Asian Dub Foundation
Par Ferid, mardi 15 février 2005 à 09:05 :: Batteurs :: #28 :: rss
Asian Dub Foundation est incontestablement l’un des groupes les plus puissants que l’on puisse voir actuellement sur scène. Outre des machines, la force rythmique d'vient du batteur Rocky Singh et du percussionniste Prithpal Rajput surnommé Cyber. Ils donnent à cette fusion électro hip-hop indienne une couleur encore plus riche et sauvage que par le passé.
Depuis combien de temps jouez vous ensemble?

Quelle est la première chose qu’ils vous ont demandé à votre arrivée dans le groupe?

Vous étiez habitués à jouer avec de l’électronique?

Comment ça se passe dans ADF?
Pourquoi le groupe est-il passé d’une formule purement électro à des musiciens live?

Et sur scène, quelle est la part de liberté?
Peut on penser que Rocky joue terre, et Cyber joue air?
ADF est un groupe très politisé, ouvertement militant, vous aussi donc?
Ne pensez vous pas non plus qu’il va y avoir de plus en plus de musiciens à travers le monde qui vont se dégager de l’influence américaine pour laisser parler leur propre culture, souvent plus riche?
Quelles sont vos activités en dehors d’ADF?
Que pensez vous de cette scène "électro tandoori", Nitin Sawhney, Badmarsh & Shri, Indian Ropeman, etc?
Comment intégrer des instruments traditionnels dans de la musique électronique?
Tu joues sur une batterie vintage?

D’où vient cette phénoménale énergie que dégage ADF en concert?
Propos recueillis par Férid Bannour
Rocky: Ça va faire cinq ans maintenant. Je vivais au Canada à l’époque, quand j’ai rencontré Pandit à Londres, le DJ programmeur d’ADF qui m’a fait écouter leurs trucs. Je me partageais alors entre trois groupes et faisait aussi des mixages de musique indienne pour les radios. Nous sommes restés en contact, et quand le groupe est venu jouer à Toronto je les ai vus pour la première fois sur scène, et là j’ai aussitôt compris que ma place était avec eux. Je me suis installé à Londres, où j’ai commencé à faire des séances, et j’ai intégré le groupe quand ils m’ont entendu, après avoir quasiment auditionné sur scène, lors d’un concert pour Satpal Ram.
Cyber: Je viens plutôt de la musique traditionnelle indienne. Je les ai rencontrés par hasard, suite à une erreur de bagages sur un vol au retour d’Inde. On a discuté, ils m’ont invité à boeuffer, et peu à peu j’ai intégré le groupe.

Quelle est la première chose qu’ils vous ont demandé à votre arrivée dans le groupe?
R. Les trucs habituels, faire la vaisselle et surveiller leur matos. C’est plus un collectif qu’un groupe, il nous a fallu comprendre leur démarche, appréhender la technologie tout en célébrant notre culture.

Vous étiez habitués à jouer avec de l’électronique?
C. Oui, ça fait longtemps que je joue avec des Djs, des boucles.
R. Je me suis remis à la batterie après une carrière de Dj. Pour un batteur actuel, il est indispensable de connaître et comprendre cet univers. Au départ, les boîtes à rythmes essayaient d’imiter un batteur, aujourd’hui elles servent à créer des parties injouables physiquement. Un batteur qui veut travailler doit maintenant être aussi carré qu’une boîte tout en mettant de lui, ça fait partie du métier de batteur de studio actuel.

Comment ça se passe dans ADF?
R. Au départ, tout est programmé. Ensuite Cyber et moi rajoutons tout ce qui nous est spécifique. Nous passons beaucoup de temps ensuite à choisir ce qu’on va garder ou enlever, pour arriver à une parfaite harmonie entre machines et instruments. Mais notre méthode est finalement plus punk que réfléchie, on fonce dans le tas, on joue, et on écoute, on aime que ça sonne sauvage et non calculé. On ne veut pas sonner comme une production chiadée mais comme un collectif aux idées fraiches.
Pourquoi le groupe est-il passé d’une formule purement électro à des musiciens live?
R. Ils étaient eux-mêmes instrumentalistes au départ, et ont voulu revenir à quelque chose de plus organique.

Et sur scène, quelle est la part de liberté?
C. Tout est écrit et programmé, mais il y pourtant énormément de place pour improviser, c’est différent chaque soir.
R. Ça peut surprendre, mais la batterie reste le moteur du groupe. On n’hésite pas à boeuffer entre deux morceaux, c’est un contexte extrêmement stimulant sur le plan musical.
Peut on penser que Rocky joue terre, et Cyber joue air?
C. On n’y avait jamais pensé comme ça, mais ma foi c’est exactement ça. L’image est parfaite.
ADF est un groupe très politisé, ouvertement militant, vous aussi donc?
R. Le soir de la première attaque américaine sur l'Irak, nous avons joué à Paris alors que nous sommes anglais. C’était là qu’il nous fallait être à ce moment.
Ne pensez vous pas non plus qu’il va y avoir de plus en plus de musiciens à travers le monde qui vont se dégager de l’influence américaine pour laisser parler leur propre culture, souvent plus riche?
R. Absolument, j’en suis convaincu depuis des années. Les gens commencent à découvrir ce domaine, et paradoxalement c’est la technologie actuelle qui nous permet de découvrir des musiques inconnues auparavant. Auparavant, nous n’aurions jamais pu aller dans certains pays et entendre certains musiciens.
Quelles sont vos activités en dehors d’ADF?
C. Je joue, mais aussi et surtout j’enseigne le dhol, qui est un tambour populaire du Pendjab, contrairement au tabla qui est un instrument classique. J’ai mon école en Angleterre, qui s’appelle Ministry Of Dhol, dans laquelle j’ai 140 élèves, de tous les âges. Ainsi je transmets une part de notre culture.
R. Je fais toujours beaucoup de programmation. La batterie sonne différemment quand on la joue avec des programmations, et j’aime ça.
Que pensez vous de cette scène "électro tandoori", Nitin Sawhney, Badmarsh & Shri, Indian Ropeman, etc?
C. On aime bien, c’est de la bonne musique.
Comment intégrer des instruments traditionnels dans de la musique électronique?
C. Mon instrument est la parole d’une culture. Je ne joue pas le tempo mais essaie de construire ma propre batterie au tabla, créant ainsi des rythmes, des schémas, des cycles tout à fait différents. Je joue aussi bien du rock que du drum’n’bass ou du hip hop, au tabla. C’est ça le propos.
R. Il ne s’agit toujours que de t’exprimer avec ton instrument.
Tu joues sur une batterie vintage?
R. Je suis tombé amoureux de cette vieille Ludwig, elle a vraiment un son propre, et n’est pas trop puissante pour bien s’intégrer dans tout ce qu’il y a déjà comme sonorités variées.

D’où vient cette phénoménale énergie que dégage ADF en concert?
R. Ça vient du propos de la musique. Nous venons délivrer un message, l’Esprit nous accompagne, nous porte, il est toujours avec nous quand nous nous emparons de la scène, et le public est avec nous.
C. C’est de l’énergie pure, tout simplement.
Propos recueillis par Férid Bannour
Commentaires
1. Le samedi 8 juillet 2006 à 13:01, par Juns Tyrel :: site
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