus épurée, mais ça suffit pour l’essentiel. Les tempi rapides m’ont paru plus simple à aborder sur cette méthode, car justement elle est plus allégée. Le cd est optionnel, et d’après ce qu’on m’a dit, on peut s’en passer, Chapin étant décidément surtout un pédagogue.

  • Bon courage, et que le swing soit avec vous.

    Stef. B.